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La braderie de Lens de 1946

   1945, Lens est libéré. Il faudra des années pour effacer les stigmates de ce second cataclysme qui a touché les lensois 30 ans à peine après le premier.

   Mais pour l’heure, les esprits sont tournés vers la relance du pays et les mineurs sont au premier plan.

   Dès le 28 août 1944, le communiste Henri Martel les avait appelés depuis Londres à gagner la « bataille du charbon ». Le général De Gaule en visite à Lens a aussi insisté sur la nécessité de relancer la production.

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   Le communiste Auguste Lecœur remporte les élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945. Il participe à un gouvernement d’union nationale dans lequel il est nommé secrétaire d’Etat à la production charbonnière.

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   Le mineur est désigné « premier ouvrier de France » mais dans les fosses, il est contrôlé, surveillé, épié par des militants de la CGT qui interdisent toute protestation : « Travailler d’abord, revendiquer ensuite ».

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   C’est dans ce contexte qu’a lieu la première grande braderie d’après guerre en juin 1946. Dans les rues de Lens, des chars décorés évoquant la grandeur de la France mais surtout la mine et les mineurs défilent tout en assurant la propagande de la politique du moment.

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   Cette frénésie à la production ne durera pas. Lecoeur sera battu aux élections municipales de 1947 par le Docteur Ernest Schaffner ; les ministres communistes seront chassés du gouvernement et entreront dans une opposition qui mènera jusqu’aux grandes grèves de 1948.

 

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C’est moi !

Un article paru dans le Lens Mag du mois de décembre 2015.

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Finalens

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   En 1930, la société des mines de Lens crée une filiale, la Société Financière de Lens (FINALENS) au capital de 40 millions de francs dont le but est de gérer financièrement tout ce qui n’est pas lié directement au charbon. Selon Ernest Cuvelette, le directeur de la compagnie lensoise, ‘’Il lui est dévolue la tâche de donner aux installations industrielles (produits chimiques, etc.) dont les bases ont été jetées par Lens tous l’essor désirable. C’est une entreprise considérable, digne au demeurant du passé et des traditions de cette grande compagnie’’.

   La compagnie minière émet des titres dont elle offre une partie à ses actionnaires à raison d’une action Finalens d’une valeur de 500 francs à tout possesseur de 25 actions de la société minière. Dès 1932, le capital de Finalens est porté à 100 millions de francs.

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   Dès 1930,  sur un terrain appartenant aux mines de Lens sur la commune de Douvrin débute la construction d’une ‘usine Claude’ appelée ainsi puisque basée sur les procédés du chimiste et inventeur industriel Georges Claude (1870-1960 ; créateur de Air Liquide, inventeur de tubes au néon, il est aussi à l’origine de la création de la société Grande Paroisse). Les travaux sont confiés au Génie Civil de Lens.

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   L’accès se fait par la route de Lens, après la traversée de la cité Victor Dejong : quelques maisons réservées au personnel identiques aux corons des cités minières. Victor Dejong était un résistant, employé à Finalens, qui fut  fusillé le 27 Mars 1943 à la Citadelle d’Arras.

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   La première spécialité de l’usine de Douvrin est la fabrication d’engrais ammoniaqués. Elle est alors la plus importante de France dans ce domaine et produit 80 tonnes par jour. Après des débuts difficiles sur le plan financier (en partie dus à la crise de 1929), la société Finalens réalise un bénéfice de 5,5 millions de Francs en 1935 et jusque 7 millions de 1937 à 1940.

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   En 1932, les ouvriers de l’usine voient passer de nombreux avions au dessus de leur tête. Il s’agit d’exercices de protection du site en cas d’attaque aérienne. Ces manœuvres sont organisées par un militaire célèbre … le maréchal Pétain !

   En 1946, l’usine de Douvrin entre dans le giron des Charbonnages de France après la nationalisation des compagnies minières. Mais la société financière de Lens continue d’exister et reste propriétaire des terrains.

   En 1959 est créé un atelier de fabrication d’acide sulfurique. L’usine, précurseur dans la fabrication des engrais azotés liquides, produit également de l’ammoniac et des engrais azotés solides (sulfate, nitrate et urée) jusqu’en 1965.

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   En 1967, le groupe CDF-Chimie (Société Chimique des charbonnages de France) est créé et rassemble, au niveau national, toutes les activités chimiques liées au charbon dans les bassins miniers. Il englobe alors l’usine de Douvrin que tout le monde continue d’appeler Finalens.

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   En 1969 est construite une unité d’acide phosphorique d’une capacité de 200 tonnes par jour ; une parcelle de 20ha est consacrée à l’épandage du phosphogypse sous le nom de champ de gypse, l’acide sulfurique résiduaire y étant aussi rejeté, de même que du fluorure de calcium sous forme de boues.

   L’usine de  Douvrin d’une superficie de 33 hectares est découpée alors en différentes zones :

- la première zone dans laquelle il y a encore des bâtiments, aujourd’hui cédés à d’autres entreprises avec des activités légères

- la deuxième zone, la plus grande, sur laquelle il y avait une bonne partie des activités des ateliers de production d’ammoniac

- une zone intermédiaire où il y avait des ateliers de production de sulfate et de nitrate,

- la zone des lagunes, sur laquelle il y avait les terres bleues,

- l’ensemble de la zone des dépôts de gypse (cela provenait de l’atelier d’acide phosphorique).

- le quai de déchargement de 220 mètres de longueur sur le canal d’Aire à la Bassée

   Le 30 juin 1970, la Société Immobilière Argenteuil le Parc (filiale du Groupe Industriel Marcel Dassault) rachète la société Finalens et l’usine de Douvrin est alors dirigée par Grande Paroisse en vertu d’un contrat de location-gérance.

   La baise de la production de houille et l’arrivée d’installations plus grandes donc plus rentables condamnent les usines comme celle de Douvrin qui arrête sa production en 1982. Les installations sont démontées, il ne reste sur place qu’un hangar, le portail d’entrée, deux bâtiments et la bascule.

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   L’entreprise Grande Paroisse, filiale d’Elf-Atochem, propriétaire de la friche de Douvrin suite à des restructurations dans la chimie française au cours des années 1980 a dû procéder à la dépollution complète des terrains selon un arrêté préfectoral du 17/10/1995 prescrivant la remise en état du site. Rétia, filiale de Total, a en charge la dépollution avant de revendre le terrain à un autre industriel.

   Actuellement, le site est divisé arbitrairement en deux zones : une zone dite cessible sur laquelle Grande Paroisse a un projet de valorisation du terrain et une zone dite non cessible sur lequel se trouve l’ancien dépôt des phosphogypses. Pollué chimiquement, le site produit en plus de la radioactivité. Les taux relevés ne sont certes pas très élevés mais l’autorité de sûreté nucléaire les fait surveiller.

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   La reconversion du site ‘ex-Finalens’ n’est pas aisée. Seules deux entreprises y sont jusqu’alors installées.

-       Campo-Club, uns société de loisirs sportifs sur le site de l’ancienne cantine du personnel elle-même transformée en terrains de badminton et  clubhouse

-       La société NIBS France spécialisée dans la fabrication de pièces techniques à base de matières plastiques

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   Un projet de zone artisanale est envisagé sur une partie du site, une trentaine d’hectares pourraient y être consacrée, l’autre partie toujours pas dépolluée serait transformée en un espace paysagé.

Remerciements à la ville de Douvrin, à l’association APPHIM et à mon frère Bernard, ancien salarié de Finalens.

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1918-1928 : la reconstruction des mines de Lens

   L’occupation par les allemands du nord de la France a privé le pays de la moitié de sa production charbonnière. Les compagnies des régions occupées depuis le début du mois d’octobre 1918 voient aussitôt l’exploitation arrêtée.

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   Dès les premiers jours d’occupation, l’ennemi entreprend de détruire les moyens d’extraction sous des prétextes d’ordre militaire. L’armée s’empare des matériaux et des machines et incendie les installations au sol. Dès le début de 1915, les troupes françaises et anglaises tentent de déloger les allemands de Lens, leurs obus abiment sérieusement les puits.

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   En septembre 1915, les troupes alliées reprennent Loos et libère la fosse 15 des mines de Lens. Devant la menace de devoir se retirer plus, les allemands décident d’anéantir totalement les moyens de production. En octobre et novembre 1915, ils dynamitent tous les cuvelages des fosses de Lens et de Liévin. Les explosions se situant au niveau dans la partie calcaire au dessus des veines de houille, ont pour conséquence d’inonder totalement les galeries.

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   C’est vers la fin de l’occupation que les destructions sont les plus importantes.  Après avoir jeté dans le puits tout ce qu’ils ne pouvaient emporter, les soldats allemands déposent méthodiquement dans toutes les fosses des charges d’explosifs détruisant ainsi toutes les machines, les chaudières, les chevalets.

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   Dès l’été 1917, les compagnies du Nord et du Pas-de-Calais se regroupent pour étudier les mesures à prendre pour la reconstruction. La direction de ce groupement est confiée à Ernest Cuvelette, le directeur des mines de Lens. Avant même la fin du conflit, des pompes de dénoyage et des treuils électriques ont été commandés par Elie Reumaux, en exil en Belgique.

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   A la libération, on constate que tous les puits des mines de Lens et de Liévin sont totalement inondés et les installations de surface irrécupérables. Vient alors le temps de la reconstruction. Elle s’effectue avec une rapidité surprenante, au vu de l’ampleur des destructions.

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   Les compagnies de Lens et de Liévin entreprennent la construction de centrales de production électrique. Dans un premier temps, les deux compagnies se fournissent en électricité auprès de la centrale de Béthune où des groupes supplémentaires ont été mis en place et par la construction d’une centrale à Dourges avant de pouvoir réutiliser la centrale de Vendin-le-Viel.

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   L’année 1919 est consacrée au déblaiement des ruines, à la reconstruction du réseau ferroviaire, au dégagement des routes et à l’aménagement d’abris et de logements provisoires pour les ouvriers employés à la reconstruction.

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   Débute ensuite le dénoyage. Les compagnies ont créé la Société Civile de Dénoyage des Houillères du Pas-de-Calais. On estime à 100 millions de mètres cube le volume d’eau à enlever : des rivières sont élargies, des aqueducs provisoires sont montés.

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   Les cuvelages percés ne permettent pas de se contenter d’aspirer l’eau des galeries, elles se rempliraient aussitôt. Il est donc entrepris de forer autour du cuvelage des sondages verticaux et d’y faire couler du ciment très liquide. En durcissant, ce ciment entourera ainsi le cuvelage d’une gaine protectrice. Dans certains puits, ce ne sont pas moins de 1000 tonnes de ciment qui sont coulées.

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   Dans les galeries, des fissures permettent à l’eau de se déverser d’un puits à l’autre ne dépendant pas toujours de la même compagnie. Alors, les compagnies de Lens et de Liévin entreprennent de commencer le dénoyage simultanément. Pour cela 19 pompes sont utilisées, montées sur des chevalets en bois. Ces opérations débutent en novembre 1920.

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    Ces chevalets de bois permettront dès la fin du dénoyage de reprendre l’extraction avant la construction des chevalets définitifs.

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   Au printemps 1921, les travaux de dénoyage sont terminés et l’exploitation peut reprendre dans les galeries supérieures des puits.

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   Dès la libération, la société des mines de Lens entreprend la reconstruction des maisons dans les cités. Pour cela, elle ouvre sa propre briqueterie. Fin 1920, 1200 maisons sont sorties de terre et en 1925, 12 000 logements, les écoles, les églises, les dispensaires sont reconstruits.

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   Ernest Cuvelette a profité de ces circonstances pour moderniser l’appareil productif. Les  puits sont maintenant équipés d’un grand chevalement métallique particulier aux mines du Pas-de-Calais ou d’un autre type plus modeste construit dans un matériau d’avenir, le béton armé. La grande cheminée qui caractérisait les fosses du 19ème  siècle a disparu puisque  la machine d’extraction  ne fonctionne plus à la vapeur mais à l’électricité.

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   En 1925, bien que les dirigeants des compagnies prétendent que la loi adoptée le 23 avril 1919 concernant la journée de 8 heures et de la semaine de 48 heures ait considérablement fait baisser la production individuelle, le bassin minier a retrouvé son niveau de 1913. En 1928, la société des mines de Lens est la troisième capitalisation française derrière la Banque de France et Saint-Gobain. L’action qui valait 420 francs en 1913 et qui était tombée à 110 francs en 1915 en vaut 532 cette année là.

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L’assassin de la fosse 4

   Cette histoire aurait pu être tirée d’un film, d’une pièce de théâtre ou d’un roman mais elle est réelle. Alors, découvrons ensemble qui est « l’assassin de la fosse 4 » telle que la presse de l’époque nous l’a rapportée.

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    En 1905, Victor Roussel se fait embaucher à la fosse 4 des mines de Lens. Il reçoit un logement dans les corons de la place Saint-Alfred. Marié à Léonie Courtin, il a deux enfants : Isabelle, 5 ans et Marius, 4 ans. Le maigre salaire de mineur ne suffit pas à nourrir toute la famille. Le couple décide en juillet 1907 de louer une chambre sous les toits à Raphaël Vanhoutte, un jeune homme qui vient également de se faire embaucher à la fosse 4.

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   Raphaël Vanhoutte, un gars au casier judiciaire déjà chargé, ne tarde pas à devenir l’amant de la femme Roussel.

   Le 21 avril 1908 vers 4 heures du matin, un mineur se rendant à la fosse passe derrière un estaminet de la place Saint Alfred lorsque, dans le noir, il heurte un obstacle au sol. Il découvre qu’il s’agit du corps d’un homme, la tête ensanglantée et les pieds nus. Les godillots se trouvent à quelques mètres du cadavre. Notre mineur s’en va aussitôt quérir la maréchaussée.

   Les gendarmes arrivant sur les lieux envisagent d’abord une rixe entre mineurs sortant de l’estaminet comme il en arrive de temps en temps lorsque le genièvre ou la bière ont coulé à flot. Cependant des traces sur le sol les incitent à penser que l’homme n’est pas mort là mais a été traîné. Ils suivent la piste qui les mène tout droit devant la maison des Roussel, au n° 12 de la place Saint-Alfred.

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   Ils y découvrent Léonie en train de préparer le petit déjeuner des enfants et son locataire à peine habillé enfilant ses vêtements de mineur. Lorsqu’ils demandent à la femme où se trouve son mari, elle répond qu’il a quitté la maison la veille vers 5 heures du soir et qu’il n’est pas rentré depuis. Raphaël le confirme mais des témoins, attirés nombreux par le sordide spectacle, affirment qu’à 5 heures, Victor était au fond de la mine en train de gratter le charbon.

   Les gendarmes préviennent leur supérieur. Le lieutenant Coine arrive et inspecte les lieux : les sols de la cuisine et de la chambre des parents ont été lavés récemment mais quelques traces de sang sont restées. Montant dans la chambre de Vanhoutte, il soulève une couverture jetée à la hâte sur le lit et s’aperçoit que les draps sont en désordre et tachés de sang. Poussant un peu plus ses investigations, il descend à la cave et là, près du tas de charbon, il découvre une hache de mineur également souillée de sang.

  Les preuves sont formelles, Victor Roussel a été assassiné ici ! Le lieutenant arrête Vanhoutte et sa maîtresse ! Les deux amants sont emmenés au poste sous la protection des gendarmes car les mineurs tentent de molester Vanhoutte, lui jettent des pierres et hurlent ‘’A mort, l’assassin !’’. Les amants seront ensuite incarcérés à la prison de Béthune.

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   L’enquête établira les faits. Victor, en rentrant de la mine un peu plus tôt que prévu, découvre Vanhoutte et sa femme au lit. Aussitôt une violente dispute éclate à l’issue de laquelle Victor se couche dans sa chambre avec son fils tandis que l’épouse infidèle rejoint le lit des enfants avec sa fille. Vanhoutte se retire dans sa mansarde à l’étage.

   Vers minuit, Vanhoutte se lève, descend et rejoint sa maîtresse. Il lui demande comment elle envisage l’avenir. Celle-ci rétorque qu’il n’y a qu’une solution : tuer immédiatement le mari gênant mais, ajoute-t-elle, ‘’en faisant attention de ne pas blesser son fils couché à côté de lui‘’ !

   Vanhoutte prend sa hache de mineur et se dirige dans la chambre, palpe les deux têtes pour ne pas se tromper et assène un coup violent sur celle de Victor. Puis, il le tire dans la cuisine où il l’achève de plusieurs coups de hache sur le crane.

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   Pendant ce temps, la toute nouvelle veuve tire son garçon du lit et le recouche avec sa fille. Elle demande à l’assassin de se débarrasser du corps. Vanhoutte couvre la tête du mort avec un sac pour contenir le sang, l’habille tant bien que mal et le traîne jusque derrière un estaminet puis, s’apercevant que le mort est pieds nus, retourne chercher ses godillots.

   Léonie entreprend de laver les sols de sa cuisine et de la chambre. A son retour, Vanhoutte jette le sac qui a servi à couvrir la tête dans la fosse d’aisance, retire les draps tâchés du lit de Roussel et met les siens à la place. Puis le couple se recouche dans le lit où dormait il y a quelques minutes encore leur victime ! Ils sont à peine réveillés lorsque les gendarmes frappent à leur porte.

  Le ‘’amants terribles’’ sont jugés le 22 juillet devant le tribunal du Pas-de-Calais à Saint-Omer.

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   La veuve Roussel prétend qu’elle en est arrivée à cette extrémité à cause de la violence de son mari envers elle et les enfants. Vanhoutte n’a pas d’autres excuses à faire valoir que celle de s’être laissé entraîner par sa maîtresse.

   C’est le président Mourou qui prononce le verdict : Raphaël Vanhoutte est condamné à mort et Léonie à la réclusion à perpétuité.

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   Le 9 janvier 1909, à la prison de Béthune, quatre hommes de ‘la bande à Pollet’, des bandits d’Hazebrouck, sont guillotinés. Le même jour, alors qu’il entend les préparations pour leur exécution de sa cellule, Vanhoutte reçoit la visite du procureur de la République qui lui annonce que la veille, le président Fallière a signé sa grâce et a transformé sa peine en travaux forcés à perpétuité.

  Le 13 janvier, Vanhoutte quitte la prison de Béthune pour être transféré au bagne. Un journaliste du ‘Petit Parisien’ le rencontre en gare de Lens. Il écrira :

  J’ai pu voir, hier, en gare de Lens, le condamné à mort gracié, Vanhoutte, que des gendarmes transféraient de Béthune à Douai. L’assassin nous a paru considérablement déprimé. Sa constitution peu robuste a eu à souffrir du séjour de la prison. Les voyageurs qui avaient reconnu le brigand se pressaient autour de lui. Nous avons pu recueillir ses impressions : ‘’J’ai toujours espéré la clémence présidentielle. D’ailleurs, ne suis-je pas assez puni ainsi ? Me voilà déshonoré à tout jamais. J’ai fait le malheur des miens’’.

  A une personne qui lui demande si, le jour où il tua Roussel, il songea aux conséquences de son acte, Vanhoutte répond : ‘’Je n’y ai jamais pensé. Je me suis déjà bien souvent demandé depuis mon incarcération pourquoi j’avais tué Roussel alors qu’il m’était si facile de vivre en compagnie de son infidèle épouse. Dès que je serai au bagne, je m’inquiéterai d’elle et lui écrirai. Je m’attacherai à me bien faire considérer pour obtenir quelques faveurs’’.

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Abel Biervois, un nom qui a fait rouler de nombreux lensois

   Petite-fille de Monsieur Abel BIERVOIS., décédée le 15 juin dernier à l’âge de 67 ans, madame Maryse Chopin m’avait fait parvenir un historique de l’entreprise qu’avait créée son grand père avec mission de le diffuser dans mon blog. Voici donc l’histoire de l’une des plus anciennes entreprises de transport en commun lensoise.

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    Le 23 octobre 1891 à Illies, près de La Bassée, nait Abel Henry Joseph Biervois d’un père mineur et d’une mère ‘journalière’.

   Appelé volontaire en 1909 à l’âge de 18 ans, Abel Biervois est mobilisé lors de la première guerre mondiale. Il en revient gazé et handicapé à 60%. Après la guerre, son père quitte le travail au fond pour les chemins de fer des mines et rejoint Lens. Il finira sa carrière comme chef de la gare de Sainte Elisabeth où, près de là, son épouse tient un estaminet sur la route de Béthune.

   Peu de temps après l’armistice, Abel Biervois obtient une licence de Transport et Déménagements et achète une épave aux domaines qu’il remet en état. Il se lance dans la livraison de charbon, métier pour lequel son fournisseur est bien sur, la société des mines de Lens.

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   Rapidement, son activité se développe et il participe activement à la reconstruction de la ville de Lens. Outre le transport de charbon, de carrelages, de sable qu’il va charger sur les berges du canal, il achemine également les pavés pour la reconstruction des rues de la ville. On le voit également dans les cimetières militaires de la région où il livre les pierres tombales des soldats ainsi que du côté de Loison-sous-Lens où son entreprise est chargée du transport des maisons de bois de la cité hollandaise. Sur le boulevard des Ecoles (bd Basly aujourd’hui), il ouvre un café.

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   Au début des années 1920, Abel Biervois se lance dans le transport des voyageurs et achète son premier autocar de marque Packard. Il organise des excursions à Notre-Dame-de-Lorette, au monument canadien de Vimy mais aussi à Lisieux ou au Mont Saint Michel. Le siège de l’entreprise se trouve alors au 30 boulevard Basly.

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   Membre fondateur du Racing Club Lensois, il achète un second autocar : un Panhard grand luxe avec lequel il assure les déplacements des joueurs Sang et Or.

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   En même temps, il est avec Aimé Westeel et Léon Gavois, l’un des tous premiers à assurer des lignes régulières au départ de la nouvelle gare de Lens.

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   Puis il achète un bâtiment sur la route de Béthune où il installe les Garages Biervois. En 1939, il possède 18 autobus qui seront tous détruits par les bombardements.

   Pendant la guerre, Abel Biervois entre dans la Résistance, il est membre du Comité Départemental Clandestin auprès de Louis Albert. Pour ses actions, il est décoré de la Croix de Guerre et de la médaille de la Résistance.

   A la fin du conflit, il relance son entreprise. Pour remplacer ses autocars, il achète des châssis aux domaines qu’il rénove.

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   Lignes régulières, transport de scolaires, de mineurs, d’ouvriers d’usine, il travaille aussi pour la mairie de Lens pour qui il transporte l’Harmonie Municipale et les personnes âgées.

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   Les HBNPC lui confient également les mineurs et leurs familles pour les transporter vers les centres de loisirs en Bretagne, sur la Côte d’Azur ou encore à l’hôtel Régina de Berck.

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   En 1960, il assure le premier voyage de l’Association de Loisirs des Mineurs à destination des Baléares. Il travaille aussi avec l’église pour qui il organise des voyages à Lourdes, Rome et même Jérusalem sans oublier les transports assurés pour les vendangeurs à destination de la Champagne ou ceux des supporters du RC Lens.

   En 1963, Abel Biervois cède son entreprise à ses deux filles, mesdames Maréchal et François qui la scindent en deux entités distinctes. L’époux de Madame François, lieutenant des pompiers de Liévin, prend la direction des Voyages Biervois, en fait une société anonyme et achète un terrain à Liévin sur l’avenue Jean Jaurès. Il y installe les locaux de direction, une agence de voyages, un garage et un atelier. L’entreprise est alors composée de 20 autocars, 10 bus urbains et 10 cars de grand tourisme, elle emploie 37 personnes.

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   Lors de jeux Olympiques de 1968, Les Voyages Biervois sont sollicités pour participer au service des transports dans Grenoble, lieu de compétitions pendant toute la durée des jeux.

   En 1970, l’agence de voyages Biervois lance une nouvelle formule de voyages « tout compris » par autocar au départ de toute la région Nord – Pas-de-Calais à destination de Rosas sur la Costa Brava et de Nidershill en Autriche. Ces voyages qui sont accessibles à toutes les familles pour un prix modique remportent un énorme succès durant de nombreuses années.

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   En 1972, la municipalité lensoise crée la SUL (Service Urbain Lensois). Les dessertes sont assurées par les transporteurs Biervois, Baudart, Westeel et des Transports en Commun Lensois. Les transports Biervois reprennent les lignes entre Lens, Lille et Arras assurées auparavant par les bus ‘Citroën’.

   En 1977, Abel Biervois, le fondateur de la société est décoré de la Légion d’Honneur.

 

   En 1979, l’Agence Biervois se lance dans une nouvelle aventure : le transport aérien. Associé à la compagnie espagnole Spantax, elle assure au départ de Lille-Lesquin un voyage hebdomadaire à destination de Palma de Majorque aux Baléares. Puis, avec la compagnie nationale polonaise Lot, ce sont des voyages hebdomadaires vers Poznan ou Varsovie qui sont proposés.

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   En 1981, le fondateur de l’entreprise diverse ses activités en créant la SCI Abel Biervois, une société immobilière basée route de Béthune.

   En 1983 après le décès de Jules François, directeur de la société, son épouse reprend l’entreprise. En collaboration avec le comité d’entreprise des HBNPC, sont organisés des séjours de deux semaines aux Balléares ou au château d’Agecroft à La Napoule.

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   En 1985, l’année du décès d’Abel Biervois, on voit apparaître à nouveau deux nouvelles sociétés : Biervois BV Tour et Agence BV Tour.

   Suite à la fermeture des unités de production textiles et minières, les marchés du transport s’amoindrissent et les transports en commun souffrent. Pour Biervois, les conséquences sont lourdes. Alors qu’elle était en pleine expansion, la crise a des conséquences sur la trésorerie et a met en cause la pérennité de l’entreprise. Deux grèves particulièrement dures des employés l’atteignent suite à sa décision d’en licencier près de la moitié.

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   L’entreprise posséde alors 6 autocars de luxe, plus de 50 autres véhicules pour les transports urbains et de tourisme et des biens immobiliers avec les locaux, le garage et l’atelier de Liévin.

   Lâchée par ses anciens amis, par les politiques locaux, mais aussi mal conseillée, madame François-Biervois cesse l’activité des sociétés. Le Tribunal de Commerce nomme un administrateur chargé des opérations de dissolution et de liquidation.

   Les biens et l’exploitation des lignes urbaines et inter-urbaines de la société Biervois sont repris (pour 0 franc) par GTI Transports et gérés par une filiale, la ST2L, société des transports de Lens-Liévin.

   La reprise ne concernant que les lignes, les locaux et le stock constitué des autocars mais pas le passif de la société contrairement à ce qui a été fait pour d’autres transporteurs locaux, madame François-Biervois et mademoiselle Maryse Chopin, sa fille, ayant investit toutes leurs économies dans l’entreprise et s’étant portées caution des emprunts, sont ruinées.

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   Laissons à Maryse Chopin la conclusion : « Cette histoire est bien réelle et j’ai voulu la raconter succinctement. La société d’Abel Biervois , c’est un personnage historique lié à la nation, de la grande guerre 1914/1918, de celle de 1939/1945, un grand résistant, un des pionniers du transport en commun de la région Nord-Pas de Calais ; c’est une société de transports en commun et d’agence de voyages qui a fait vivre pendant des décennies des salariés, qui a fait voyager des millions de personnes, d’ouvriers, de mineurs ;  c’est une famille qui s’est investie dans un métier avec beaucoup de disponibilité et de dévouement. Le nom Biervois reste à jamais gravé comme étant l’un des pionniers du transport en commun par bus et par autocar dans le cadre de l’activité de tourisme de la région et notamment de l’agglomération de Lens-Liévin. C’est donc cette vérité que j’ai voulu rétablir afin que le nom BIERVOIS retrouve sa véritable place ».

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11 siècles dans les mines de Lens !

D’après un article de Théo Carlier pour la revue Détective (10 novembre 1952)

   En 1952, Gustave Montaigne a 72 ans et vit à Haisnes avec son épouse Elisa. Après 52 ans passés à la mine, il coule une retraite paisible dans un coron de la fosse 6 des mines de Lens mais, toujours passionné par ce qui fut son métier, se rend encore parfois sur ses anciens lieux de travail.

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   Fils de mineur, petit-fils et arrière petit fils de mineurs, gendre de mineur, pères de mineurs : pendant 100 ans, une dizaine de membres de sa famille a travaillé à la mine. En totalisant le nombre d’années de chacun, on arrive au chiffre de 1075 ans !!

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   Le premier mineur de la famille est … lillois, le père Toursel. Forgeron de métier, il battait le fer dans une fabrique de toiles de la banlieue lilloise, c’est ce qu’on appelait à l’époque un ‘daubeur’.

   Sans emploie en 1852, il apprend qu’on cherche du personnel dans les mines et rejoint la compagnie lensoise. Surnommé ‘Toursel le daubeur’, il trouve un emploi de forgeron aux ateliers, près de la fosse 1. Il fabrique et répare les pics des mineurs.

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   Sa fille Henriette épouse un mineur de la fosse 1, Louis Montaigne. Ancien tourneur sur bois, il a remplacé les gouges par le pic de mineur.

   Louis Montaigne, premier du nom et Henriette eurent 5 enfants :

-           Louis fils embauché comme galibot en 1869 à la fosse 2 du Grand-Condé (il finira sa carrière comme porion à la fosse 11 en 1910).

-          Eugène, 40 ans au fond de la mine.

-          Henri, mineur pendant 42 ans

-          Emile qui, après 26 ans au fond démissionna pour s’engager dans la compagnie des sapeurs-pompiers de Lens

-          Maria, la dernière qui épousa Emile Baroux, mineur pendant 25 ans.

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   Louis, second du nom eut à son tour 3 enfants : Gustave donc né le 29 février 1880 ; Hélène, dont le mari, Marc Péronnet, ancien galibot également, a pris sa retraite comme ingénieur divisionnaire après 48 ans de service et Louis (3ème du nom), embauché comme galibot en 1893 et qui terminera ingénieur au service des plans en 1945.

   L’épouse du troisième Louis, Augustine Selliez, descend également d’une lignée de mineurs dont le grand-père, Charles-Henri travailla plus de 40 ans au fond de la mine de Douchy, près de Denain.

   En 1893, la famille de Gustave Montaigne habitait Vendin-le-Vieil. Gustave est embauché comme galibot à la fosse 7 située à Wingles. Tous les matins, après s’être levé à 4h30, il rejoint à pied le carreau où il prépare sa lampe et celle de son porion car Gustave est ‘galibot de porion’, une sorte de secrétaire de l’agent de maîtrise. A 6h00, ils descendent ensemble au fond. Là, le rôle de Gustave est de suivre pas à pas son chef et de noter sur un carnet toutes les observations du chef. A 14h00, c’est l’heure de la remonte mais Gustave ne quitte pas le carreau pour autant car il doit encore recopier sur un cahier propre tous ses écrits du fond.

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   A 14 ans et demi, Gustave ‘prend du galon’, il n’est plus galibot, trop vieux pour ça ! Il passe au chargement et roulage des berlines de charbon. Deux ans plus tard, il est bowetteur (mineur affecté au creusement d »une galerie) mais doit quitter Wingles pour travailler à la fosse 11 située à la limite entre Loos-en-Gohelle et Lens.

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   Suivant parallèlement des cours du soir, le gamin, repéré par ses chefs, est inscrit au concours d’entrée à l’école des mines de Douai. Il termine premier sur 80 candidats. A 21 ans, il sort second de l’école et comme il est passionné par le dessin, il veut être géomètre. Mais deux nouvelles années au fond sont d’abord nécessaires et ce n’est qu’à 25 ans qu’il rejoint le service des plans aux grands bureaux des Mines, rue Bollaert.

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   Détaché un moment à la Faculté de Lille pour y établir des relevés topographiques du bassin houiller, il gravit tous les échelons pour terminer sa carrière à 64 ans comme ingénieur en chef du service des plans des mines de Lens.

   Gustave Montaigne a eu deux fils : Léandre, comptable mais aux mines de Lens, bien sur et Marc qui est devenu chimiste dans une société privée travaillant pour … les mines de Lens.

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   La passion de Marc est la sculpture. Une de ses œuvres est bien connue des habituées de l’église Saint Wulgan de la cité du Grand-Condé à Lens. C’est en effet lui qui sculpta et offrit en 1935 la statue de Notre dame des Mines.

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    L’œuvre de Marc Montaigne est la reproduction à l’identique de la statue de Notre-Dame des Mines située sur le toit de la chapelle de l’ermitage Saint-Julien-des-Causses, près d’Alès.

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   Sur le socle de la statue de Marc Montaigne sont gravées des scènes de la mine à différentes époques. La statue de Notre Dame des Mines est toujours visible dans l’église de la cité 2 où elle pose auprès de Saint Wulgan.

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L’église du Millenium de Lens classée monument historique

    Le mardi 27 janvier 2015, l’église du Millenium de Lens est classée monument historique. L’occasion de revenir sur sa construction.

   En 1919 un baraquement en bois est construit route de Béthune sur un terrain en face de la  fosse n°1 des mines de Lens. Appelée d’abord chapelle St Edouard (pour remplacer l’église de la cité de la fosse 12 en ruine), cette construction sert aussi de lieu de culte jusqu’à la reconstruction de l’église Saint Léger.

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   A partir de 1923, la chapelle reçoit le nom de Sainte Élisabeth et est remise en état par la communauté polonaise. Les messes y sont célébrées en français et en polonais.

   Au début des es 60, le besoin d’une église purement polonaise à Lens se fait sentir. C’est le père Przybysz qui officiait dans la paroisse dans les années 40/50 qui est à l’initiative de la construction de l’église : la chapelle devenant de plus en plus vétuste et risquant à tout moment de s’écrouler.

   Le prêtre fait bâtir une salle près de la chapelle pour les activités culturelles des paroissiens, mais aussi avec l’idée qu’elle serve provisoirement de lieu de culte au cas où la construction d’une nouvelle église se concrétise.

   C’est alors que le comité national polonais du Millénaire décide de construire une église symbolisant le millénaire de la chrétienté polonaise. Lens, bastion de la polonité du bassin minier du nord de la France, est choisi. Les décisions du comité national sont accueillies avec enthousiasme. La communauté polonaise de Lens crée un comité de soutien pour la construction de l’église et chaque polonais du bassin minier et même du monde entier, dans la mesure de ses moyens participe à la réalisation de ce projet pharaonique. 150 millions d’anciens francs sont rassemblés pour financer le chantier.

   Les pères Czajka et Lewicki ainsi que Messieurs Kwiatkowski père et fils, directeurs successifs du journal polonais Narodowiec (voir ici : http://lelensoisnormandtome3.unblog.fr/2014/05/08/narodowiec-le-journal-des-mineurs-polonais/ ) sont les principaux artisans de la construction.

   En 1965, la chapelle est rasée et l’année suivante (année du millénaire de la Pologne catholique), la première pierre de l’église est posée. Le dimanche 16 avril 1967, avec la consécration de l’église, c’est l’ensemble de la communauté polonaise de Lens mais aussi de tout le Bassin Mineir qui est à l’honneur.

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   L’histoire complète de la construction de l’église du Millenium est relatée par Henri Dudzinski dans le dernier numéro de la revue Gauheria que l’on peut se procurer sur le site de l’association : http://gauheria.canalblog.com/

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   Avec l’église du Millenium, la ville de Lens compte aujourd’hui quatre monuments historiques avec la gare, la maison syndicale et les grands bureaux des mines (aujourd’hui université Jean Perrin).

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L’hôpital de Lens en 1955

   C’est pour la revue ‘Détective’ que le journaliste Raymond Oloina a effectué en 1955 un reportage sur l’hôpital de Lens. En voici un résumé.

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   Après une présentation du Docteur Schaffner (sa biographie est ici : http://lenstome4.canalblog.com/archives/2011/11/27/24624807.html ), de sa maladie : la radiodermite, de son parcours l’amenant de son Alsace natale à la capitale du pays minier, le journaliste demande au maire de Lens comment il en est arrivé à construire dans cette ville un hôpital d’avant-garde. ‘’Je ne suis pas seul. Chacun des membres du Conseil d’Administration étudie nos problèmes, présente des suggestions et collabore au mieux au bien être de nos malades. Nous avons aussi la chance d’avoir à la direction du centre Monsieur Morlé ’’.

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   Pierre Morlé est un jeune directeur de 39 ans. Parisien d’origine, il fait partie, selon le journaliste, de cette nouvelle génération de fonctionnaires qui pensent qu’une bonne organisation est source de rentabilité.

   Pierre Morlé a déjà bien voyagé lorsqu’il arrive à Lens : licencié de droit à 21 ans, prisonnier en Allemagne d’où il s’évade lors de la seconde guerre mondiale, il a participé à des stages dans les hôpitaux à Bruxelles, Rome, Milan , Vienne ou encore Munich.

   Arrivé à Lens en 1952, il met en place des réformes parfois insignifiantes mais qui conduisent à une meilleure rentabilité du Centre Hospitalier. Pour éviter les dépenses trop importantes dues à l’intervention d’entreprises extérieures pour les travaux d’entretien et de réparation, il crée une équipe de techniciens comprenant 30 ouvriers (plombiers, électriciens, peintres, forgerons …).

   Peu à peu, il transforme les chambres communes en pièces individuelles ou à deux lits. Il crée un mini golf, une volière et des nombreux parterres fleuris afin de permettre aux malades pouvant sortir de se détendre dans un espace agréable.

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   Un exemple de nouveauté insignifiante mais qui améliore le sommeil des patients : le nettoyage se faisant la nuit, les seaux métalliques sur le carrelages réveillent les malades. Il les fait remplacer par des ustensiles en plastique.

   Et le journaliste d’ajouter : ‘’Ces petites révolutions apportées par cet organisateur-né a mis le Centre Hospitalier de Lens à la pointe du progrès en matière de gestion comme il l’était sur le plan médical et chirurgical avec le Docteur Schaffner’’.

   Puis l’article vante le dévouement et l’efficacité du corps médical en évoquant en exemple la terrible catastrophe de Loison-sous-Lens (un car transportant des institutrices et élèves d’une école de Tourcoing est tombé du pont de la route nationale sur la voie ferrée le 16 décembre 1954). Une cinquantaine de blessés est amenée à l’hôpital de Lens : il n’a pas fallu plus de quinze minutes pour que tout le dispositif ‘catastrophe’ soit mis en place : médecins, chirurgiens, infirmières, filles de salle, donneurs de sang autour des dix tables d’opération ouvertes. Aucune victime n’a attendu sur une civière : aussitôt alertée, une équipe d’ouvrier à monté de nombreux lits supplémentaires dans des salles réquisitionnées.

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   Le docteur Schaffner évoque ensuite l’avenir de l’hôpital : ‘’Nous avons encore du pain sur la planche : regrouper les services chirurgicaux, agrandir la maternité, augmenter le nombre de places et créer une école d’infirmières’’.

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   Puis, le Docteur Schaffner reprend sa casquette de maire de Lens, ‘sa seconde petite patrie’, et parle football : ‘’Lens et les villes voisines sont une pépinière pour le jeunes pratiquants, plus de 4000 gamins jouent au football. Mais les grands clubs viennent nous piquer nos meilleurs éléments’’.

  Et le journaliste de Détective, Raymond Oloina de conclure : ‘’Cette grande maison qui ne ressemble pas à un hôpital est un hôpital et ce monsieur qui parle de football est le Docteur Schaffner qui sait que dans une semaine il sera allongé sur une de ces tables d’opération pour tenter d’enrayer la progression de la maladie qui le ronge ….’’.

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Un dimanche à l’Apollo

         Aujourd’hui lorsque je suis sur la place de la Gare (que je n’arrive toujours pas à appeler place du général De Gaule) à Lens, je ne peux m’empêcher de regarder ce qui reste de l’Apollo : une façade aux fenêtres murées, laide, délabrée, décrépie, triste avec derrière, un terrain vague dont il semble que l’on ne sait pas vraiment quoi faire. Alors, c’est avec nostalgie que je me replonge au tout début des années 70 lorsque le cinéma était la principale distraction dominicale des jeunes lensois que nous étions…

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            Un dimanche après-midi sur place de la gare de Lens. On arrive de partout, on se regroupe par bande, par amitié, par amour aussi. On discute, on rit, on fume comme des grands que nous pensons être.

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            Nous sommes devant le cinéma Apollo au tout début des années soixante-dix. Nos copains ne nous ont pas donné rendez-vous mais on savait qu’ils seraient là. Pas besoin de SMS, de mail pour se rejoindre, c’est l’habitude et surtout l’amitié qui nous réunit.

            Chacun est venu de son coron : du 4, du 9, du 11, du 12, du 14 et même de Liévin ;  parfois en bus, plus souvent à pied car en 1970, quand on a 18 ans et même un peu plus, il n’y a n’a pas de voiture dans notre monde.

            Pour nous, l’Apollo c’est  notre sortie du dimanche. Un autre cinéma vient d’ouvrir pas loin, rue de Paris, le Colisée. Mais nous, quand on dit ‘’on va au cinéma’’, c’est toujours à l’Apollo, c’est plus populaire. Quant au Cantin de la rue Emile Zola, on n’y pense même pas, ce n’était pas notre quartier.

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            La séance à l’Apollo va débuter vers dix-huit heures de manière à permettre à ceux qui sont allés ‘’au match’’ d’être à l’heure pour le début. Ce n’est pas loin, Bollaert, mais il y a du monde depuis que notre équipe du Racing est revenue parmi les grandes de deuxième division.

            ‘’Tout le monde est là ? Untel ne vient pas ? – Non, il travaille cet après-midi’’. Dans notre univers qui semblerait aujourd’hui surréaliste, tout le monde travaille à 18 ans et parfois même le dimanche.

            Les études, le BAC, ce n’est pas pour nous, enfants des corons. Les plus chanceux ont eu le BEPC ; les autres sont au boulot depuis déjà plusieurs années. Mais pas à la mine, on n’embauche déjà plus depuis un certain temps. Pourtant, on n’imagine pas Lens sans le charbon bien que des bruits annoncent la fermeture prochaine de la fosse 1, la première construite par les Mines il y a près de 150 ans.

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            Mais aujourd’hui, ce n’est pas notre préoccupation : de toute manière, du boulot, il y en a partout. Le mot ‘chômage’ n’existe pas en 70 : il n’est pas rare de voir un garçon ou une fille quitter l’école le jour de ses 16 ans pour être au travail le lendemain. Pas besoin d’années de formation ou d’apprentissage, le boulot, il l’apprendra sur-place, dans la boite, avec les anciens.

            Mais aujourd’hui, c’est dimanche et le dimanche, nous allons au cinéma.

            Cette fois, tout le monde est arrivé. Les grilles s’ouvrent, on entre dans l’immense hall. L’un de nous est désigné, c’est son tour de faire la queue. Chacun lui donne un billet ou une pièce de 5 francs pour régler sa place. Quand il arrive devant la dame enfermée dans sa cage de verre, il peut saliver devant les plateaux de bonbons, cacahuètes et autres friandises présentés bien en évidence.

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            ‘’Dix parterres, s’il vous plait Madame’’. Nous, on prenait des parterres, en bas de la salle pas loin de l’écran, les places les moins chères. D’autres groupes étaient plutôt ‘balcon’. Mais, nous, c’était toujours ‘parterre’. L’Apollo, à la fin des années 60, ce n’était qu’une salle, une grande salle de plus de 2500 places.

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            On s’installe pour la première partie, une ouvreuse nous a désigné nos places mais on savait déjà où aller : l’Apollo, on connait bien maintenant ! Actualités, court-métrage ou dessin animé et pour finir, les réclames de Jean Mineur avec ce petit bonhomme bien de chez nous qui n’arrivera donc jamais à lancer son pic dans le ‘1000’ de la cible. Encore un clin d’œil à la mine, cette mine présente chaque jour dans notre vie, dans notre quartier, dans nos familles ….

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            C’est l’entracte. C’est l’heure d’aller allumer une cigarette dans le hall et de profiter de ces friandises vues à la caisse. On choisit ce qui est le moins cher. Certains prennent un ‘ski’, un esquimau en français. Pour d’autres, ce sera le paquet de cacahuètes qu’ils dégusteront pendant le film sans penser aux dames qui demain, devront ramasser toutes les épluchures sous les sièges.

            Puis ça recommence : le grand film. Une heure trente à regarder des images en couleur lancées sur l’immense écran par ce faisceau lumineux provenant du fond de la salle. ‘L’enfant sauvage’, ‘Borsalino’, ‘Les Choses de la Vie’, ‘le Boucher’, ‘le Mur de l’Atlantique’ ,’Le Clan des Siciliens ou ‘Hibernatus’.  Gabin, Jean Yanne, Bourvil, De Funès, Montant, Annie Girardeau, Romy Schneider, Belmondo, Piccoli et j’en passe….

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            La salle est silencieuse mais parfois des énergumènes poussent des cris ou se chamaillent. Ça ne dure pas longtemps car ils sont rapidement rappelé à l’ordre pas ce monsieur qu’on ne voit pas arriver dans le noir. Son rôle est d’assurer la tranquillité des spectateurs et d’éviter les chahuts. Son attitude force le respect et personne n’osera jamais le provoquer. Le faisceau lumineux de sa lampe s’allume sur le fautif. Un seul regard, un seul mot de lui et le silence revient.

            Vingt heures, le film est fini. On sort. Certains repartent à pied, d’autres prennent le bus juste en face. Ceux là croiseront ce brave homme, figure incontournable de la place de la Gare, et auront droit à un chouchou qu’il tirera à l’aide d’une pince de son panier en osier accroché au cou.

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            En groupe, bras dessus-dessous pour les couples, nous longeons la rue de la Paix puis traversons le Boulevard Basly que nous descendons vers le carrefour Bollaert.

            La destination : l’arrêt obligatoire de toute l’équipe au n°118, au ‘Basly’ le café de Monsieur Pénin. Le petit café est toujours plein comme un œuf le dimanche soir.

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            Menthe à l’eau pour les filles ou même demi-pression comme pour les garçons. Dans l’atmosphère enfumée de nos paquets de Royales Menthol ou de Françaises, certains flirtent, d’autres se disputent des parties de baby-foot ou essayent de ne pas faire ‘tilt’ sur l’assourdissant flipper. Dans le brouhaha, on essaye de se faire entendre au son des tubes de Claude François, de Johnny, des Beatles ou de Polnareff que diffuse un juke-box qu’alimentent nos pièces de vingt centimes.

            Puis tout le monde se sépare. Quelques uns achèteront un paquet de frites à la baraque près du carrefour Bollaert pendant que les autres rentreront directement chez eux ou raccompagneront leur copine ou leur fiancée. A pied bien sur ! Ces quelques kilomètres nocturnes les aideront à s’endormir avant de reprendre le boulot le lendemain, chacun de son côté.

            Mais déjà ce soir, tous sauront que dimanche prochain, il se retrouveront tous ensemble vers dix-sept heures … devant l’Apollo.

            C’était à Lens … au début des années soixante-dix.

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