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L’histoire de Césarine … et de son pont

   Cet article n’aurait pu être complet sans l’aide précieuse du personnel du service des archives de la ville de Lens. Un grand merci à toute l’équipe.

   Tous ceux qui s’intéressent aujourd’hui à l’histoire de Lens savent que le pont Césarine doit son nom à la tenancière d’un estaminet qui se trouvait aux environs de cet emplacement avant la première guerre mondiale.

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   Mais qui était donc cette fameuse Césarine ?

   La famille Hennebois, du nom de naissance de Césarine, est une vieille famille artésienne implantée depuis plusieurs siècles surtout à Montigny-en-Gohelle et à Lens.

   Vers 1840, le grand-père paternel de Césarine, Jean François, est cabaretier dans le faubourg de Douai (rue de Varsovie aujourd’hui). Il a deux fils : César, horloger et Armand, le père de Césarine qui est alors boulanger.

    Armand part en Belgique, à Antoing, une petite cité francophone de la province belge du Hainaut sur les rives de l’Escaut où il se forme au métier d’horloger. Il revient à Lens et installe son commerce dans la rue du Chapitre (emplacement actuel de l’Avenue Van Pelt). Son épouse, née Louise Couvreur, s’occupe de leurs 15 enfants. Césarine Sophie Hennebois est la seconde de la fratrie. Elle est née le 18 septembre 1843 à 23h30.

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  Son dernier frère, Jean Baptiste a à peine deux ans lorsque le 30 avril 1867, Césarine épouse Louis Flament, un mineur lensois dont le père Joseph est cultivateur dans le Petit Faubourg (que l’on pourrait situer aujourd’hui vers la rue Decrombecque). Les parents des époux se connaissent depuis longtemps : le père de Césarine a été cité comme témoin lors de la déclaration de naissance de Louis. Les jeunes mariés habitent dans la rue de la Gare. C’est là que l’on trouve les premières traces du métier de cabaretière de Césarine.

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    C’est chez ses parents qui entre temps ont déménagé vers la rue de Liévin (rue Romuald Pruvost de nos jours) qu’elle accouche le 22 juin 1868 d’une première fille Rose. Trois ans plus tard naîtra Marie Louise. En 1876, on retrouve la famille dans la rue de la Paix où Césarine et son époux tiennent un estaminet qui fait également pension.

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   Le 29 janvier 1885, Louis Flament décède. Césarine habite alors avec ses deux filles dans la rue de Bataille (aujourd’hui Avenue Alfred Maës), où elle tient le fameux estaminet qui forgera sa réputation. En 1889, Césarine épouse en secondes noces Jules Deleury, un chaudronnier. Cinq ans plus tard, le 8 mai 1890, sa fille Rose épouse à Lens Henri Gérard et le 8 avril 1893, sa seconde fille épouse Louis Duflot, ajusteur aux chemins de fer du Nord et fils de cultivateurs habitant Écaillon près de Douai.

  Fait courant à l’époque, les parents du marié et un oncle de Marie Louise cité comme témoin, ayant déclaré ne savoir ni lire ni écrire, n’ont pas paraphé l’acte de mariage.

  A l’époque, la configuration des artères n’est pas celle d’aujourd’hui. La route d’Arras est dans le prolongement de la rue Bollaert. Un pont qui ne s’appelait bien sûr pas encore Césarine mais « pont des Chemins de fer du nord » existe dans la rue de la Bataille depuis la mise en service de la ligne Lens-Hazebrouck par la compagnie ferroviaire en 1860.

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  C’est tout près de là que se trouvait l’estaminet de notre Césarine avant la première guerre mondiale.

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 La popularité de Césarine arrive un peu plus tard lorsqu’est mis en service le Tortillard Lens-Frévent. A partir du mois d’octobre 1895, chaque jour, des mineurs et d’autres clients viennent patienter dans son estaminet appelé « L’arrêt du tramway » en guettant le passage du petit train.

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 L’attente est parfois un peu longue car il faut dire que ce Tortillard ne respecte pas souvent ses horaires.

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   Césarine tiendra son commerce bien au delà le décès de son second mari survenu le 16 décembre 1904. Le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Le Tortillard cesse de fonctionner le même jour. Césarine n’aura plus jamais l’occasion de le regarder passer.

   On peut imaginer que c’est à ce moment qu’elle part en exode comme de nombreux lensois. On la retrouve à Lillers où elle se réfugie.

   Le 21 mars 1915, des aviateurs allemands lancent des bombes sur Lillers; sept personnes civiles, dont trois femmes, sont tuées. Ce sera le dernier acte de guerre vu par Césarine. Elle décède quelques jours plus tard, le dimanche 28 mars à l’âge de 62 ans.

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   Dans son journal paru aux éditions Gauheria sous le titre « Dans la fournaise de Lens », le notaire Léon Tacquet rapporte à la journée du 24 septembre 1916 : « Une bombe est tombée hier, au pont du Chemin de Fer du Nord, en face de chez Drony, chez Césarine ». Savait-il qu’au moment où il écrit ces lignes Césarine n’était plus de ce monde ? Léon Tacquet connaissait Césarine pour avoir reçu et validé le contrat de mariage de sa fille Marie Louise en 1893.

   Le 21 octobre 1921, la ville de Lens concède à son gendre Louis Duflot, époux de Marie Louise, un espace dans le cimetière-est, route de Douai. Le corps de Césarine est rapatrié dans sa ville natale pour y être inhumé. Elle repose en compagnie de Louis Robert Duflot, son petit fils décédé à 17 ans quelques jours seulement après l’armistice, le 17 novembre 1918 à Bully-les-Mines où ses parents s’étaient réfugiés.

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   Dès 1919, la voie ferrée vers Hazebrouck est rétablie par le Cinquième Génie et le pont est reconstruit au dessus des ruines encore fumantes. Il est plus large que le précédent afin de pouvoir supporter une partie des voies du triage.

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   Quand ce pont a-t-il pris le nom de Césarine ? On ne le sait pas. Dans certains documents, il est nommé « pont de la Bataille » comme le nom de la rue dans laquelle il se trouvait avant la guerre. Mais pour les lensois, il est et sera toujours le « Pont Césarine ». La première fois que l’on trouve ce nom dans les délibérations du conseil municipal de Lens date du 3 décembre 1920 lorsqu’est évoqué la mise en service d’un éclairage sous le pont.

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   Au début des années 1920, un spectaculaire accident attire de nombreux curieux. Un déraillement provoque la chute d’une locomotive sur la route alors que son tender, arraché par l’accident, reste en suspension accroché au pont. L’histoire ne nous dit pas s’il y a eu des victimes.

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   Quelques années plus tard, un pont en béton est construit par les Mines de Lens près du pont Césarine. Il permet de relier par des voies ferrées les fosses 1 et 9 au triage de la gare de Lens.

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   Il sera détruit en juillet 1992 après la fin de l’exploitation charbonnière pour laisser place au pont tel que nous le connaissons aujourd’hui.

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   Jusque dans les années 60/70, l’emplacement de l’estaminet de Césarine abritera pendant de longues années un café que les habitants préféreront toujours appeler le café du pont Césarine. Aujourd’hui, les locaux sont occupés par une agence immobilière.

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   Sur le mur de soutien du pont du côté du jardin public que l’on appelle aujourd’hui le square Chochoy, une plaque rappelle que c’est ici, au pont Césarine que le 11 avril 1942, trois mineurs résistants ont attaqué un poste de garde allemand et tué une sentinelle.

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 Bientôt ouvrira à quelques centaines de mètres du pont Césarine un autre ouvrage, le pont Tasette qui offrira une alternative à la circulation routière. Mais jamais il ne pourra faire oublier aux lensois l’extraordinaire histoire de ….

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Il y a 100 ans à Lens, le 11 janvier 1917

(D’après le journal de Léon Tacquet « Dans la fournaise de Lens » paru dans le dossier de Gauheria n°7 en 2004).

   Revenons à Lens il y a 100 ans aujourd’hui, le 11 janvier 1917.

   Depuis 2 ans et 3 mois, Lens est occupé par les troupes allemandes. L’année 1917 sera-t-elle celle de la libération ? Les lensois en doutent : depuis 3 ans, la situation est figée. Malgré quelques offensives, les troupes allemandes ne se replient pas.

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   La population souffre des restrictions. Hier, le comité américain a remis des vivres aux habitants : 125 grammes de beurre (qui ressemble plus à de la graisse), 1 œuf pour 4 personnes, du pain de seigle et de froment. Les lensois fabriquent leur « pâté de guerre » : une mixture de riz, d’oignons, de thym et de saindoux !

   Chaque jour voit s’abattre sur la ville ces instruments de mort. La semaine dernière, 17 obus sont tombés dans le cimetière. Les monuments sont éventrés, les croix arrachées, des cercueils surnagent dans les caveaux inondés.

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   Le canal tout proche est obstrué de débris et encombré de carcasses de péniches abandonnées en toute hâte par les mariniers.

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  Lens est une ville fermée interdite aux étrangers, une ville de garnison. Les allemands ont reçu la semaine dernière des renforts venus de l’arrière. Pour les loger, ils ont réquisitionné des chambres chez l’habitant.

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  Le temps est gris, il fait froid, la température est tombée jusque moins 14°. Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende le canon. Pourtant, en ce 11 janvier 1917, la ville semble calme, trop calme …. Pas un obus, pas un tir d’artillerie depuis deux jours. Vers 5 heures du soir, alors que la nuit tombe, des soldats allemands se regroupent et semblent vouloir se rendre sur le front.

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   Tout à coup, une avalanche d’obus ! Il en tombe en cascade jusque minuit. Les lensois sont terrés chez eux, ou dans ce qu’il reste du « chez eux », sans électricité, sans chauffage. Le peu de charbon qui restait dans les caves a été réquisitionné par les allemands, cette cave : le meilleur refuge.

  C’est le bombardement le plus puissant depuis le début de la guerre. Il tombera plus de 100 obus sur la ville. Par miracle, il n’y aura pas de victimes civiles. Chez les militaires allemands, on ne sait pas ! Les occupants ne communiquent jamais ce genre d’information.

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  Les troupes anglaises tirent de Calonne. Ils utilisent des obus à balles, des « shrapnel », qui en explosant envoient une multitude de projectiles sur l’objectif. De Loos, arrivent des obus énormes dont un seul peut écraser une maison entière. Il en tombe principalement entre le boulevard des Ecoles (boulevard Basly) et la mairie. Les grandes écoles ne sont plus que ruines.

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  Les obus atteignent l’église Saint Léger déjà bien mal en point et font s’écrouler un peu plus les pierres des murs. Rue du Wetz, il ne reste plus une maison debout. Rue de la Fonderie, il ne reste rien non plus du château Spriet.

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   Pas très loin, la gare n’est plus qu’un squelette de pierre et de bois.

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  Rue Diderot, les maisons voisines de celle d’Elie Reumaux ont reçu des « shrapnel » qui ont traversé les habitations du grenier au sous-sol, brisant tout sur leur passage. A l’hospice, cinq gros obus sont tombés sur les chambres quelques instants seulement après que les religieuses n’aient eu le temps de descendre les malades dans les caves. La moitié de l’hôpital est détruite. Un autre obus est tombé sur l’école privée de la rue de l’hospice éventrant toute le bâtiment et le réduisant à un tas de ruines.

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   La maison d’Ernest Cuvelette, rue de Douai (rue de Varsovie aujourd’hui) a également reçu un obus qui a laissé devant la porte un trou de 4,50 m de diamètre et de 3,5 mètres de profondeur. Les maisons voisines n’ont plus ni portes, ni fenêtres, ni toiture … Les rues du Chapitre (avenue Van Pelt) et Froissard sont jonchées de pierres, de bois, de débris provenant de ce qu’étaient encore hier des maisons. Le lendemain matin, des cris attirent les hommes qui déblaient : ils proviennent d’une dame réfugiée dans une cave qu’il faut extraire des décombres.

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  Les lensois nettoient, ramassent, réparent ce qui peut encore l’être, sauvent l’indispensable mais personne ne se plaint. Malgré leurs malheurs, ils applaudissent aux effets des bombardements, même s’ils en sont les victimes. Pour eux, ces obus qu’ils prennent sur la tête, qui détruisent leurs maisons, qui tuent leurs enfants sont signes d’une offensive donc d’un espoir prochain de libération.

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   Le lendemain, un communiqué anglais annoncera : « les positions allemandes ont été bombardées avec efficacité au nord-ouest de Lens ».

   A 5 heures, il n’y a plus âme qui vive dans les rues, le couvre-feu oblige les lensois à de nouveau se terrer pour la nuit. On apprend que les habitants de Liévin vont être évacués. Qu’en sera-t-il des lensois ?

  Il faudra encore subir les affres de la guerre pendant 3 mois avant que la ville de Lens ne soit à son tour vidée de ses habitants.

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La seconde mort de l’église du 11

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   Dans la cité de la fosse 11 qui ne s’appelait pas encore la cité des Provinces, il était impossible de ne pas la voir. Celle qui était surnommée la cathédrale des mines,  l’église Saint Pierre a de tout temps surplombé la cité.

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   La première église Saint Pierre, œuvre de l’architecte P. Schmit (qui était aussi chef du service des constructions de la Société des Mines de Lens), fut construite à la fin du 19ème siècle et bénie le 2 septembre 1891. Elle était imposante avec ses deux clochers identiques encadrant un porche avancé magnifique.

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   Située pratiquement sur la ligne de front lors de la Première Guerre Mondiale, l’église Saint Pierre reçut ses premiers obus dès le début du conflit car elle servait de tour d’observation pour les troupes allemandes. A la fin de la guerre, elle n’était plus que ruines.

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  Ceux sont les architectes Cordonnier et Croin qui sont désignés pour reconstruire l’édifice pratiquement à l’identique de la première. Elle fut inaugurée sous la neige le 4 décembre 1925, jour de la Sainte Barbe.

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   Dès les années 70, la récession de l’exploitation charbonnière était bien amorcée et les HBNPC qui cherchent à réduite leurs coûts en cédant à la collectivité leur patrimoine, n’avaient plus la possibilité d’entretenir leurs églises. Elles les cédèrent alors aux associations diocésaines.

  Toutes les cérémonies religieuses furent interdites dans l’église Saint Pierre à la fin des années 70. Les offices avaient lieu dans la salle d’œuvres paroissiales située à l’angle de la rue du Saint-Esprit et de la rue du Béarn (inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2009).

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   Très abimée, l’église fut alors murée et servit alors de …. garde-meubles, les Houillères y entreposant le mobilier provenant des différents services qu’elles supprimait et dont elle n’avait donc plus l’utilité.

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  Lors d’une réunion entre les HBNPC, l’association diocésaine et la ville de Lens en 1987, la décision fut prise de détruire l’église, la rénovation étant impossible en raison de son état de délabrement avancé et des affaissements miniers.

   Le lundi 2 novembre 1987, la structure de l’église Saint Pierre fut prise d’assaut pas les engins de démolition commandés par les HBNPC sous l’œil nostalgique des habitants de la cité.

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   Ces derniers ont profité d’une pose des ouvriers pour tenter de récupérer un objet dans les décombres et le conserver en souvenir.

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  Ce fut d’abord le porche et la façade qui fut abattus puis vint le tour de la toiture, de la nef et des bas-côtés. Enfin, dans l’après-midi du vendredi 6 décembre 1987, les derniers vestiges de l’église, les deux tours s’effondrèrent.

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  L’église Saint Pierre, détruite deux fois, disparait alors du paysage lensois.

  A la place de la cathédrale des mines fut un temps envisagé l’implantation d’un supermarché mais ce fut finalement le square Henri Nogueres qui prit la place de l’édifice religieux et comme il n’y avait plus d’église, la rue de l’Eglise changea de nom pour devenir la rue du Poitou.

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  A la même époque, l’église Sainte Barbe de la cité de la fosse 4 et le chevalet de la fosse 1 furent également abattus.

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Qui fut Marcelle Devred ?

   Marcelle Devred serait une jeune lensoise qui aurait été envoyée en déportation en 1914 où elle aurait subit la cruauté de ses geôliers allemands et été amputée d’une jambe à l’âge de 14 ans.

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   Après la guerre, elle devient chanteuse et entame une tournée dans toute la France. Elle interprète des airs de cette partition : ‘’Tour de France d’une petite martyre de guerre’’ parue aux éditions Dommel dans lesquels elle raconte en musique ses quatre années de captivité.

   Mais  il y a toujours eu des doutes sur la véracité de ses propos. Nulle part ailleurs, dans les écrits, dans les souvenirs de l’époque on ne trouve trace de ce drame. Aucune femme ou jeune fille de Lens n’a été déportée dès 1914. Selon les nombreux écrits de l’époque, seulement 300 civils du nord de la France choisis parmi les notables (hommes et femmes) n’ont été déportés en Allemagne qu’en novembre 1916. Après un accord signé entre les gouvernements français et allemand, ces otages sont rapatriés en 1917 en zone occupée.

   De plus, selon la page de couverture de cette partition, notre Marcelle serait née le 2 septembre 1902 à Lens. Or, dans les actes d’état civils de Lens du début du siècle, on ne trouve nulle part le nom de Devred (J’ai consulté les archives du Pas de Calais de 1898 à 1904).

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   Donc l’histoire d’une jeune femme incarcérée de 1914 à 1918 en Allemagne, martyrisée, volontairement amputée semble très peu vraisemblable.

   Cette partition est introuvable aujourd’hui. Je n’en ai trouvé que la couverture sur un site de ventes  en ligne.

   Étonnant pour un tel témoignage, non ?

   Alors récit véridique ou affabulation ? Le doute subsistera toujours.

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A Lens, il y a 100 ans

   Il y a cent ans exactement, les lensois n’avaient certainement pas très envie de fêter la nouvelle année. Les bombardements incessants, les brimades des troupes allemandes, les difficultés de ravitaillement, les morts par dizaines ajoutés au temps glacial de ces premiers jours de janvier les obligeaient à vivre dans la peur, la faim et le froid.

   Alors, pour ne pas oublier ce qu’on vécu les lensois du début du 20ème siècle, voici une série de photographies de Lens aux alentours du 1er janvier 1916, il y a 100 ans …..

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Des troupes entières de prisonniers français sont emmenés vers l’arrière

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Le canal de Lens et les débris de péniches

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Les tranchées devant la fosse 11

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Les allemands installent une ‘grosse Bertha’ dans une usine

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Les habitations subissent les bombardements

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La rue de Lille

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La gare est inutilisable

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Des soldats allemands font constater les dégâts occasionnés par les bombardements français

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Les fanfares allemandes pavoisent dans les rues de Lens

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L’église Saint Léger

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Des soldats allemands dans les ruines d’une fosse

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L’église Saint Pierre de la cité 11

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Les carreaux de fosses sont abandonnés

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Ils seront finalement entièrement détruits

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La mairie en construction au début du conflit

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La rue Victor Hugo

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Des prisonniers français travaillent au déblaiement sous les ordres allemands

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1918-1928 : la reconstruction des mines de Lens

   L’occupation par les allemands du nord de la France a privé le pays de la moitié de sa production charbonnière. Les compagnies des régions occupées depuis le début du mois d’octobre 1918 voient aussitôt l’exploitation arrêtée.

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   Dès les premiers jours d’occupation, l’ennemi entreprend de détruire les moyens d’extraction sous des prétextes d’ordre militaire. L’armée s’empare des matériaux et des machines et incendie les installations au sol. Dès le début de 1915, les troupes françaises et anglaises tentent de déloger les allemands de Lens, leurs obus abiment sérieusement les puits.

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   En septembre 1915, les troupes alliées reprennent Loos et libère la fosse 15 des mines de Lens. Devant la menace de devoir se retirer plus, les allemands décident d’anéantir totalement les moyens de production. En octobre et novembre 1915, ils dynamitent tous les cuvelages des fosses de Lens et de Liévin. Les explosions se situant au niveau dans la partie calcaire au dessus des veines de houille, ont pour conséquence d’inonder totalement les galeries.

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   C’est vers la fin de l’occupation que les destructions sont les plus importantes.  Après avoir jeté dans le puits tout ce qu’ils ne pouvaient emporter, les soldats allemands déposent méthodiquement dans toutes les fosses des charges d’explosifs détruisant ainsi toutes les machines, les chaudières, les chevalets.

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   Dès l’été 1917, les compagnies du Nord et du Pas-de-Calais se regroupent pour étudier les mesures à prendre pour la reconstruction. La direction de ce groupement est confiée à Ernest Cuvelette, le directeur des mines de Lens. Avant même la fin du conflit, des pompes de dénoyage et des treuils électriques ont été commandés par Elie Reumaux, en exil en Belgique.

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   A la libération, on constate que tous les puits des mines de Lens et de Liévin sont totalement inondés et les installations de surface irrécupérables. Vient alors le temps de la reconstruction. Elle s’effectue avec une rapidité surprenante, au vu de l’ampleur des destructions.

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   Les compagnies de Lens et de Liévin entreprennent la construction de centrales de production électrique. Dans un premier temps, les deux compagnies se fournissent en électricité auprès de la centrale de Béthune où des groupes supplémentaires ont été mis en place et par la construction d’une centrale à Dourges avant de pouvoir réutiliser la centrale de Vendin-le-Viel.

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   L’année 1919 est consacrée au déblaiement des ruines, à la reconstruction du réseau ferroviaire, au dégagement des routes et à l’aménagement d’abris et de logements provisoires pour les ouvriers employés à la reconstruction.

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   Débute ensuite le dénoyage. Les compagnies ont créé la Société Civile de Dénoyage des Houillères du Pas-de-Calais. On estime à 100 millions de mètres cube le volume d’eau à enlever : des rivières sont élargies, des aqueducs provisoires sont montés.

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   Les cuvelages percés ne permettent pas de se contenter d’aspirer l’eau des galeries, elles se rempliraient aussitôt. Il est donc entrepris de forer autour du cuvelage des sondages verticaux et d’y faire couler du ciment très liquide. En durcissant, ce ciment entourera ainsi le cuvelage d’une gaine protectrice. Dans certains puits, ce ne sont pas moins de 1000 tonnes de ciment qui sont coulées.

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   Dans les galeries, des fissures permettent à l’eau de se déverser d’un puits à l’autre ne dépendant pas toujours de la même compagnie. Alors, les compagnies de Lens et de Liévin entreprennent de commencer le dénoyage simultanément. Pour cela 19 pompes sont utilisées, montées sur des chevalets en bois. Ces opérations débutent en novembre 1920.

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    Ces chevalets de bois permettront dès la fin du dénoyage de reprendre l’extraction avant la construction des chevalets définitifs.

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   Au printemps 1921, les travaux de dénoyage sont terminés et l’exploitation peut reprendre dans les galeries supérieures des puits.

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   Dès la libération, la société des mines de Lens entreprend la reconstruction des maisons dans les cités. Pour cela, elle ouvre sa propre briqueterie. Fin 1920, 1200 maisons sont sorties de terre et en 1925, 12 000 logements, les écoles, les églises, les dispensaires sont reconstruits.

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   Ernest Cuvelette a profité de ces circonstances pour moderniser l’appareil productif. Les  puits sont maintenant équipés d’un grand chevalement métallique particulier aux mines du Pas-de-Calais ou d’un autre type plus modeste construit dans un matériau d’avenir, le béton armé. La grande cheminée qui caractérisait les fosses du 19ème  siècle a disparu puisque  la machine d’extraction  ne fonctionne plus à la vapeur mais à l’électricité.

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   En 1925, bien que les dirigeants des compagnies prétendent que la loi adoptée le 23 avril 1919 concernant la journée de 8 heures et de la semaine de 48 heures ait considérablement fait baisser la production individuelle, le bassin minier a retrouvé son niveau de 1913. En 1928, la société des mines de Lens est la troisième capitalisation française derrière la Banque de France et Saint-Gobain. L’action qui valait 420 francs en 1913 et qui était tombée à 110 francs en 1915 en vaut 532 cette année là.

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Quand Duhoux défendait Lille ….

   Non, je ne suis pas devenu supporter du LOSC, je resterai à jamais Sang et Or. Mais un message de mon neveu Gilles m’apprend qu’il existe à Seclin, au sud de Lille, un édifice appelé ‘le fort Duhoux’. Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité. Qu’est ce que ce fort ? Pourquoi porte t-il mon patronyme ?

Le fort Duhoux :

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   C’est après la guerre de 1870 contre les prussiens que la France décide de renforcer ses systèmes de défense. Raymond Séré de Rivières, directeur du service du Génie au Ministère de la guerre, propose de construire une ligne fortifiée allant de Dunkerque à Nice ‘’en tenant compte des conditions de la guerre moderne’’ et qui doit à la fois empêcher une offensive ennemie et permettre le déplacement rapide des troupes par des redoutes reliant les forts entre eux.

   Sa proposition sera approuvée le 17 juillet 1874 et cette ligne de défense portera son nom.

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   Autour de Lille est créée une ceinture de six forts, dont un à Seclin. Ils sont placés à plusieurs kilomètres des villes pour mettre les citadins à l’abri des bombardements.

  On donne au fort de Seclin le nom de ‘Duhoux’. Sa construction nécessite 12000 hommes et est achevée en 1875 à l’emplacement d’un ancien camp gallo-romain. D’une surface de cinq hectares sur une emprise de 17 hectares, il est entouré d’un fossé large de 8 mètres. A demi enterré et symétrique, il est doté de nouveaux systèmes de défense et d’un pont escamotable.

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   Il comporte aussi une boulangerie et une infirmerie. Lors de sa construction, il peut loger un millier de soldats avec leurs chevaux.

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     Mais, en 1914, les défenses du fort sont déjà dépassées en comparaison de l’armement allemand et le fort ne peut se défendre contre l’invasion d’un régiment bavarois dès le début de la première guerre mondiale. Les allemands resteront tout le temps de la guerre avant d’être délogés par les troupes anglaises le 17 octobre 1918.

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   Au début des années 30, le fort, vide de toute activité militaire devient le refuge de … naturistes. Les adeptes de la nudité absolue s’y retrouvent pour pratiquer le sport à l’abri des regards indiscrets. Parmi eux, Christiane Lecocq qui créa la Fédération Française de Naturisme.

  Dès le début de la seconde guerre mondiale, le nord de la France est de nouveau occupé. Les Allemands reprennent possession du fort et le transforment en prison. De nombreux résistants y sonnt incarcérés, torturés et même fusillés. Ainsi, ces résistants du mouvement ‘La Voix Du Nord’ qui sont passés par les armes le 7 juin 1944 par les soldats du IIIème Reich.

  Ce réseau regroupait les différents groupes de résistance de la zone interdite et fit paraître 66 journaux clandestins dès 1941. Dans le cimetière d’Ascq se trouve un monument portant cette inscription : « A la mémoire des résistants du mouvement V. D. N. fusillés par les Allemands le 7 juin 1944 au fort de Seclin ».

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   A la Libération, le fort reste d’abord une prison et devient l’annexe de la prison de Loos-les-Lille. Cette fois, ce sont les collaborateurs qui y sont incarcérés. En 1965, l’Armée reprend possession du Fort Duhoux et l’utilise comme dépôt de munitions ou camps d’entraînement. L’activité dans ce site diminue peu à peu jusqu’à ce qu’il ne soit plus utilisé par les militaires au cours des années 80. En 1989, le fort n’est plus attaché au ministère des Armées et est laissé totalement à l’abandon, disparaissant sous la végétation, occupé par des marginaux qui dégradent les bâtiments lors de rave-parties.

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   Objet de différents entre l’Armée et la commune de Seclin, ce sont finalement des particuliers qui l’achètent en 1996 pour le restaurer. Il est alors aujourd’hui le seul exemple de fort de la défense de Lille encore en état.

   Depuis octobre 2003, ses propriétaires, la famille Boniface, y ont ouvert un centre historique sur l’artillerie, la cavalerie et l’infanterie de 1870 à 1920. Le Fort Duhoux abrite un musée consacré à la Grande Guerre et de nombreuses pièces d’artillerie avec une collection d’armes, de selles, de harnachements et de véhicules hippomobiles, ainsi que des souvenirs du général Deffontaines, premier général mort au combat en 1914. Des animations et reconstitutions historiques y ont lieu régulièrement.

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Charles Duhoux

   C’est donc le Général Charles Duhoux, de son vrai nom Charles François Duhoux d’Hauterive qui donna son nom au fort. Il est né le 13 août 1736 à Nancy. Sa carrière militaire débuta sous la royauté et se termina dans une armée républicaine.

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   Fils d’un lieutenant des gardes du duc de Lorraine, il s’engage le 1er février 1746 à l’âge de 10 ans aux milices de Lorraine créées par Louis XV. Après la dissolution de ces milices, il intègre le 21 novembre 1752 le régiment des volontaires royaux où il est nommé lieutenant en 1756 puis capitaine en 1761, année où il également fait chevalier de Saint-Louis. Il fait la campagne du Hanovre de 1757 à 1762 et est nommé capitaine le 23 mars 1763, il quitte alors l’armée en 1768.

  Il reprend du service dans les troupes royales après le sacre de Louis XVI en 1774. Il est alors lieutenant-colonel attaché à la légion de Lorraine, puis au corps des dragons. Après la Révolution Française, il jure loyauté à la République et est promu général de brigade en 1791 puis général de division.

   Le 20 avril 1792, l’Assemblée Législative et Louis XVI déclarent la guerre au «roi de Bohême et de Hongrie». En service à l’armée du Nord, il rejoint d’abord Reims puis prend le commandement des forces françaises à Lille lors du siège de cette ville en 1792. Le siège débute le 29 septembre ; la ville de Lille est bombardée, incendiée, 2000 maisons sont détruites. Mais, à bout de munitions et sous la pression des armées révolutionnaires. les autrichiens doivent lever le siège le 8 octobre.

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  Le 10 octobre 1792, accusé d’avoir abandonné avec ses hommes la ville de Reims, il est suspendu de ses fonctions pour connivence avec l’ennemi. Reconnu innocent et acquitté le 15 mars 1793, il est réhabilité.

   Détaché à l’armée révolutionnaire de l’Ouest chargée de combattre l’insurrection vendéenne, il est blessé deux fois en 1793 à Chemillé puis à Saumur.

   Le 20 septembre 1793, à la tête des forces républicaines, bien qu’à la tête de 25000 hommes, il est battu à la bataille du Pont-Barré, par les troupes vendéennes composées de 3000 soldats et dont un des généraux se nomme Pierre DUHOUX. Ce sera sa dernière bataille.

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   De nouveau soupçonné de trahison et d’avoir volontairement laissé la victoire à celui qu’on pensa être son propre neveu (alors qu’il n’est que le fils d’un de ses cousins), il démissionne le 30 septembre 1793 et retourne en Lorraine. Mais le Comité de Salut Public le fait arrêter à Nancy pour trahison. Le général Charles Duhoux est incarcéré à la prison de l’Abbaye à Paris.

  Il sera finalement libéré et mis à la retraite en avril 1795. Il mourra à Paris quatre années plus tard à l’âge de 63 ans non sans avoir fait de nouveau parlé de lui en devenant l’un des chefs des sections … royalistes dans l’insurrection du 5 octobre 1795.

  Pour sa victoire lors du siège de Lille de 1792, Charles François Duhoux d’Hauterive donnera donc son nom au Fort de Seclin.

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   A noter que son ennemi du Pont-Barré, Pierre Duhoux était retranché sur l’ile de Noirmoutier quand, le 3 janvier 1794, les troupes républicaines s’emparèrent de l’île. Fait prisonnier, il fut condamné à mort et fusillé le 7 janvier sur la place d’Armes de Noirmoutier en l’Ile. Avec lui, son beau-frère, le général d’Elbée qui, gravement blessé et ne pouvant se déplacer, fut fusillé dans son fauteuil.

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Les mines de Lens avant et après la première guerre

   Comme chacun sait, les puits de la société des mines de Lens furent totalement détruits lors de la première guerre mondiale. D’abord inondés par les Allemands dès leur arrivée en octobre 1914, ils durent subir les tirs d’obus et les premiers bombardements alliés par la suite. Avant leur retraite en 1917, les troupes allemandes entreprirent de n’en faire que des carcasses d’acier et de pierres.

   L’occasion aujourd’hui de revenir sur ce que furent les ‘fosses’ des mines de Lens avant et après la  Grande Guerre.

   L’exploitation de la fosse no 1 débuta en 1853, un an après la constitution de la société. Elle se trouvait alors à l’extérieur de la ville, dans le quartier Saint Laurent le long du Grand Chemin de Béthune à Lens. N’étant plus en service que pour les besoins du personnel et de l’aérage, elle a été fermée en 1971.

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   La fosse no 2 fut ouverte en 1858. Appelée aussi ‘le Grand Condé’, c’est le puits qui se trouvait le plus proche du centre ville. C’est pourquoi les habitants des corons qui l’entouraient furent surnommés par les autres mineurs ‘les fiers-culs’ ou ‘les bas de soie’. Le chevalet de la fosse 2 a été abattu en 1976.

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2 ap 2    La fosse 2 bis est plus récente puisqu’elle n’a été mis en service qu’en 1904. Elle disparut également du paysage lensois en 1976. Il y eut également une fosse 2ter sur le territoire de Loison-sous-Lens qui cessa d’être exploité en 1967.

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2bis ap   La fosse 3 des mines de Lens faillit se trouver à Eleu-dit-Lauwette. Son forage fut rapidement arrêté à la profondeur de 21 mètres suite à la découverte de vestiges archéologiques. Il ne fut jamais repris et à son emplacement a été construit après la première guerre le Centre de Secours des Mines.

   C’est donc au nord de Liévin en direction de Loos-en-Gohelle que l’on creusa la fosse 3 ‘Amé Tilloy‘ en 1860. Une vingtaine d’année plus tard lui fut adjointe la fosse 3bis dont le chevalet est toujours visible aujourd’hui. La fosse 3 restera à jamais le site de la dernière grande catastrophe minière de l’histoire du bassin du Nord-Pas-de-Calais le 27 décembre 1974.

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3 ap    La fosse  4 des mines de Lens a été creusée à partir de 1864 au sud de Lens en direction d’Arras. Elle portait comme particularité par rapport aux constructions antérieures d’avoir son système de descente enfermé dans un bâtiment. C’est dans ce puits que le 31 janvier 1986 des mineurs remontèrent pour la dernière fois sur le territoire de la ville de Lens.

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4 ap    La fosse 5 était sur la commune d’Avion. On pouvait voir dès 1876 son important bâtiment jugé à la pointe de la modernité à l’époque par Elie Reumaux. En 1898, la fosse 5 bis était ouverte à quelques mètres de là et servit toujours de fosse de service jusqu’en 1986. C’est en partie sur les friches ‘du 5’ que fut installé le parc de la Glissoire.

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5 ap   La fosse 6, située à Haisnes possédait la particularité d’être la seule à ne pas avoir été percée par la société des mines de Lens. Lors du début de son exploitation, en 1869, elle était l’unique fosse de la compagnie des mines de Douvrin rachetée en 1873 par celle de Lens.

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6 ap    Les fosses 7 et 7bis étaient jumelées comme des siamoises. Conçues en 1879 à Wingles, elles commencèrent à être exploitées 3 ans plus tard et ce jusqu’en 1960. Les deux beaux chevalets sont détruits en 1977.

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7 ap   Les fosses 8 et 8bis virent le jour en 1879 à Vendin-le-Vieil. Munies d’un seul chevalet avant la première guerre, elles eurent droit à deux différents lors de la reconstruction. Comme pour la fosse 3 à Liévin, l’un des chevalets était en acier, l’autre en béton pour l’aérage.  Dès 1958, on ne remontait plus de charbon de la fosse 8 dont les installations disparurent en 1974.

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8 ap     La fosse 9, bien que née en 1886 et détruite en 1983, est certainement aujourd’hui la plus célèbre sur le territoire de la ville de Lens. C’est en effet sur son carreau que l’on trouve aujourd’hui le Louvre-Lens.

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9 ap   Retour à Vendin-le-Vieil pour trouver la fosse 10. Cependant, il fallait avoir le nez fin pour la remarquer. En effet, elle se trouvait parmi les installations de la centrale électrique des mines de Lens. Elle fut la première à cesser son activité dès 1946 mais continua à servir de puits d’aérage jusqu’en 1958. Elle disparut lors de la destruction totale des installations de la centrale vers 1980.

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   La fosse 11 : son accès était sur Lens mais son carreau sur Loos-en-Gohelle. Exploitée dès 1894, elle eut l’honneur de recevoir la visite du président de la République Félix Faure en 1898 dont la descente dans les galeries fut largement rapportée par la presse de l’époque. Accompagnée du puits 19 depuis 1955, le carreau de la fosse 11, bien que fermé en 1986, est aujourd’hui l’une des vitrines du Bassin minier Nord-Pas de Calais inscrit depuis juin 2012 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

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11 ap   Autre puits particulier : celui de la fosse 11bis. Creusé en 1907 à Liévin, il n’a jamais remonté une seule gaillette de charbon ! En effet, il a toujours servi pour l’aérage pour les fosses 11 (située à 875 mètres) et 3 (éloignée de plus de 1300 mètres).

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11 bis ap   La fosse 12 est aussi particulière : alors que le puits et les installations se trouvent sur le territoire de Loos-en-Gohelle, la cité minière qui en dépend avec ses corons, ses écoles, son église, son dispensaire sont dans le périmètre lensois. Exploitée à partir de 1er janvier 1894, son puits est remblayé en 1980 et le chevalet abattu un an plus tard.

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12 ap    Le chevalet de la fosse 12bis était visible depuis le porche de l’église Saint Edouard. Situé route de Béthune, près du centre de formation des mines de Lens, il fut percé vers 1905 pour servir d’aérage à al fosse 12 jusqu’en 1976. Les installations furent détruites en 1984 pour laisser place à une zone industrielle.

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12bis ap   Le forage de la fosse 13 a débuté en 1906 à Hulluch. Elle porte le nom d’Elie Reumaux ancien agent général puis président du conseil d’administration de la compagnie minière lensoise. Devenue un puits de service pour la fosse 18, elle ferma en même temps que celle-ci en 1976 et le chevalet fut détruit en 1983.

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13 ap   Les installations de la fosse 13bis sont toujours visibles à Bénifontaine au chemin du Pont d’Avison. Elles ont été inscrites aux monuments historiques le 23 octobre 2009. Comme le 11bis, le 13bis n’a toujours servi qu’à l’aérage ; d’abord pour la fosse 13 puis pour la fosse 18 jusqu’en 1958. (Aucune photo de la fosse 13 bis en activité).

13bis   La fosse 14 est située sur la route de La Bassée au nord-ouest de Lens. Creusée à partir de 1906, la fosse 14 remonta ses premières gaillettes un an plus tard. Dès 1938, elle cessait d’être exploitée pour n’être utilisée qu’au service du personnel et ce, jusqu’ en 1967. C’est avec tristesse que d’anciens mineurs de la cité regardèrent le dynamitage du puits en 1974.

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14 ap   Le 14bis est aussi à Loos-en-Gohelle, visible de la route de La Bassée. Son forage débuta également en 1906 car elle servait à l’aérage de la fosse 14 jusqu’en 1962. A part son chevalet détruit comme la plupart, les installations sont toujours visibles aujourd’hui.

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14bis ap   Les fosses 15 et 15bis de Loos-en-Gohelle sont entrées dans l’histoire de la première guerre mondiale en mai 1915. Une invasion anglaise avait permis de reprendre le secteur dit ‘côte 70’ aux allemands mais l’avance fut repoussée quelques jours plus tard. Les anglais surnommaient la structure «Tower Bridge» en raison de sa ressemblance avec le célèbre pont de Londres. Ses deux chevalements jumeaux, hauts de 75 mètres, sont uniques dans le bassin minier. Le puits 15 est remblayé en 1962 mais le 15bis continua d’assurer l’entrée d’air pour le 12 puis pour le 19 jusqu’en 1972. Les installations furent détruites en 1976.

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15 ap   La fosse 16, aussi sur Loos-en-Gohelle, n’était exploitée que depuis  2 ans lorsque la première guerre mondiale éclata. On lui donna le nom d’Albert Motte, l’un des présidents du conseil d’administration de la compagnie. Mise en servie en 1912, la fosse 16 cessa son activité en 1958. Le puits fut remblayé en 1961.

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16 ap    Les deux autres fosses lensoises ont été construites par les HBNPC après la nationalisation de 1946.

   La fosse 18 – 18bis fut un grand siège de concentration dès son ouverture en 1954 à Hulluch. Elle était composée de deux puits dont, cas particulier dans la région, les molettes se trouvaient sur le même chevalet. La fosse no 18 – 18bis cessa d’extraire en 1976 et ses puits furent remblayés en 1978. Quelques bâtiments, le château d’eau et une reproduction du chevalet sont encore visibles aujourd’hui.

18 ap   Enfin, la fosse 19, siège de concentration, fut construite en 1954 et commenca à extraire en 1960. Elle ne possédait pas de chevalet mais une tour en béton haute de 66 mètres. Elle fut la dernière des mines de Lens à fermer le 31 janvier 1986. Le lavoir et le triage ont été détruits mais la majorité des installations furent conservée et rénovée pour en faire aujourd’hui l’un des sites majeurs du bassin minier.

19 ap   Il semble que la fosse 17 des mines de Lens n’ait jamais existé. Est-ce que, parmi les abonnées à ce blog, quelqu’un pourrait nous en donner l’explication ?

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La grande histoire du Monument Canadien de Vimy

   Aujourd’hui, nous quittons Lens. Oh ! Rassurez vous, nous n’allons pas loin : quelques kilomètres en direction d’Arras et nous ne pouvons rater sur notre droite cette construction originale composée de deux grandes colonnes.

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   Alors, profitons de ce magnifique site pour revenir sur la grande histoire du Monument Canadien de Vimy.

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   Lors de la première guerre mondiale, les troupes canadiennes arrivent en Europe dès décembre 1914 et servent dans le nord de la France et en Belgique. Elles participent notamment à la seconde bataille d’Ypres d’avril 1915 et à la bataille de la Somme d’avril-mai 1916. Du 9 au 12 avril 1917, après deux tentatives infructueuses des Alliés, les quatre divisions canadiennes, réunies pour la première fois au combat, réussirent à s’emparer de la crête de Vimy, une position densément fortifiée par les Allemands à 145 m d’altitude.

MC002     Avant même la fin de la guerre, les militaires canadiens ont érigé sur les sites de bataille des monuments à la mémoire des disparus. Le Monument commémoratif de l’Artillerie canadienne en est un exemple. Construit pendant l’hiver 1917-1918 et inauguré par le général Byng au printemps 1918, il se trouve au carrefour Les Tilleuls à Thélus.

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   L’idée du gouvernement canadien était que les monuments commémoratifs érigés sur des champs de bataille ne servent pas glorifier la guerre, mais plutôt exprimer le deuil et rendre hommage aux disparus qui avaient donné leur vie pour les vivants. Le nombre de morts canadiens durant la première guerre mondiale est de 60 000 parmi les 625 000 soldats. Environ 7 000 d’entre eux sont enterrés dans une trentaine de cimetières militaires situés dans le Pas-de-Calais.

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   Dès le mois de mai 1917, la commission impériale des sépultures de guerre (CISG) est créée et a pour but d’enterrer dignement les soldats morts au combat dans des cimetières permanents. Elle est aussi chargée de prévoir la façon dont on pourrait commémorer les morts et les disparus. Réunie à Londres en 1918, elle approuve la construction de cinq mémoriaux ouverts au public.

   En 1920, la “Canada Batlefields Memorial Commission” (Comité des monuments commémoratifs canadiens érigés sur des champs de bataille) organise un concours pour désigner les monuments canadiens qui seront érigés sur les différents sites des combats.

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   En octobre 1921, la CBMC adopte pour l’un de ces sites le projet de Walter Allward qui inclue vingt personnages symboliques associés à la guerre. Ceux-ci sont intégrés à un socle massif en pierre surmonté de deux immenses piliers représentant le Canada et la France. Son projet est présenté sous forme d’une maquette de plâtre.

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   En 1922, le gouvernement français octroie au Canada le libre usage à perpétuité d’une parcelle d’un hectare 71 située sur le terrain massacré des champs de bataille entre les communes de Vimy et de Givenchy-en-Gohelle. La CBMC décide que la crête de Vimy appelée aussi  ‘cote 145’ recevrait le monument d’Allward.

   La somme de 1,5 million de dollars investie dans cette construction est obtenue en grande partie par une souscription ouverte au Canada. La “Canada Batlefields Memorial Commission” a utilisé l’excédent de la souscription à la construction du temple protestant de la rue Victor Hugo à Lens.

   Le site de Vimy est le point culminant des collines de l’Artois et offre des vues imprenables sur le bassin minier dans un rayon de 35 kilomètres. Le monument est entouré aujourd’hui d’un parc de 110 hectares constitué d’une multitude d’arbres et d’arbustes importés du Canada et plantés chacun par un de ses ressortissants.

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   Selon bon nombre de gens, le monument commémoratif du Canada à Vimy est l’œuvre la plus remarquable de Walter Allward. Il y a consacré 14 ans de sa vie.

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   Au moment où il remporte le concours, Allward est un sculpteur déjà bien connu pour ses mémoriaux. Né à Toronto en 1875, il a suivi des cours de sculpture à la New Technical School de cette ville entre 1891 et 1893 et loué son premier atelier en 1894. En 1910, il sculpte le monument commémorant la participation du Canada à la guerre en Afrique du Sud. Il sculpte aussi des bustes et des statues de Canadiens célèbres comme celui de Brantford en l’honneur de Graham Bell, l’inventeur du téléphone.

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   En 1925, les travaux commencent. Peu à peu, à la pioche et à la pelle, le terrain est creusé, nettoyé des débris de la guerre et aplani. Il a fallu trois ans pour uniquement creuser les fondations et construire la plate-forme.

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   Allward  confectionne au Canada des statues de plâtre de taille réelle à l’aide de moules qu’il a lui-même créés. Il retouche ensuite les statues à la main.

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   Les œuvres de plâtre sont ensuite expédiées à Vimy pour être reproduites en pierre par des artisans locaux. De vastes hangars sont construits pour abriter les tailleurs de pierre et les sculpteurs.

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Sympathy of Canadians for the Helpless, Finishing touches, Octob

   II faudra onze mille tonnes de béton et de maçonnerie pour ériger la base du monument et cinq mille cinq cents tonnes de pierre, importée de l’île de Brač en Croatie, pour les pylônes et les sculptures.

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   Les blocs de pierre sont apportés sur le site par une ligne de chemin de fer à voie étroite dont une partie servit à l’approvisionnement des troupes en munitions pendant la guerre. Les wagonnets sont tirés par des chevaux.

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   Une fois taillés, les blocs sont hissés afin de confectionner les deux colonnes à l’aide de grues également conçues sur-place.

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   Quand les deux pylônes sont en place, ils sont enfermés dans un abri provisoire afin de protéger les sculpteurs travaillant en hauteur.

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   Ces deux pylônes représentent le Canada et la France et culminent 40 mètres au-dessus de la base du monument. Ils pèsent près de 6 000 tonnes et le socle plus de 10 000. La figure la plus élevée – l’allégorie de la paix – domine la plaine de Lens d’environ 140 mètres.

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   Sur le devant du monument, la statue d’une femme voilée, tournée vers l’est, vers l’aube d’un nouveau jour représente la jeune nation canadienne pleurant ses enfants tombés au combat.

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   Les sculptures au sommet des piliers représentent les vertus universelles que sont la foi, la justice, la paix, l’honneur, la charité, la vérité, la connaissance et l’espoir. Sur la face ouest du mémorial sont sculptées les figures d’un homme et d’une femme représentant les parents des soldats tombés.

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   Sur chacune des faces du monument ont été gravés au burin les noms des victimes des combats, 11 285 jeunes canadiens qui ont laissé leur vie en France lors des combats du 9 au 12 avril 1917.

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   Sur son socle, sont gravés dans la pierre, en français et en anglais, les mots suivants :
‘’À LA VAILLANCE DE SES FILS PENDANT LA GRANDE GUERRE, ET EN MÉMOIRE DE SES SOIXANTE  MILLE MORTS, LE PEUPLE CANADIEN A ÉLEVÉ CE MONUMENT’’.

   Le 26 juillet 1936 à 14 h 15, le monument est inauguré et la figure représentant le Canada dévoilée par le roi du Royaume Uni Édouard VIII en présence du président français Albert Lebrun et du ministre canadien de la Justice Ernest Lapointe. Une foule compacte de Canadiens, de Français et de Britanniques estimée à près de 100 000 personnes s’est rassemblée autour du mémorial.

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   Une fanfare militaire française et des gardes de la cavalerie algérienne, les spahis, montés sur des chevaux blancs, prennent position en face de la Garde royale canadienne de part et d’autre de la large allée qui mène les dignitaires à la terrasse sur laquelle est érigé le monument.

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   Parmi les milliers de gens rassemblés pour l’événement, plus de 3 000 anciens combattants venus en pèlerinage organisé par la Légion canadienne occupent fièrement la place d’honneur dans l’amphithéâtre, sous le regard des membres de leur famille installés sur les pentes.

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   A l’arrivée d’Edouard VIII, la Garde Royale Canadienne exécute le salut royal, et la musique entonne le ‘God Save the King’ puis le ‘Ô Canada’ pendant que le roi passe en revue les militaires avant de descendre vers le tombeau.

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   Le roi accueille ensuite le président Lebrun alors que les fanfares entament La Marseillaise.

Chacun prononce alors un discours radiodiffusé dans le monde entier et dans lequel ils appellent à la paix dans le monde.

Après son discours, Edouard VIII procède au dévoilement du monument, tandis que les troupes se mettent au garde-à-vous. La sonnerie aux morts se fait alors entendre et est aussitôt suivie d’un moment de silence.

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   Deux escadrons de l’Aviation royale du Canada survolent alors le monument à basse altitude dans un bruit assourdissant, les pilotes saluent les autorités par quelques figures acrobatiques.

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   Après le départ des autorités, la cérémonie doit se terminer par des remises de gerbes au pied du monument devant les troupes au garde à vous. Mais la foule est si dense que les soldats peinent à rester immobiles tant ils sont écrasés par les spectateurs et la manifestation doit être écourtée.

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    Lors de la deuxième guerre mondiale, le mémorial est conservé malgré les craintes que les allemands ne le détruisent. Il reçoit même la visite du feld-maréchal Erwin Rommel puis celle d’Adolf Hitler, Hermann Göring et des membres du siège social du parti nazi le 2 juin 1940.

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   A proximité du monument, des tranchées reconstituées ainsi qu’une partie des souterrains ayant servi lors de la bataille peuvent être maintenant visités. Les vestiges de tranchées et les cratères laissés par les obus rappellent la violence exceptionnelle des combats.

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   En face du mémorial, une stèle a été élevée à la mémoire des morts de la division marocaine qui avait pris une première fois la crête en mai 1915 mais avait dû ensuite se replier, faute de renforts.

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   Ayant fait l’objet d’une importante restauration à partir de 2004, le mémorial est inauguré de nouveau en avril 2007, au cours d’une cérémonie marquant le 90e anniversaire de la bataille de Vimy. La reine Elisabeth II, le Premier ministre canadien Stephen Harper et son homologue français Dominique de Villepin participent à cette manifestation.

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            Un homme aurait pu participer à cette commémoration : le dernier survivant de la bataille d’avril 1917, John Babcock. Il est mort en février 2010 à l’âge de 109 ans.

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   Le mémorial de Vimy est l’un des deux seuls sites historiques situés à l’extérieur du territoire canadien à être reconnus par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Il figure depuis 2012 sur les billets de banque de 20 dollars.

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   Les œuvres originales en plâtre confectionnées par Walter Allward sont aujourd’hui exposées au musée canadien de la guerre, salle de la Régénération à Ottawa, la capitale du Canada.

  Aujourd’hui encore, des jeunes Canadiens viennent régulièrement passer l’été dans le Pas-de-Calais pour servir de guides sur le mémorial.

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Il y a 100 ans à Lens

1915 : il y a 100 ans, Lens était allemand et ce, depuis octobre 1914. Un rappel en 50 images de ce qu’était Lens cette année là.

La présence des troupes allemandes dans la ville ….

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Les officiers réquisitionnent les plus belles demeures….

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Et les hommes de troupe au haras du notaire Tacquet

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Chaque jour, des concerts dans les rues de Lens….

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… et des pillages

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L’occupation des carreaux de fosses avant leur destruction

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Installation d’artilleries dans les quartiers et en ville

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La création d’un cimetière militaire route de Douai ….

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Où les morts sont amenés par dizaines chaque jour ….

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Puis vinrent les premiers bombardements de la ville

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… et dans les cités minières

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Où des soldats allemands posent fièrement avec un obus anglais

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Tandis que la guerre fait rage aux portes de la ville ….

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on assiste au triste passage en ville de prisonniers français

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En fin d’année 1915, Lens est une ville déjà bien abimée

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Et c’est malheureusement loin d’être fini !

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