Lens

Filip Konowal, vous connaissez ?

   Je suis certain que de nombreux lensois passent devant cet emplacement sans le voir tant il est discret. Moi-même, il a fallu que je tombe sur un article de presse des années 80 pour me rendre compte qu’il y avait en ce lieu des souvenirs des combats de la Première Guerre Mondiale.

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   Cet endroit se trouve sur la route de Béthune, tout près du monument aux morts des Mines de Lens. Il s’agit à l’origine de la reconstitution de l’entrée d’une tranchée. Vu son emplacement et les cartes de l’époque, on peut imaginer que cette tranchée a d’abord été allemande avant d’être reprise par les troupes canadiennes.

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   Ce site fait partie de la ligne de front dite « de la côte 70 », une ligne le long de laquelle les troupes allemandes et alliées livrèrent des 1914 à 1917 de nombreux combats sans réussir à percer les défenses ennemies.

tranchée allemande

   Au début des années 80, nous dit cet article de presse, le renfoncement dans ce muret de soutènement sert surtout à entreposer ordures et objets divers. Deux solutions se proposent alors : le supprimer simplement ou le mettre en valeur en souvenirs des combattants de la première guerre mondiale.

   L’emplacement appartient aux HBNPC. C’est donc les agents de la direction ‘Infrastructure et Bâtiments’ des Houillères qui se charge des travaux. Le site évoque l’entrée d’une tranchée entourée de sacs de sable.

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   Le 22 août 2005, la section 360 de la Légion canadienne Royale, en collaboration avec la Ville de Lens, l’Association du Régiment de Westminster Royale et l’Association de Libertés civiques canadienne ukrainienne, installe en cet endroit une plaque trilingue (français, anglais, ukrainien) à la mémoire de Filip Konowal.

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   Devant figure un bloc de pierre sculpté sans inscription.  C’est une borme Vauthier. Œuvres réalisées dans les années 1920 par Paul Moreau, sculpteur et combattant de la Grande Guerre, les bornes Vauthier (du patronyme de son épouse qu’il a accolé à son nom lorsqu’il commença à sculpter), réalisées avec le concours des Touring Club de France et de Belgique, signalent l’emplacement de la ligne de front telle qu’elle était en juillet 1918 de la mer du Nord à la frontière suisse. C’est au général Philippe Pétain que revient la mission de définir les emplacements devant accueillir ces bornes commémoratives. Sur les 700 kilomètres, il en reste aujourd’hui un peu plus de 90 dont une douzaine dans le Pas-de-Calais.

            Le bloc de granit d’Alsace d’environ un mètre de haut est surmonté d’un casque de soldat français posé sur couronne de lauriers. Au pied, un bidon, un masque à gaz et deux grenades offensives. Des travaux réalisés dans les années 80 ont servi à protéger la sculpture en l’entourant de sculpture représentant des sacs figurant l’entrée d’une tranchée militaire. Malgré cela, l’usure du temps a rongé la pierre et rendu quasiment illisible l’inscription gravée dans le granit : « Ici fut repoussé l’envahisseur ».

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   Filip Konowal est né le 15 septembre 1888 à Kudkiv  en Ukraine.  Arrivé au Canada comme employé saisonnier, il s’engage dans le 47ème bataillon d’infanterie du corps expéditionnaire pour ne pas retourner en Ukraine. En 1916, il participe à la bataille de la Somme, puis l’année suivante, il sert  lors de la bataille de la crête de Vimy. En août 1917, son comportement dans la bataille de la côte 70 lui vaudra la croix de Victoria, la plus haute décoration de l’Empire britannique.

   Son rôle est de liquider les caves, les cratères et les emplacements de mitrailleuse. Dans une cave, il passe personnellement trois ennemis à la baïonnette et, seul, il en attaque sept autres dans un cratère, les tuant tous. Constatant qu’une mitrailleuse cause de nombreuses pertes parmi ses camarades, il s’élance jusqu’à cet emplacement, tue les soldats et ramène la mitrailleuse. Le lendemain, il attaque, seul, un autre place allemande, tue trois soldats allemands et détruit une mitrailleuse. Il a éliminé à lui seul 16 ennemis et, au cours des deux jours de combats.

soldats allemands cité 11

   De son action, il aurait dit : « J’en avais tellement marre de me tenir debout dans la tranchée avec l’eau qui m’arrivait à la ceinture que j’ai dit ca suffit comme ça et je suis parti à la poursuite de l’armée allemande. Mon capitaine a essayé de tirer sur moi parce qu’il supposait que je désertais».

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   Le 21 août 1917, il est grièvement blessé au visage, à la mâchoire et au cou et  est évacué en Grande-Bretagne. Il  retourne à Vancouver en 1919, ayant servi pendant trois ans et 357 jours dans les rangs de l’armée canadienne. Tombé dans la misère, atteint de troubles psychiatriques suite à ses blessures, il trouve un emploi de gardien au Parlement d’Ottawa. Au sujet de ce travail, il dira à un journaliste en riant : « Outremer j’ai nettoyé avec un fusil, ici je dois nettoyer avec une vadrouille (balai à laver en langage québécois). »

   Filip Konowal est mort le 3 juin 1959, à l’âge de 72 ans et repose au cimetière Notre Dame à Ottawa dans la quartier des Héros.

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8 Réponses à “Filip Konowal, vous connaissez ?”

  1. Le 3 juillet 2016 à 20 h 24 min pierre a répondu avec... #

    Merci pour cette decouverte (pour moi) et dire que je passe tous les jours devants….a present j’aurais une pensée pour ce soldat….

  2. Le 4 juillet 2016 à 8 h 20 min LAKOMY a répondu avec... #

    je suis comme toi je ne me souvenez plus de ça pourtant ce n ‘est pas faute de passer devant merci pour ce souvenir bonne journee ROLAND

  3. Le 4 septembre 2016 à 9 h 06 min musée villedieu a répondu avec... #

    Bonjour à vous

    très bien fait, vos photos sont exceptionnelles rare

    gilles p Loos sur les traces de la grande guerre

  4. Le 13 octobre 2016 à 6 h 15 min KLAVZER Jean Marie a répondu avec... #

    Une fois de plus un grand merci Bernard pour cette grande page d’histoire. Si je ne connaissais pas Filip Konowal, il n’en est pas de même pour la cote 70.La partie haute de la cité du 11 est construite sur cette cote 70 je pense. Quant au monument aux morts de la route de Béthune, on s’y rendait chaque année , le 11 novembre, accompagnés de nos instituteurs.

  5. Le 9 septembre 2017 à 18 h 30 min kohut christine a répondu avec... #

    Merci pour ces infos. Je ne savais pas qu’une plaque trilingue se trouvait à Lens. Je vous citerai dans notre prochain article sur Filip Konowal qui sera publié sur notre site ukraine-memoire.fr très prochainement

  6. Le 13 septembre 2017 à 19 h 50 min Kohut Christine a répondu avec... #

    Bonjour, comme promis, je vous cite dans notre article : PHILIP KONOWAL, UN HEROS IMMIGRE REHABILITE DANS LE PAS-DE-CALAIS
    http://ukraine-memoire.fr/philip-konowal-un-heros-immigre-rehabilite-dans-le-pas-de-calais/
    Encore merci. Christine

    • Le 14 septembre 2017 à 8 h 59 min le lensois normand a répondu avec... #

      Merci Christine, je partage à mes contacts .

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