Archive | 10 septembre 2014

Michel Dransart, 50 ans au fond de la mine

             Nous sommes en décembre 1902. Un article de presse est consacré à Michel Dransart. Cet homme aurait pu n’être qu’un illustre inconnu s’il n’avait à cette époque réalisé une sorte de record.

drassart

            Cinquante ans plus tôt, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, Michel est embauché à la mine. Il n’a certainement pas débuté sa carrière de galibot à la Société des Mines de Lens, puisque celle-ci n’a commencé à exploiter sa première fosse qu’en 1853. L’histoire ne dit pas où le jeune Michel est descendu pour la première fois.

galibot

            Le 3 octobre 1902, Michel fête le cinquantième anniversaire de sa carrière dans les galeries de la fosse 11 des Mines de Lens. Un demi-siècle sous terre, voilà qui n’est pas courant à l’époque. Il fallait être résistant, non seulement pour continuer à travailler au fond mais aussi pour pouvoir simplement survivre à ce métier dans lequel peu vivaient assez longtemps pour accéder à la retraite.

fosse11

            D’ailleurs, la retraite, le vieux Michel n’y pense pas. S’il quitte la mine, il doit quitter aussi sa petite maison du coron dominé par le chevalet de la fosse et le double clocher de l’église Saint Pierre. A cette époque, quand on arrête de travailler à la mine, on quitte le monde du charbon et son coron.

005

            Michel a donc aux environs de la soixantaine lorsque la Société des Mines de Lens le fête. Le dimanche 5 décembre, une messe est dite dans l’église Saint Pierre de la cité à l’occasion de la Sainte Barbe, patronne des Mineurs.

eglise

         Après la célébration, Michel reçoit des mains d’Elie Reumaux, la médaille du travail catégorie ‘Grand Or’. Pour cette grande fête, l’Harmonie des Mines de Lens s’est déplacée.

remaux

            Michel se dirige ensuite vers la salle du patronage où les dirigeants de la compagnie offrent un repas à la famille du récipiendaire.

salle

            Michel est fier de son métier et de l’honneur qui lui est fait. Il est accompagné de son épouse et de ses trois enfants. Emile, l’ainé à commencé sa carrière à ‘gratter la veine’ avec son père avant d’être promu porion aux Mines de Lens. Louis, le cadet, qui est descendu aussi dès son plus jeune âge, est devenu ‘Agent de charbonnage’ à Montdidier dans la Somme. Enfin, la benjamine, Mathilde est caissière dans un grand magasin parisien. La  »réussite sociale » de ses enfants est aussi une fierté pour Michel : bien qu’il aime son métier et la vie dans les corons, il est heureux que ses trois enfants aient pu en sortir.

            Au soir de sa carrière de mineur, on lui confie  des tâches moins rudes, moins physiques. Il ne manie plus le pic ou le marteau, il ne gratte plus les parois poussiéreuses, il est devenu ‘Boutefeu’. Son rôle est de préparer les galeries en les dynamitant afin que ses collègues travaillent en toute sécurité.

boutefeu

          Ce rôle, on ne le confie qu’à des gens qui ont du métier et en qui on a une entière confiance. La vie de centaines de mineurs ne dépend que de lui.

         Pour cela, il faut que chaque jour encore, il prenne place dans les berlines qui le descendent ‘au fond’, là où il a passé la moitié de sa vie.

descente

          Pour combien de temps ? On ne connait pas encore le jour où, après son ultime remontée, il restituera pour la dernière fois sa lampe à la jeune lampiste.

lampisterie

            Mais aujourd’hui, c’est jour de fête. Michel est entouré de ses amis, de ces collègues de travail qui ont appris à apprécier et à aimer celui qu’ils appellent ‘le Père Michel’.

7 commentaires

Blog du niveau intermédiaire |
funk98 |
alpin38 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | tpeseconde
| continent
| lesasdelaluftwaffe