Histoire, La ville, Lens, Les hommes, Les mineurs

L’assassin de la fosse 4

   Cette histoire aurait pu être tirée d’un film, d’une pièce de théâtre ou d’un roman mais elle est réelle. Alors, découvrons ensemble qui est « l’assassin de la fosse 4 » telle que la presse de l’époque nous l’a rapportée.

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    En 1905, Victor Roussel se fait embaucher à la fosse 4 des mines de Lens. Il reçoit un logement dans les corons de la place Saint-Alfred. Marié à Léonie Courtin, il a deux enfants : Isabelle, 5 ans et Marius, 4 ans. Le maigre salaire de mineur ne suffit pas à nourrir toute la famille. Le couple décide en juillet 1907 de louer une chambre sous les toits à Raphaël Vanhoutte, un jeune homme qui vient également de se faire embaucher à la fosse 4.

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   Raphaël Vanhoutte, un gars au casier judiciaire déjà chargé, ne tarde pas à devenir l’amant de la femme Roussel.

   Le 21 avril 1908 vers 4 heures du matin, un mineur se rendant à la fosse passe derrière un estaminet de la place Saint Alfred lorsque, dans le noir, il heurte un obstacle au sol. Il découvre qu’il s’agit du corps d’un homme, la tête ensanglantée et les pieds nus. Les godillots se trouvent à quelques mètres du cadavre. Notre mineur s’en va aussitôt quérir la maréchaussée.

   Les gendarmes arrivant sur les lieux envisagent d’abord une rixe entre mineurs sortant de l’estaminet comme il en arrive de temps en temps lorsque le genièvre ou la bière ont coulé à flot. Cependant des traces sur le sol les incitent à penser que l’homme n’est pas mort là mais a été traîné. Ils suivent la piste qui les mène tout droit devant la maison des Roussel, au n° 12 de la place Saint-Alfred.

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   Ils y découvrent Léonie en train de préparer le petit déjeuner des enfants et son locataire à peine habillé enfilant ses vêtements de mineur. Lorsqu’ils demandent à la femme où se trouve son mari, elle répond qu’il a quitté la maison la veille vers 5 heures du soir et qu’il n’est pas rentré depuis. Raphaël le confirme mais des témoins, attirés nombreux par le sordide spectacle, affirment qu’à 5 heures, Victor était au fond de la mine en train de gratter le charbon.

   Les gendarmes préviennent leur supérieur. Le lieutenant Coine arrive et inspecte les lieux : les sols de la cuisine et de la chambre des parents ont été lavés récemment mais quelques traces de sang sont restées. Montant dans la chambre de Vanhoutte, il soulève une couverture jetée à la hâte sur le lit et s’aperçoit que les draps sont en désordre et tachés de sang. Poussant un peu plus ses investigations, il descend à la cave et là, près du tas de charbon, il découvre une hache de mineur également souillée de sang.

  Les preuves sont formelles, Victor Roussel a été assassiné ici ! Le lieutenant arrête Vanhoutte et sa maîtresse ! Les deux amants sont emmenés au poste sous la protection des gendarmes car les mineurs tentent de molester Vanhoutte, lui jettent des pierres et hurlent ‘’A mort, l’assassin !’’. Les amants seront ensuite incarcérés à la prison de Béthune.

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   L’enquête établira les faits. Victor, en rentrant de la mine un peu plus tôt que prévu, découvre Vanhoutte et sa femme au lit. Aussitôt une violente dispute éclate à l’issue de laquelle Victor se couche dans sa chambre avec son fils tandis que l’épouse infidèle rejoint le lit des enfants avec sa fille. Vanhoutte se retire dans sa mansarde à l’étage.

   Vers minuit, Vanhoutte se lève, descend et rejoint sa maîtresse. Il lui demande comment elle envisage l’avenir. Celle-ci rétorque qu’il n’y a qu’une solution : tuer immédiatement le mari gênant mais, ajoute-t-elle, ‘’en faisant attention de ne pas blesser son fils couché à côté de lui‘’ !

   Vanhoutte prend sa hache de mineur et se dirige dans la chambre, palpe les deux têtes pour ne pas se tromper et assène un coup violent sur celle de Victor. Puis, il le tire dans la cuisine où il l’achève de plusieurs coups de hache sur le crane.

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   Pendant ce temps, la toute nouvelle veuve tire son garçon du lit et le recouche avec sa fille. Elle demande à l’assassin de se débarrasser du corps. Vanhoutte couvre la tête du mort avec un sac pour contenir le sang, l’habille tant bien que mal et le traîne jusque derrière un estaminet puis, s’apercevant que le mort est pieds nus, retourne chercher ses godillots.

   Léonie entreprend de laver les sols de sa cuisine et de la chambre. A son retour, Vanhoutte jette le sac qui a servi à couvrir la tête dans la fosse d’aisance, retire les draps tâchés du lit de Roussel et met les siens à la place. Puis le couple se recouche dans le lit où dormait il y a quelques minutes encore leur victime ! Ils sont à peine réveillés lorsque les gendarmes frappent à leur porte.

  Le ‘’amants terribles’’ sont jugés le 22 juillet devant le tribunal du Pas-de-Calais à Saint-Omer.

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   La veuve Roussel prétend qu’elle en est arrivée à cette extrémité à cause de la violence de son mari envers elle et les enfants. Vanhoutte n’a pas d’autres excuses à faire valoir que celle de s’être laissé entraîner par sa maîtresse.

   C’est le président Mourou qui prononce le verdict : Raphaël Vanhoutte est condamné à mort et Léonie à la réclusion à perpétuité.

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   Le 9 janvier 1909, à la prison de Béthune, quatre hommes de ‘la bande à Pollet’, des bandits d’Hazebrouck, sont guillotinés. Le même jour, alors qu’il entend les préparations pour leur exécution de sa cellule, Vanhoutte reçoit la visite du procureur de la République qui lui annonce que la veille, le président Fallière a signé sa grâce et a transformé sa peine en travaux forcés à perpétuité.

  Le 13 janvier, Vanhoutte quitte la prison de Béthune pour être transféré au bagne. Un journaliste du ‘Petit Parisien’ le rencontre en gare de Lens. Il écrira :

  J’ai pu voir, hier, en gare de Lens, le condamné à mort gracié, Vanhoutte, que des gendarmes transféraient de Béthune à Douai. L’assassin nous a paru considérablement déprimé. Sa constitution peu robuste a eu à souffrir du séjour de la prison. Les voyageurs qui avaient reconnu le brigand se pressaient autour de lui. Nous avons pu recueillir ses impressions : ‘’J’ai toujours espéré la clémence présidentielle. D’ailleurs, ne suis-je pas assez puni ainsi ? Me voilà déshonoré à tout jamais. J’ai fait le malheur des miens’’.

  A une personne qui lui demande si, le jour où il tua Roussel, il songea aux conséquences de son acte, Vanhoutte répond : ‘’Je n’y ai jamais pensé. Je me suis déjà bien souvent demandé depuis mon incarcération pourquoi j’avais tué Roussel alors qu’il m’était si facile de vivre en compagnie de son infidèle épouse. Dès que je serai au bagne, je m’inquiéterai d’elle et lui écrirai. Je m’attacherai à me bien faire considérer pour obtenir quelques faveurs’’.

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9 Réponses à “L’assassin de la fosse 4”

  1. Le 30 octobre 2015 à 19 h 57 min dryburgh a répondu avec... #

    salut Claude, je ne savais pas cette histoire de meurtre a Avion.
    merci pour nous faire connaitre ces evennements.

  2. Le 31 octobre 2015 à 14 h 28 min Bernard Schaffner a répondu avec... #

    Je vois que j’ai eu raison, a votre demande , de récupérer un numero de DÉTECTIVE , en dehors de l’article concernant Monsieur MORLE, sa lecture vous a donné des idées. !! Bravo. Bernard

  3. Le 16 avril 2016 à 7 h 56 min Claude B a répondu avec... #

    L’assassin de la fosse 4

    Bonjour, pourriez vous m’en dire plus et dans les détails exactes sur cette affaire de l’assain de la fosse 4. Car à la lecture, j’ai limpression qu’il y a des informations modifiées . Les prenoms des enfants etc……
    Auriez les documents officiels
    En vous remerciant

    Claude B

    • Le 16 avril 2016 à 9 h 30 min Le Lensois Normand a répondu avec... #

      Les noms que j’ai cité sont bien ceux qui étaient inscrits dans la presse de l’époque (et dans plusieurs journaux). Ce sont donc bien ceux des protagonistes de ce fait divers. Seul le nom du couple est incertain : dans quelques journaux, il s’écrit ‘Roussel’ et dans d’autres ‘Rousselle’.

      Dernière publication sur Le lensois normand : C'est fini (pour le tome 1)

      • Le 17 avril 2016 à 19 h 37 min Claude B a répondu avec... #

        Bonjour,
        Merci pour ses informations.
        Je suis sur Paris. Serait il possible, à votre avis, d’avoir des copies de la presse de l’époque? si oui, où peut on les demander.?
        Merci
        Claude B

  4. Le 16 avril 2016 à 8 h 45 min Rousselle a répondu avec... #

    J.aimerai avoir la suite de histoire .oùest elle partie en prison après jugement. Car elle a eu un troisième enfant. Donc c’était mon beau père .sui a étais abandonné a saint omer

    • Le 16 avril 2016 à 9 h 29 min Le Lensois Normand a répondu avec... #

      L’histoire et les documents que j’ai pu consulter (presse de l’époque) n’en disent pas plus sur la suite de cette histoire. Peut-être que les archives d’état civil de Saint Omer pourront vous éclairer.

      Dernière publication sur Le lensois normand : C'est fini (pour le tome 1)

    • Le 18 avril 2016 à 8 h 39 min lensois normand a répondu avec... #

      Lors de son arrestation, elle a été incarcérée à Béthune puis a été transféré à la prison pour femmes de St Omer. je ne sais pas si ensuite elle a purgé toute sa peine dans cette prison ou si elle a de nouveau été transférée.

  5. Le 20 avril 2016 à 13 h 36 min Claude B a répondu avec... #

    Merci pour vos informations

    AUriez vous de la documentations à m’envoyer par mail à cette adresse : « claudejpg@hotmail.fr » svp.

    Avez vous créé une vidéo de cette histoire pour la TV . ? Si oui serait il possible de me transmettre ?
    Merci d’avance.

    Claude B

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