Archive | octobre 2015

L’assassin de la fosse 4

   Cette histoire aurait pu être tirée d’un film, d’une pièce de théâtre ou d’un roman mais elle est réelle. Alors, découvrons ensemble qui est « l’assassin de la fosse 4 » telle que la presse de l’époque nous l’a rapportée.

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    En 1905, Victor Roussel se fait embaucher à la fosse 4 des mines de Lens. Il reçoit un logement dans les corons de la place Saint-Alfred. Marié à Léonie Courtin, il a deux enfants : Isabelle, 5 ans et Marius, 4 ans. Le maigre salaire de mineur ne suffit pas à nourrir toute la famille. Le couple décide en juillet 1907 de louer une chambre sous les toits à Raphaël Vanhoutte, un jeune homme qui vient également de se faire embaucher à la fosse 4.

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   Raphaël Vanhoutte, un gars au casier judiciaire déjà chargé, ne tarde pas à devenir l’amant de la femme Roussel.

   Le 21 avril 1908 vers 4 heures du matin, un mineur se rendant à la fosse passe derrière un estaminet de la place Saint Alfred lorsque, dans le noir, il heurte un obstacle au sol. Il découvre qu’il s’agit du corps d’un homme, la tête ensanglantée et les pieds nus. Les godillots se trouvent à quelques mètres du cadavre. Notre mineur s’en va aussitôt quérir la maréchaussée.

   Les gendarmes arrivant sur les lieux envisagent d’abord une rixe entre mineurs sortant de l’estaminet comme il en arrive de temps en temps lorsque le genièvre ou la bière ont coulé à flot. Cependant des traces sur le sol les incitent à penser que l’homme n’est pas mort là mais a été traîné. Ils suivent la piste qui les mène tout droit devant la maison des Roussel, au n° 12 de la place Saint-Alfred.

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   Ils y découvrent Léonie en train de préparer le petit déjeuner des enfants et son locataire à peine habillé enfilant ses vêtements de mineur. Lorsqu’ils demandent à la femme où se trouve son mari, elle répond qu’il a quitté la maison la veille vers 5 heures du soir et qu’il n’est pas rentré depuis. Raphaël le confirme mais des témoins, attirés nombreux par le sordide spectacle, affirment qu’à 5 heures, Victor était au fond de la mine en train de gratter le charbon.

   Les gendarmes préviennent leur supérieur. Le lieutenant Coine arrive et inspecte les lieux : les sols de la cuisine et de la chambre des parents ont été lavés récemment mais quelques traces de sang sont restées. Montant dans la chambre de Vanhoutte, il soulève une couverture jetée à la hâte sur le lit et s’aperçoit que les draps sont en désordre et tachés de sang. Poussant un peu plus ses investigations, il descend à la cave et là, près du tas de charbon, il découvre une hache de mineur également souillée de sang.

  Les preuves sont formelles, Victor Roussel a été assassiné ici ! Le lieutenant arrête Vanhoutte et sa maîtresse ! Les deux amants sont emmenés au poste sous la protection des gendarmes car les mineurs tentent de molester Vanhoutte, lui jettent des pierres et hurlent ‘’A mort, l’assassin !’’. Les amants seront ensuite incarcérés à la prison de Béthune.

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   L’enquête établira les faits. Victor, en rentrant de la mine un peu plus tôt que prévu, découvre Vanhoutte et sa femme au lit. Aussitôt une violente dispute éclate à l’issue de laquelle Victor se couche dans sa chambre avec son fils tandis que l’épouse infidèle rejoint le lit des enfants avec sa fille. Vanhoutte se retire dans sa mansarde à l’étage.

   Vers minuit, Vanhoutte se lève, descend et rejoint sa maîtresse. Il lui demande comment elle envisage l’avenir. Celle-ci rétorque qu’il n’y a qu’une solution : tuer immédiatement le mari gênant mais, ajoute-t-elle, ‘’en faisant attention de ne pas blesser son fils couché à côté de lui‘’ !

   Vanhoutte prend sa hache de mineur et se dirige dans la chambre, palpe les deux têtes pour ne pas se tromper et assène un coup violent sur celle de Victor. Puis, il le tire dans la cuisine où il l’achève de plusieurs coups de hache sur le crane.

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   Pendant ce temps, la toute nouvelle veuve tire son garçon du lit et le recouche avec sa fille. Elle demande à l’assassin de se débarrasser du corps. Vanhoutte couvre la tête du mort avec un sac pour contenir le sang, l’habille tant bien que mal et le traîne jusque derrière un estaminet puis, s’apercevant que le mort est pieds nus, retourne chercher ses godillots.

   Léonie entreprend de laver les sols de sa cuisine et de la chambre. A son retour, Vanhoutte jette le sac qui a servi à couvrir la tête dans la fosse d’aisance, retire les draps tâchés du lit de Roussel et met les siens à la place. Puis le couple se recouche dans le lit où dormait il y a quelques minutes encore leur victime ! Ils sont à peine réveillés lorsque les gendarmes frappent à leur porte.

  Le ‘’amants terribles’’ sont jugés le 22 juillet devant le tribunal du Pas-de-Calais à Saint-Omer.

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   La veuve Roussel prétend qu’elle en est arrivée à cette extrémité à cause de la violence de son mari envers elle et les enfants. Vanhoutte n’a pas d’autres excuses à faire valoir que celle de s’être laissé entraîner par sa maîtresse.

   C’est le président Mourou qui prononce le verdict : Raphaël Vanhoutte est condamné à mort et Léonie à la réclusion à perpétuité.

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   Le 9 janvier 1909, à la prison de Béthune, quatre hommes de ‘la bande à Pollet’, des bandits d’Hazebrouck, sont guillotinés. Le même jour, alors qu’il entend les préparations pour leur exécution de sa cellule, Vanhoutte reçoit la visite du procureur de la République qui lui annonce que la veille, le président Fallière a signé sa grâce et a transformé sa peine en travaux forcés à perpétuité.

  Le 13 janvier, Vanhoutte quitte la prison de Béthune pour être transféré au bagne. Un journaliste du ‘Petit Parisien’ le rencontre en gare de Lens. Il écrira :

  J’ai pu voir, hier, en gare de Lens, le condamné à mort gracié, Vanhoutte, que des gendarmes transféraient de Béthune à Douai. L’assassin nous a paru considérablement déprimé. Sa constitution peu robuste a eu à souffrir du séjour de la prison. Les voyageurs qui avaient reconnu le brigand se pressaient autour de lui. Nous avons pu recueillir ses impressions : ‘’J’ai toujours espéré la clémence présidentielle. D’ailleurs, ne suis-je pas assez puni ainsi ? Me voilà déshonoré à tout jamais. J’ai fait le malheur des miens’’.

  A une personne qui lui demande si, le jour où il tua Roussel, il songea aux conséquences de son acte, Vanhoutte répond : ‘’Je n’y ai jamais pensé. Je me suis déjà bien souvent demandé depuis mon incarcération pourquoi j’avais tué Roussel alors qu’il m’était si facile de vivre en compagnie de son infidèle épouse. Dès que je serai au bagne, je m’inquiéterai d’elle et lui écrirai. Je m’attacherai à me bien faire considérer pour obtenir quelques faveurs’’.

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Abel Biervois, un nom qui a fait rouler de nombreux lensois

   Petite-fille de Monsieur Abel BIERVOIS., décédée le 15 juin dernier à l’âge de 67 ans, madame Maryse Chopin m’avait fait parvenir un historique de l’entreprise qu’avait créée son grand père avec mission de le diffuser dans mon blog. Voici donc l’histoire de l’une des plus anciennes entreprises de transport en commun lensoise.

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    Le 23 octobre 1891 à Illies, près de La Bassée, nait Abel Henry Joseph Biervois d’un père mineur et d’une mère ‘journalière’.

   Appelé volontaire en 1909 à l’âge de 18 ans, Abel Biervois est mobilisé lors de la première guerre mondiale. Il en revient gazé et handicapé à 60%. Après la guerre, son père quitte le travail au fond pour les chemins de fer des mines et rejoint Lens. Il finira sa carrière comme chef de la gare de Sainte Elisabeth où, près de là, son épouse tient un estaminet sur la route de Béthune.

   Peu de temps après l’armistice, Abel Biervois obtient une licence de Transport et Déménagements et achète une épave aux domaines qu’il remet en état. Il se lance dans la livraison de charbon, métier pour lequel son fournisseur est bien sur, la société des mines de Lens.

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   Rapidement, son activité se développe et il participe activement à la reconstruction de la ville de Lens. Outre le transport de charbon, de carrelages, de sable qu’il va charger sur les berges du canal, il achemine également les pavés pour la reconstruction des rues de la ville. On le voit également dans les cimetières militaires de la région où il livre les pierres tombales des soldats ainsi que du côté de Loison-sous-Lens où son entreprise est chargée du transport des maisons de bois de la cité hollandaise. Sur le boulevard des Ecoles (bd Basly aujourd’hui), il ouvre un café.

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   Au début des années 1920, Abel Biervois se lance dans le transport des voyageurs et achète son premier autocar de marque Packard. Il organise des excursions à Notre-Dame-de-Lorette, au monument canadien de Vimy mais aussi à Lisieux ou au Mont Saint Michel. Le siège de l’entreprise se trouve alors au 30 boulevard Basly.

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   Membre fondateur du Racing Club Lensois, il achète un second autocar : un Panhard grand luxe avec lequel il assure les déplacements des joueurs Sang et Or.

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   En même temps, il est avec Aimé Westeel et Léon Gavois, l’un des tous premiers à assurer des lignes régulières au départ de la nouvelle gare de Lens.

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   Puis il achète un bâtiment sur la route de Béthune où il installe les Garages Biervois. En 1939, il possède 18 autobus qui seront tous détruits par les bombardements.

   Pendant la guerre, Abel Biervois entre dans la Résistance, il est membre du Comité Départemental Clandestin auprès de Louis Albert. Pour ses actions, il est décoré de la Croix de Guerre et de la médaille de la Résistance.

   A la fin du conflit, il relance son entreprise. Pour remplacer ses autocars, il achète des châssis aux domaines qu’il rénove.

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   Lignes régulières, transport de scolaires, de mineurs, d’ouvriers d’usine, il travaille aussi pour la mairie de Lens pour qui il transporte l’Harmonie Municipale et les personnes âgées.

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   Les HBNPC lui confient également les mineurs et leurs familles pour les transporter vers les centres de loisirs en Bretagne, sur la Côte d’Azur ou encore à l’hôtel Régina de Berck.

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   En 1960, il assure le premier voyage de l’Association de Loisirs des Mineurs à destination des Baléares. Il travaille aussi avec l’église pour qui il organise des voyages à Lourdes, Rome et même Jérusalem sans oublier les transports assurés pour les vendangeurs à destination de la Champagne ou ceux des supporters du RC Lens.

   En 1963, Abel Biervois cède son entreprise à ses deux filles, mesdames Maréchal et François qui la scindent en deux entités distinctes. L’époux de Madame François, lieutenant des pompiers de Liévin, prend la direction des Voyages Biervois, en fait une société anonyme et achète un terrain à Liévin sur l’avenue Jean Jaurès. Il y installe les locaux de direction, une agence de voyages, un garage et un atelier. L’entreprise est alors composée de 20 autocars, 10 bus urbains et 10 cars de grand tourisme, elle emploie 37 personnes.

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   Lors de jeux Olympiques de 1968, Les Voyages Biervois sont sollicités pour participer au service des transports dans Grenoble, lieu de compétitions pendant toute la durée des jeux.

   En 1970, l’agence de voyages Biervois lance une nouvelle formule de voyages « tout compris » par autocar au départ de toute la région Nord – Pas-de-Calais à destination de Rosas sur la Costa Brava et de Nidershill en Autriche. Ces voyages qui sont accessibles à toutes les familles pour un prix modique remportent un énorme succès durant de nombreuses années.

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   En 1972, la municipalité lensoise crée la SUL (Service Urbain Lensois). Les dessertes sont assurées par les transporteurs Biervois, Baudart, Westeel et des Transports en Commun Lensois. Les transports Biervois reprennent les lignes entre Lens, Lille et Arras assurées auparavant par les bus ‘Citroën’.

   En 1977, Abel Biervois, le fondateur de la société est décoré de la Légion d’Honneur.

 

   En 1979, l’Agence Biervois se lance dans une nouvelle aventure : le transport aérien. Associé à la compagnie espagnole Spantax, elle assure au départ de Lille-Lesquin un voyage hebdomadaire à destination de Palma de Majorque aux Baléares. Puis, avec la compagnie nationale polonaise Lot, ce sont des voyages hebdomadaires vers Poznan ou Varsovie qui sont proposés.

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   En 1981, le fondateur de l’entreprise diverse ses activités en créant la SCI Abel Biervois, une société immobilière basée route de Béthune.

   En 1983 après le décès de Jules François, directeur de la société, son épouse reprend l’entreprise. En collaboration avec le comité d’entreprise des HBNPC, sont organisés des séjours de deux semaines aux Balléares ou au château d’Agecroft à La Napoule.

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   En 1985, l’année du décès d’Abel Biervois, on voit apparaître à nouveau deux nouvelles sociétés : Biervois BV Tour et Agence BV Tour.

   Suite à la fermeture des unités de production textiles et minières, les marchés du transport s’amoindrissent et les transports en commun souffrent. Pour Biervois, les conséquences sont lourdes. Alors qu’elle était en pleine expansion, la crise a des conséquences sur la trésorerie et a met en cause la pérennité de l’entreprise. Deux grèves particulièrement dures des employés l’atteignent suite à sa décision d’en licencier près de la moitié.

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   L’entreprise posséde alors 6 autocars de luxe, plus de 50 autres véhicules pour les transports urbains et de tourisme et des biens immobiliers avec les locaux, le garage et l’atelier de Liévin.

   Lâchée par ses anciens amis, par les politiques locaux, mais aussi mal conseillée, madame François-Biervois cesse l’activité des sociétés. Le Tribunal de Commerce nomme un administrateur chargé des opérations de dissolution et de liquidation.

   Les biens et l’exploitation des lignes urbaines et inter-urbaines de la société Biervois sont repris (pour 0 franc) par GTI Transports et gérés par une filiale, la ST2L, société des transports de Lens-Liévin.

   La reprise ne concernant que les lignes, les locaux et le stock constitué des autocars mais pas le passif de la société contrairement à ce qui a été fait pour d’autres transporteurs locaux, madame François-Biervois et mademoiselle Maryse Chopin, sa fille, ayant investit toutes leurs économies dans l’entreprise et s’étant portées caution des emprunts, sont ruinées.

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   Laissons à Maryse Chopin la conclusion : « Cette histoire est bien réelle et j’ai voulu la raconter succinctement. La société d’Abel Biervois , c’est un personnage historique lié à la nation, de la grande guerre 1914/1918, de celle de 1939/1945, un grand résistant, un des pionniers du transport en commun de la région Nord-Pas de Calais ; c’est une société de transports en commun et d’agence de voyages qui a fait vivre pendant des décennies des salariés, qui a fait voyager des millions de personnes, d’ouvriers, de mineurs ;  c’est une famille qui s’est investie dans un métier avec beaucoup de disponibilité et de dévouement. Le nom Biervois reste à jamais gravé comme étant l’un des pionniers du transport en commun par bus et par autocar dans le cadre de l’activité de tourisme de la région et notamment de l’agglomération de Lens-Liévin. C’est donc cette vérité que j’ai voulu rétablir afin que le nom BIERVOIS retrouve sa véritable place ».

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