Archive | Lens Flux RSS de cette section

11 siècles dans les mines de Lens !

D’après un article de Théo Carlier pour la revue Détective (10 novembre 1952)

   En 1952, Gustave Montaigne a 72 ans et vit à Haisnes avec son épouse Elisa. Après 52 ans passés à la mine, il coule une retraite paisible dans un coron de la fosse 6 des mines de Lens mais, toujours passionné par ce qui fut son métier, se rend encore parfois sur ses anciens lieux de travail.

photo4

   Fils de mineur, petit-fils et arrière petit fils de mineurs, gendre de mineur, pères de mineurs : pendant 100 ans, une dizaine de membres de sa famille a travaillé à la mine. En totalisant le nombre d’années de chacun, on arrive au chiffre de 1075 ans !!

famille

   Le premier mineur de la famille est … lillois, le père Toursel. Forgeron de métier, il battait le fer dans une fabrique de toiles de la banlieue lilloise, c’est ce qu’on appelait à l’époque un ‘daubeur’.

   Sans emploie en 1852, il apprend qu’on cherche du personnel dans les mines et rejoint la compagnie lensoise. Surnommé ‘Toursel le daubeur’, il trouve un emploi de forgeron aux ateliers, près de la fosse 1. Il fabrique et répare les pics des mineurs.

ateliers

   Sa fille Henriette épouse un mineur de la fosse 1, Louis Montaigne. Ancien tourneur sur bois, il a remplacé les gouges par le pic de mineur.

   Louis Montaigne, premier du nom et Henriette eurent 5 enfants :

-           Louis fils embauché comme galibot en 1869 à la fosse 2 du Grand-Condé (il finira sa carrière comme porion à la fosse 11 en 1910).

-          Eugène, 40 ans au fond de la mine.

-          Henri, mineur pendant 42 ans

-          Emile qui, après 26 ans au fond démissionna pour s’engager dans la compagnie des sapeurs-pompiers de Lens

-          Maria, la dernière qui épousa Emile Baroux, mineur pendant 25 ans.

fosse2

   Louis, second du nom eut à son tour 3 enfants : Gustave donc né le 29 février 1880 ; Hélène, dont le mari, Marc Péronnet, ancien galibot également, a pris sa retraite comme ingénieur divisionnaire après 48 ans de service et Louis (3ème du nom), embauché comme galibot en 1893 et qui terminera ingénieur au service des plans en 1945.

   L’épouse du troisième Louis, Augustine Selliez, descend également d’une lignée de mineurs dont le grand-père, Charles-Henri travailla plus de 40 ans au fond de la mine de Douchy, près de Denain.

   En 1893, la famille de Gustave Montaigne habitait Vendin-le-Vieil. Gustave est embauché comme galibot à la fosse 7 située à Wingles. Tous les matins, après s’être levé à 4h30, il rejoint à pied le carreau où il prépare sa lampe et celle de son porion car Gustave est ‘galibot de porion’, une sorte de secrétaire de l’agent de maîtrise. A 6h00, ils descendent ensemble au fond. Là, le rôle de Gustave est de suivre pas à pas son chef et de noter sur un carnet toutes les observations du chef. A 14h00, c’est l’heure de la remonte mais Gustave ne quitte pas le carreau pour autant car il doit encore recopier sur un cahier propre tous ses écrits du fond.

fosse7

   A 14 ans et demi, Gustave ‘prend du galon’, il n’est plus galibot, trop vieux pour ça ! Il passe au chargement et roulage des berlines de charbon. Deux ans plus tard, il est bowetteur (mineur affecté au creusement d »une galerie) mais doit quitter Wingles pour travailler à la fosse 11 située à la limite entre Loos-en-Gohelle et Lens.

fosse11

   Suivant parallèlement des cours du soir, le gamin, repéré par ses chefs, est inscrit au concours d’entrée à l’école des mines de Douai. Il termine premier sur 80 candidats. A 21 ans, il sort second de l’école et comme il est passionné par le dessin, il veut être géomètre. Mais deux nouvelles années au fond sont d’abord nécessaires et ce n’est qu’à 25 ans qu’il rejoint le service des plans aux grands bureaux des Mines, rue Bollaert.

GB

   Détaché un moment à la Faculté de Lille pour y établir des relevés topographiques du bassin houiller, il gravit tous les échelons pour terminer sa carrière à 64 ans comme ingénieur en chef du service des plans des mines de Lens.

   Gustave Montaigne a eu deux fils : Léandre, comptable mais aux mines de Lens, bien sur et Marc qui est devenu chimiste dans une société privée travaillant pour … les mines de Lens.

photo5

   La passion de Marc est la sculpture. Une de ses œuvres est bien connue des habituées de l’église Saint Wulgan de la cité du Grand-Condé à Lens. C’est en effet lui qui sculpta et offrit en 1935 la statue de Notre dame des Mines.

photo11

    L’œuvre de Marc Montaigne est la reproduction à l’identique de la statue de Notre-Dame des Mines située sur le toit de la chapelle de l’ermitage Saint-Julien-des-Causses, près d’Alès.

_9425

   Sur le socle de la statue de Marc Montaigne sont gravées des scènes de la mine à différentes époques. La statue de Notre Dame des Mines est toujours visible dans l’église de la cité 2 où elle pose auprès de Saint Wulgan.

socle

0 Commentaires

L’église du Millenium de Lens classée monument historique

    Le mardi 27 janvier 2015, l’église du Millenium de Lens est classée monument historique. L’occasion de revenir sur sa construction.

   En 1919 un baraquement en bois est construit route de Béthune sur un terrain en face de la  fosse n°1 des mines de Lens. Appelée d’abord chapelle St Edouard (pour remplacer l’église de la cité de la fosse 12 en ruine), cette construction sert aussi de lieu de culte jusqu’à la reconstruction de l’église Saint Léger.

provisoireStEdouard3

   A partir de 1923, la chapelle reçoit le nom de Sainte Élisabeth et est remise en état par la communauté polonaise. Les messes y sont célébrées en français et en polonais.

   Au début des es 60, le besoin d’une église purement polonaise à Lens se fait sentir. C’est le père Przybysz qui officiait dans la paroisse dans les années 40/50 qui est à l’initiative de la construction de l’église : la chapelle devenant de plus en plus vétuste et risquant à tout moment de s’écrouler.

   Le prêtre fait bâtir une salle près de la chapelle pour les activités culturelles des paroissiens, mais aussi avec l’idée qu’elle serve provisoirement de lieu de culte au cas où la construction d’une nouvelle église se concrétise.

   C’est alors que le comité national polonais du Millénaire décide de construire une église symbolisant le millénaire de la chrétienté polonaise. Lens, bastion de la polonité du bassin minier du nord de la France, est choisi. Les décisions du comité national sont accueillies avec enthousiasme. La communauté polonaise de Lens crée un comité de soutien pour la construction de l’église et chaque polonais du bassin minier et même du monde entier, dans la mesure de ses moyens participe à la réalisation de ce projet pharaonique. 150 millions d’anciens francs sont rassemblés pour financer le chantier.

   Les pères Czajka et Lewicki ainsi que Messieurs Kwiatkowski père et fils, directeurs successifs du journal polonais Narodowiec (voir ici : http://lelensoisnormandtome3.unblog.fr/2014/05/08/narodowiec-le-journal-des-mineurs-polonais/ ) sont les principaux artisans de la construction.

   En 1965, la chapelle est rasée et l’année suivante (année du millénaire de la Pologne catholique), la première pierre de l’église est posée. Le dimanche 16 avril 1967, avec la consécration de l’église, c’est l’ensemble de la communauté polonaise de Lens mais aussi de tout le Bassin Mineir qui est à l’honneur.

lensmillenium

   L’histoire complète de la construction de l’église du Millenium est relatée par Henri Dudzinski dans le dernier numéro de la revue Gauheria que l’on peut se procurer sur le site de l’association : http://gauheria.canalblog.com/

messe

   Avec l’église du Millenium, la ville de Lens compte aujourd’hui quatre monuments historiques avec la gare, la maison syndicale et les grands bureaux des mines (aujourd’hui université Jean Perrin).

monumentshistoriques

1 Commentaire

L’hôpital de Lens en 1955

   C’est pour la revue ‘Détective’ que le journaliste Raymond Oloina a effectué en 1955 un reportage sur l’hôpital de Lens. En voici un résumé.

art00

   Après une présentation du Docteur Schaffner (sa biographie est ici : http://lenstome4.canalblog.com/archives/2011/11/27/24624807.html ), de sa maladie : la radiodermite, de son parcours l’amenant de son Alsace natale à la capitale du pays minier, le journaliste demande au maire de Lens comment il en est arrivé à construire dans cette ville un hôpital d’avant-garde. ‘’Je ne suis pas seul. Chacun des membres du Conseil d’Administration étudie nos problèmes, présente des suggestions et collabore au mieux au bien être de nos malades. Nous avons aussi la chance d’avoir à la direction du centre Monsieur Morlé ’’.

art01

   Pierre Morlé est un jeune directeur de 39 ans. Parisien d’origine, il fait partie, selon le journaliste, de cette nouvelle génération de fonctionnaires qui pensent qu’une bonne organisation est source de rentabilité.

   Pierre Morlé a déjà bien voyagé lorsqu’il arrive à Lens : licencié de droit à 21 ans, prisonnier en Allemagne d’où il s’évade lors de la seconde guerre mondiale, il a participé à des stages dans les hôpitaux à Bruxelles, Rome, Milan , Vienne ou encore Munich.

   Arrivé à Lens en 1952, il met en place des réformes parfois insignifiantes mais qui conduisent à une meilleure rentabilité du Centre Hospitalier. Pour éviter les dépenses trop importantes dues à l’intervention d’entreprises extérieures pour les travaux d’entretien et de réparation, il crée une équipe de techniciens comprenant 30 ouvriers (plombiers, électriciens, peintres, forgerons …).

   Peu à peu, il transforme les chambres communes en pièces individuelles ou à deux lits. Il crée un mini golf, une volière et des nombreux parterres fleuris afin de permettre aux malades pouvant sortir de se détendre dans un espace agréable.

art02art03

   Un exemple de nouveauté insignifiante mais qui améliore le sommeil des patients : le nettoyage se faisant la nuit, les seaux métalliques sur le carrelages réveillent les malades. Il les fait remplacer par des ustensiles en plastique.

   Et le journaliste d’ajouter : ‘’Ces petites révolutions apportées par cet organisateur-né a mis le Centre Hospitalier de Lens à la pointe du progrès en matière de gestion comme il l’était sur le plan médical et chirurgical avec le Docteur Schaffner’’.

   Puis l’article vante le dévouement et l’efficacité du corps médical en évoquant en exemple la terrible catastrophe de Loison-sous-Lens (un car transportant des institutrices et élèves d’une école de Tourcoing est tombé du pont de la route nationale sur la voie ferrée le 16 décembre 1954). Une cinquantaine de blessés est amenée à l’hôpital de Lens : il n’a pas fallu plus de quinze minutes pour que tout le dispositif ‘catastrophe’ soit mis en place : médecins, chirurgiens, infirmières, filles de salle, donneurs de sang autour des dix tables d’opération ouvertes. Aucune victime n’a attendu sur une civière : aussitôt alertée, une équipe d’ouvrier à monté de nombreux lits supplémentaires dans des salles réquisitionnées.

KODAK Digital Still Camera

   Le docteur Schaffner évoque ensuite l’avenir de l’hôpital : ‘’Nous avons encore du pain sur la planche : regrouper les services chirurgicaux, agrandir la maternité, augmenter le nombre de places et créer une école d’infirmières’’.

art04

   Puis, le Docteur Schaffner reprend sa casquette de maire de Lens, ‘sa seconde petite patrie’, et parle football : ‘’Lens et les villes voisines sont une pépinière pour le jeunes pratiquants, plus de 4000 gamins jouent au football. Mais les grands clubs viennent nous piquer nos meilleurs éléments’’.

  Et le journaliste de Détective, Raymond Oloina de conclure : ‘’Cette grande maison qui ne ressemble pas à un hôpital est un hôpital et ce monsieur qui parle de football est le Docteur Schaffner qui sait que dans une semaine il sera allongé sur une de ces tables d’opération pour tenter d’enrayer la progression de la maladie qui le ronge ….’’.

art06

4 commentaires

Un dimanche à l’Apollo

         Aujourd’hui lorsque je suis sur la place de la Gare (que je n’arrive toujours pas à appeler place du général De Gaule) à Lens, je ne peux m’empêcher de regarder ce qui reste de l’Apollo : une façade aux fenêtres murées, laide, délabrée, décrépie, triste avec derrière, un terrain vague dont il semble que l’on ne sait pas vraiment quoi faire. Alors, c’est avec nostalgie que je me replonge au tout début des années 70 lorsque le cinéma était la principale distraction dominicale des jeunes lensois que nous étions…

SAMSUNG CAMERA PICTURESAp002

            Un dimanche après-midi sur place de la gare de Lens. On arrive de partout, on se regroupe par bande, par amitié, par amour aussi. On discute, on rit, on fume comme des grands que nous pensons être.

Ap003

            Nous sommes devant le cinéma Apollo au tout début des années soixante-dix. Nos copains ne nous ont pas donné rendez-vous mais on savait qu’ils seraient là. Pas besoin de SMS, de mail pour se rejoindre, c’est l’habitude et surtout l’amitié qui nous réunit.

            Chacun est venu de son coron : du 4, du 9, du 11, du 12, du 14 et même de Liévin ;  parfois en bus, plus souvent à pied car en 1970, quand on a 18 ans et même un peu plus, il n’y a n’a pas de voiture dans notre monde.

            Pour nous, l’Apollo c’est  notre sortie du dimanche. Un autre cinéma vient d’ouvrir pas loin, rue de Paris, le Colisée. Mais nous, quand on dit ‘’on va au cinéma’’, c’est toujours à l’Apollo, c’est plus populaire. Quant au Cantin de la rue Emile Zola, on n’y pense même pas, ce n’était pas notre quartier.

AP013

            La séance à l’Apollo va débuter vers dix-huit heures de manière à permettre à ceux qui sont allés ‘’au match’’ d’être à l’heure pour le début. Ce n’est pas loin, Bollaert, mais il y a du monde depuis que notre équipe du Racing est revenue parmi les grandes de deuxième division.

            ‘’Tout le monde est là ? Untel ne vient pas ? – Non, il travaille cet après-midi’’. Dans notre univers qui semblerait aujourd’hui surréaliste, tout le monde travaille à 18 ans et parfois même le dimanche.

            Les études, le BAC, ce n’est pas pour nous, enfants des corons. Les plus chanceux ont eu le BEPC ; les autres sont au boulot depuis déjà plusieurs années. Mais pas à la mine, on n’embauche déjà plus depuis un certain temps. Pourtant, on n’imagine pas Lens sans le charbon bien que des bruits annoncent la fermeture prochaine de la fosse 1, la première construite par les Mines il y a près de 150 ans.

Ap011

            Mais aujourd’hui, ce n’est pas notre préoccupation : de toute manière, du boulot, il y en a partout. Le mot ‘chômage’ n’existe pas en 70 : il n’est pas rare de voir un garçon ou une fille quitter l’école le jour de ses 16 ans pour être au travail le lendemain. Pas besoin d’années de formation ou d’apprentissage, le boulot, il l’apprendra sur-place, dans la boite, avec les anciens.

            Mais aujourd’hui, c’est dimanche et le dimanche, nous allons au cinéma.

            Cette fois, tout le monde est arrivé. Les grilles s’ouvrent, on entre dans l’immense hall. L’un de nous est désigné, c’est son tour de faire la queue. Chacun lui donne un billet ou une pièce de 5 francs pour régler sa place. Quand il arrive devant la dame enfermée dans sa cage de verre, il peut saliver devant les plateaux de bonbons, cacahuètes et autres friandises présentés bien en évidence.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

            ‘’Dix parterres, s’il vous plait Madame’’. Nous, on prenait des parterres, en bas de la salle pas loin de l’écran, les places les moins chères. D’autres groupes étaient plutôt ‘balcon’. Mais, nous, c’était toujours ‘parterre’. L’Apollo, à la fin des années 60, ce n’était qu’une salle, une grande salle de plus de 2500 places.

AP008

            On s’installe pour la première partie, une ouvreuse nous a désigné nos places mais on savait déjà où aller : l’Apollo, on connait bien maintenant ! Actualités, court-métrage ou dessin animé et pour finir, les réclames de Jean Mineur avec ce petit bonhomme bien de chez nous qui n’arrivera donc jamais à lancer son pic dans le ‘1000’ de la cible. Encore un clin d’œil à la mine, cette mine présente chaque jour dans notre vie, dans notre quartier, dans nos familles ….

AP010

            C’est l’entracte. C’est l’heure d’aller allumer une cigarette dans le hall et de profiter de ces friandises vues à la caisse. On choisit ce qui est le moins cher. Certains prennent un ‘ski’, un esquimau en français. Pour d’autres, ce sera le paquet de cacahuètes qu’ils dégusteront pendant le film sans penser aux dames qui demain, devront ramasser toutes les épluchures sous les sièges.

            Puis ça recommence : le grand film. Une heure trente à regarder des images en couleur lancées sur l’immense écran par ce faisceau lumineux provenant du fond de la salle. ‘L’enfant sauvage’, ‘Borsalino’, ‘Les Choses de la Vie’, ‘le Boucher’, ‘le Mur de l’Atlantique’ ,’Le Clan des Siciliens ou ‘Hibernatus’.  Gabin, Jean Yanne, Bourvil, De Funès, Montant, Annie Girardeau, Romy Schneider, Belmondo, Piccoli et j’en passe….

AP009

            La salle est silencieuse mais parfois des énergumènes poussent des cris ou se chamaillent. Ça ne dure pas longtemps car ils sont rapidement rappelé à l’ordre pas ce monsieur qu’on ne voit pas arriver dans le noir. Son rôle est d’assurer la tranquillité des spectateurs et d’éviter les chahuts. Son attitude force le respect et personne n’osera jamais le provoquer. Le faisceau lumineux de sa lampe s’allume sur le fautif. Un seul regard, un seul mot de lui et le silence revient.

            Vingt heures, le film est fini. On sort. Certains repartent à pied, d’autres prennent le bus juste en face. Ceux là croiseront ce brave homme, figure incontournable de la place de la Gare, et auront droit à un chouchou qu’il tirera à l’aide d’une pince de son panier en osier accroché au cou.

Ap004

            En groupe, bras dessus-dessous pour les couples, nous longeons la rue de la Paix puis traversons le Boulevard Basly que nous descendons vers le carrefour Bollaert.

            La destination : l’arrêt obligatoire de toute l’équipe au n°118, au ‘Basly’ le café de Monsieur Pénin. Le petit café est toujours plein comme un œuf le dimanche soir.

AP012

            Menthe à l’eau pour les filles ou même demi-pression comme pour les garçons. Dans l’atmosphère enfumée de nos paquets de Royales Menthol ou de Françaises, certains flirtent, d’autres se disputent des parties de baby-foot ou essayent de ne pas faire ‘tilt’ sur l’assourdissant flipper. Dans le brouhaha, on essaye de se faire entendre au son des tubes de Claude François, de Johnny, des Beatles ou de Polnareff que diffuse un juke-box qu’alimentent nos pièces de vingt centimes.

            Puis tout le monde se sépare. Quelques uns achèteront un paquet de frites à la baraque près du carrefour Bollaert pendant que les autres rentreront directement chez eux ou raccompagneront leur copine ou leur fiancée. A pied bien sur ! Ces quelques kilomètres nocturnes les aideront à s’endormir avant de reprendre le boulot le lendemain, chacun de son côté.

            Mais déjà ce soir, tous sauront que dimanche prochain, il se retrouveront tous ensemble vers dix-sept heures … devant l’Apollo.

            C’était à Lens … au début des années soixante-dix.

3 commentaires

Le jardin public de Lens

JPL000

    Aujourd’hui, lorsque les touches de votre clavier inscrivent sur la page d’accueil de Google les mots ‘jardin public de Lens’, les liens qui apparaissent vous envoient vers le parc de l’université Perrin, les anciens grands bureaux des mines.

    Or pour beaucoup de lensois, le jardin public, le vrai est celui qui se trouve entre le carrefour Bollaert et le Pont Césarine et que certains appellent maintenant ‘le square Chochoy’ alors qu’aucune décision officielle ne lui ait jamais donné ce nom.

    Le jardin public laisse pour beaucoup de lensois et de lensoises le souvenir du lieu où l’on flânait, rarement seul, souvent bien accompagné et où l’ont s’asseyait sur les bancs publics ‘en se fichant pas mal du regard oblique des passants honnêtes’.

    Voici l’histoire du jardin public de Lens.

Du relais de poste aux pépinières

   Dans la première moitié du 19ème siècle, à la croisée des chemins de Liévin à Lens et d’Arras à Lille, à l’ouest des remparts de la ville de Lens dans le quartier Saint Laurent se trouvait un relais de poste aux chevaux et une auberge installés dans une ancienne ferme entourée de champs.

JPL001

   Aussitôt sa constitution en 1852, la Société des Mines de Lens achète de nombreuses parcelles dans le secteur et devient propriétaire des bâtiments. Elle transforme les locaux et y installe ses bureaux centraux et un logement pour son directeur, Edouard Bollaert.

   A la fin du siècle, un plus grand édifice est construit quelques centaines de mètres plus au nord et les services centraux de la compagnie minière  y déménagent. L’ancien relais est abandonné.

   Après la première guerre mondiale, Arthur Choquet (1875-1951), ancien élève de l’École nationale d’horticulture de Versailles est nommé chef des jardins et plantations de la compagnie minière avec le grade d’ingénieur horticole. Afin de produire les arbres, arbustes et autres plantations nécessaires à l’ornement des cités, des gares, des parcs et des jardins, il  propose à Edouard Bollaert de créer une pépinière avec des grandes serres à l’emplacement de l’ancien relais où les effets de la guerre ont tout détruit. C’est à l’époque un site privé dont l’accès est interdit au public.

   Ces pépinières sont encore exploitées par la société des mines de Lens lorsque la seconde guerre mondiale éclate. Les murs qui entourent le site en rendent la vue impossible de l’extérieur.

Le Jardin de la Pépinière

   Lors de la nationalisation des compagnies de charbonnages en 1946, les HBNPC décident d’abandonner la pépinière. Un accord verbal est conclu entre les Houillères et la municipalité d’Auguste Lecœur. Celle-ci décide d’aménager le secteur quasiment détruit par les bombardements pour en faire un espace public de promenade et dénomme le lieu ‘Jardin de la Pépinière’. Voici ce qu’en dit le maire de Lens d’ l’époque : « Notre jardin public : Réalisation obtenue grâce à la volonté et aux démarches municipales, notre jardin public est vite devenu un lieu de promenade pour les lensois.  Ses parterres et ses allées fleuris font l’admiration des nombreux visiteurs.

     Ceux qui critiquaient notre initiative parce que paraît-il, les gens allaient tout démolir sont bien obligés de convenir que les lensois aiment leur jardin et même qu’ils le surveillent. Le bac à sable qui fait la joie des tous petits, le terrain de jeu avec ses balançoires, ses cordes à pas-de-géant qui font le bonheur des bambins sont également grandement appréciés par les mamans qui peuvent surveiller leurs petits loin de la poussière et des voitures de la rue.

     Et le coin des vieux n’est pas le moins fréquenté. Les jeux de boules installés par la municipalité ont de nombreux adeptes et les manilleurs y passent des après-midis agréables. C’est là une des réalisations dont nous pensons avoir le droit d’être fier ».

     Alors, allons faire un tour dans le jardin de la Pépinière en 1946 :

JPL003JPL008JPL007JPL006JPL005JPL004

     Cela n’empêche par Auguste Lecœur d’être battu aux élections municipales de 1947. En 1949, l’équipe de son successeur, le Docteur Ernest Schaffner adopte la proposition de ce dernier de louer le Jardin de la Pépinière aux HBNPC en vue de régulariser la situation juridique de ce terrain. Le bail est signé pour 18 ans pour un loyer d’un montant d’un franc par an.

    La municipalité déclare dans un bulletin de 1953 avoir encore amélioré  le jardin de la Pépinière en « ouvrant le jardin public sur la voie publique par l’exécution d’une clôture grillagée et d’une porte donnant sur la voie d’accès au stade Bollaert ». Elle ajoute : « Cette réalisation a amélioré l’aspect du carrefour et permet aux usagers de la voie nationale 25 à grande circulation d’admirer les parterres et plantations du jardin ». Elle précise que ces travaux ont été entièrement réalisés par les employés municipaux.

JPL009JPL010JPL1001

Déménager ou modifier ?

   Au début des années 60, la circulation automobile au niveau du carrefour Bollaert oblige la municipalité à prendre des dispositions. Elle envisage l’ouverture d’une seconde voie en direction d’Arras et de Liévin et donc de revoir les plans du secteur. Elle adopte le projet d’Ernest Schaffner de déplacer le jardin public près du pont de Douai sur le site de l’ancienne piscine, détruite lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

JPL011

   Après le décès brutal du Docteur Schaffner en septembre 1966, André Delelis, le nouveau maire fait enterrer ce projet. Le jardin public restera au carrefour Bollaert. Pour élargir la chaussée, il est alors décidé de rogner sur le trottoir et de créer à la place une allée entre les arbres et le jardin lui-même.

JPL012

   Le bail avec les HBNPC étant arrivé à expiration, un nouveau est signé le 1er janvier 1967 pour une location annuelle renouvelable par tacite reconduction. Le jardin s’améliore par la création d’une petite fontaine.

JPL013

  En 1981, le jardin public devient officiellement une ‘’zone d’espace vert protégé’’ et le 29 juin, le Conseil Municipal approuve la proposition de rachat de cet espace de 16 500 m2 par la ville aux Houillères pour un franc symbolique.

  Trois ans plus tard, une salle est construite pour être mise à disposition des associations. Elle porte le nom de Bernard Chochoy, ancien maire de Lumbres et sénateur du Pas-de-Calais.

JPL014

  Il faut ensuite attendre près de 20 ans pour voir de nouvelles modifications importantes au jardin public. Il est complètement redessiné en juillet-août 1988. A cette occasion, les grilles qui l’entouraient sont enlevées et une grande fontaine au centre d’un arc de cercle installée. Le coût des travaux s’élève à 3 millions de francs (460.000 euros).

JPL015

   Derrière les terrains de tennis, une stèle rappelle que c’est dans ce lieu que le 11 août 1944, 18 employés (16 femmes et 2 hommes) de la Coopérative des Mines de Lens ont péri sous les bombardements ‘alliés’.

JPL017

L’impact du Louvre-Lens

   Avec l’ouverture du Louvre-Lens, un cheminement pour les piétons et les cyclistes est créé de la gare au musée. A cette occasion, le trottoir du jardin public est de nouveau élargi à quatre mètres. Une voie de déambulation destinée aux piétons y a été aménagée, une bande cyclable créée et l’éclairage public remplacé.

JPL019

   Dans cet espace vert, un lieu idéal pour faire une petite pause désaltérante sur le chemin du musée, une fontaine est installée en mai 2013.

JPL020

     En lien avec la CALL, la société Veolia Eau – Eaux de l’Artois a sollicité des artistes régionaux pour sa réalisation. La proposition de Raoul Csizmadia, artiste habitant à Avion, a été retenue. La fontaine, faite de bois et d’acier pour une meilleure intégration dans le contexte environnemental, mesure quatre mètres de haut et permet de distribuer en permanence de l’eau potable plate et gazeuse à une température de 10º.

JPL021

   Raoul Csizmadia nous parle de son œuvre : ‘’ La borne fontaine de Lens a été nommée « Perles de pluie’’. Elle représente une grande goutte d’eau et quatre bulles d’air qui évoquent l’eau plate et l’eau gazeuse. Véolia dans son appel d’offre voulait une sculpture qui met l’homme devant son avenir : protection de la nature et de l’environnement. L’eau et l’air ont bien convenu à leur désir. Une autre borne au jardin public de Liévin s’appelle ‘’Gouttes de rosée’’, symbolique de deux feuilles d’arbres et des gouttes de rosée dessus toujours dans le même esprit.

     C’est la communauté de commune qui a assisté Véolia et c’est ensemble qu’ils m’ont désigné car j’avais déjà sculpté les Pigeons de Liévin, une flamme de la résistance toujours à Liévin et une sculpture croisière à Arras (avenue Kennedy). J’ai aussi livré une sculpture pour les 21 mineurs tués en 1965 à Avion en inox miroir. Je fais travailler une quinzaine de personnes à des degrés divers (des informaticiens, chefs soudeur, manutentionnaires mais aussi les terrassiers, grutiers, électriciens, ingénieurs, camionneurs, spécialistes laser). L’industrie et l’art peuvent se compléter et chacun doit trouver son compte ‘’.

JPL023

   L’eau distribuée peut être collectée dans des flacons spécialement mis à disposition dont l’assemblage des différents éléments est réalisé dans un établissement à caractère social : l’ESAT Ernest Schaffner de Lens (Etablissement et Service d’Aide par le Travail).

Et ensuite ?

   Lors d’une réunion public en 2011, M. Guy Delcourt, alors maire de Lens, avait répondu à la question d’un riverain que le jardin public du carrefour Bollaert n’était pas menacé …. pour l’instant. Les modifications qui sont encore à venir dans ce secteur (dont le percement d’un second passage sous les voies de chemins de fer) confirmeront-elles cette affirmation ?

   Le jardin public restera-t-il non seulement un lieu de promenade mais aussi un espace où de nombreux lensois retrouvent parfois avec nostalgie leurs souvenirs d’antan ?

JPL022

devos

   Remerciements pour leur collaboration à cet article : Aurélie David, responsable du service des archives de la ville de Lens, Maxime Pruvost et Raoul Csizmadia.

11 commentaires

Mardi 1er mai 1906 à Lens

Aujourd’hui, il n’y a pas de défilé pour la fête du travail, tout est calme en ville et dans les corons. ″Lens est devenue la ville la plus sage de France″ dira un journaliste parisien. Il faut dire que les militaires sont partout comme en ville et dans les corons.

1mai 01

Depuis le 10 mars et la catastrophe qui s’est produit dans les galeries de la Compagnie des Mines de Courrières, les mineurs sont en grève.

De nombreux troubles ont eu lieu ces jours derniers. On a frôlé l’insurrection lorsque les extrémistes menés par Benoit Broutchoux ont manifesté violemment en ville. Un militaire, le lieutenant Lacour a même été tué par une pierre lancé par un manifestant.

1mai 02

Georges Clemenceau, le ministre de l’intérieur, a interdit toute manifestation pour le 1er mai Le préfet Dureault était à Lens hier où il a réglé avec le général Chamer, commandant des troupes, les derniers points concernant la journée du premier mai : aucun rassemblement, aucune manifestation, aucun cortège ne seront tolérés.

Mais le Jeune Syndicat de Broutchoux maintient son défilé.

1mai 03

Ils ne seront que quelques dizaines à se rassembler devant la maison du Peuple, rue de Paris mais vite dispersés par la troupe. Emile Basly, qui est à la fois le maire de Lens et le représentant du Vieux Syndicat plus modéré,  a appelé au calme et damandé aux mineurs de rester chez eux.

La foire de Liévin, prévue aujourd’hui, a aussi été annulée.

La grève s’essouffle depuis quelques jours. Les mineurs sont fatigués et leurs enfants ont faim. Les négociations sont toujours en cours mais dix-sept mille mineurs sont retournés au travail ce matin car le 1er mai n’est pas encore un jour férié, il ne le sera qu’en 1947. Lorsque les mineurs remontent du fond et sont raccompagnés chez eux par la troupe, quelques grévistes les attendent pour les huer mais il n’y a plus d’incident.

1mai 04

Le bruit coure que Basly aurait demandé publiquement la reprise aux conditions exigées par les compagnies. Pourtant, les revendications du début de la grève sont loin d’être satisfaites. En outre, Elie Reumaux, le directeur de la Société des Mines de Lens affirme qu’il sera procédé à des licenciements pour les responsables des grèves.

Dans une salle de la cité de la fosse 12, Casimir Beugnet fait le point devant cinq cents mineurs. Malgré les dernières déclarations de la direction, les ouvriers crient :  »Nous voulons travailler, assez de grève ! ». Pour la première fois, une assemblée décide de la reprise du travail à Lens. Elle sera suivie de beaucoup d’autres.

Un Premier Mai pas comme les autres à Lens ……………

1mai 05

0 Commentaires

Ma rentrée des classes en 1958

 ecole12

           En ce lundi 1er septembre 1958, c’est la rentrée des classes à Lens comme partout en France. Pour la première fois, après deux années passées à l’école maternelle du 14, je vais à la ‘grande école’. Je rentre à l’école du 12 qui ne s’appelle pas encore Jean Macé.

            Ce matin, je me suis levé plus tôt que d’habitude. J’ai pris mon petit déjeuner sur la grande table de la cuisine, des tartines de beurre trempées dans du Banania. Ensuite, je me suis habillé. Mes vêtements étaient prêts sur une chaise : ma chemisette, mon pull-over, ma culotte courte et mes grandes chaussettes. Puis j’ai enfilé pour la première fois ma blouse. La blouse était obligatoire à l’école primaire, symbole d’une égalité entre tous les enfants des corons.

ecole blouse

            Enfin voici l’heure tant crainte, l’heure de partir à l’école, l’heure de changer de vie, l’heure de prendre à la main ma ‘carnasse’, cette sacoche encore presque vide ce matin et qui va m’accompagner chaque jour jusqu’en juillet prochain.

            Ma carnasse est légère mais ce soir, elle sera alourdie d’une ardoise avec son éponge et ses craies, de cahiers, des livres de lecture et de calcul, d’un plumier comprenant des crayons de bois, une gomme et l’indispensable porte-plume qui, plongé dans l’encrier en porcelaine du bureau, nous fera dessiner les pleins et les déliés sur notre cahier à grandes lignes.

cahier

            Ce soir, il y aura du travail à la maison pour mes grandes sœurs : couvrir les nouveaux livres, mettre les protège-cahiers, couper les buvards et coller partout ces étiquettes sur lesquelles est inscrit en script : ‘Claude DUHOUX, CP, école de la fosse 12’.

            Ce matin, pour la première et unique fois, ma mère m’accompagne pour me faire voir :

… La route, celle qui sera obligatoire : la rue Fermat, la rue des Saules puis la rue des Marronniers, tout autre itinéraire est formellement interdit et jamais nous ne penserons à braver cette interdiction.

… L’école des garçons : l’entrée se trouve sur le Grand Chemin de Loos. Il faut être là tôt, avant l’ouverture de la grande grille par le directeur à 8h20. ‘’Donc t’as pas intérêt à traîner en route si tu ne veux pas être puni !’’ me met en garde ma mère. Chaque jour, à 8h30 précises, la cloche sonnera l’heure de se ranger devant la porte de la classe. Tant pis pour ceux qui seront en retard, ils devront passer par le bureau du directeur avant de rejoindre leur classe.

ecole 12 2

            Ma mère reste avec moi dans la cour jusqu’à ce qu’on nous demande de nous aligner deux par deux … puis elle s’en va. Le reste n’est plus son problème : ça se passe entre l’instituteur et nous, entre l’autorité et l’enfant ; l’autorité du maître que jamais les parents de l’époque ne remettaient en cause.

            Je reste seul. Non, pas seul ! Nous sommes une trentaine de gamins du même âge alignés les uns derrière les autres … tous aussi intimidés. J’en reconnais quelques uns qui étaient avec moi en maternelle. Mais ici, c’est plus grand, on est plus nombreux et il y a des grands à qui on n’osera même pas parler sauf pour ceux qui ont la chance d’avoir un grand frère.

            Pourtant un grand, il y en a un dans notre rangée. Il est un peu bizarre. Je le connais, il habite dans ma rue, la dernière maison avant le cimetière. Il restera assis au fond dans la classe toute l’année. Pour lui, on a installé un bureau plus grand que le notre. Aujourd’hui, on dirait qu’il est handicapé mental. A l’époque, on disait : ‘’Il n’a pas toute sa tête’’ ou ‘’Il n’est pas normal’’. Jamais il n’arrivera à lire ou à écrire. Il restera en CP jusqu’à ses 14 ans, jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire. Après ….. C’est ainsi que l’on traitait le handicap en 1958 ….

            Celui qu’on n’appelle pas encore entre nous ‘ch’maît’ arrive. Il est vieux mais gentil. Il s’appelle Monsieur Legrand. Vêtu de sa blouse grise serrée par une ceinture, les grosses lunettes noires sur le nez, il porte sur la tête un béret incliné sur un côté. On ne le verra jamais dans la cour sans son béret quelque soit le temps.

            Comme il habite sur le parvis derrière l’église du 12, nous, ses élèves, ferons souvent un bout de chemin avec lui à la sortie des classes. Lui, ça l’amusera certainement de voir ces gamins qu’il aime tant lui proposer de porter son cartable, sa carnasse ! Nous, ça nous rendra fier de l’accompagner.

            Monsieur Legrand a une jambe plus courte que l’autre. Personne ne sait ni ne saura pourquoi. Pour compenser et éviter de boiter trop, il longe toujours le bord des trottoirs, un pied sur celui-ci, l’autre dans le caniveau !

            C’est l’heure ! Le maître nous fait entrer. C’est avec appréhension que nous prenons possession de notre classe. Quel changement par rapport à l’école maternelle : finies les grandes tables de huit et les petites chaises à accoudoirs. Là, des bureaux en bois à deux places parfaitement cirés, alignés en trois rangées de part et d’autre du poêle à charbon font face à l’estrade où est perché le bureau du maître. Derrière sa chaise, un grand tableau noir et une carte de France. Cette carte de France où figurent les 90 départements et leurs chefs-lieux que nous saurons réciter par cœur dans quelques années ainsi que les fleuves et leurs affluents, les montagnes avec le point culminant du pays, le Mont Blanc dont on apprendra qu’il est haut de 4810 mètres.

classe1

            On ne s’assoit pas où on veut. Le maître nous appelle par ordre alphabétique et nous désigne notre place. On pose sa carnasse le long au pied du bureau, on s’assoit et on croise les bras.

            Première règle : pour parler en classe, il faudra lever le doigt et attendre que le maître nous y autorise. Et le maitre, on l’appellera toujours ‘Monsieur’ en le vouvoyant. En 1958, il est hors de question d’appeler l’instituteur par son prénom et de le tutoyer. On n’appelle pas ça du respect ou du savoir-vivre : c’est comme ça, c’est tout.

classe2

            Cette fois, c’est parti pour une année ! Année au cours de laquelle, chaque jour de la semaine sauf les jeudis et dimanches, nous allons apprendre à lire, à compter mais aussi à vivre ensemble dans le respect les uns des autres.

            Chaque matin, au début de la classe, il y aura la leçon de morale que nous copierons sur notre ‘cahier du jour’. La phrase quotidienne qui nous apprendra comment nous comporter en ce monde restera inscrite à la craie au tableau jusqu’à la fin de la journée juste sous la date : En CP, c’est par exemple : ‘’Je prendrai soin de mes affaires’’, ‘’J’écouterai toujours le maître’’, ‘’Je serai un élève attentif’’ ….

morale

            La récompense du travail bien fait : un petit bout de carton de couleur que l’on appelle un ‘bon-point’ ; et au bout de dix bons-points, une image ! Quelle fierté d’en avoir une de plus que son voisin. Mais il faut aussi faire attention au ‘classement’. Si sur la double page cartonnée qu’il ramènera à la maison chaque mois, les notes et les appréciations du maître et du directeur seront bonnes, l’élève aura droit au billet d’honneur pour sa bonne conduite et son application au travail.

bulletin

            Mais pour mériter cela, il faudra bien travailler. ‘’Pour avoir un beau métier’’ nous disait-on. ‘‘Pour ne pas être mineur’’ nous précisait-on. Pour bien travailler, certains iront ‘à l’étude’. L’étude, c’est une heure supplémentaire le soir, quatre jours par semaine. Là, contre une minime participation financière, le maître nous conseillera pour faire nos devoirs sur le ‘cahier du soir’.

            Les après-midi seront longs pour ceux qui iront ‘à l’étude’ ! Alors, ils emmèneront leur goûter, le plus souvent, une tartine de confiture et un fruit. Mon goûter, je le transportais dans une mallette, un petit sac de toile bleue qu’avait cousu ma mère.

            Mais aujourd’hui, c’est la rentrée ! Tout le reste, on l’apprendra au fur et à mesure. Au fur et à mesure que nos maîtres feront des enfants que nous sommes des adolescents. Dans cinq ans, certains iront en sixième au collège ou au lycée, d’autres resteront jusqu’à leurs 14 ans, jusqu’au certificat d’étude. Parmi ces derniers, beaucoup rejoindrons le centre de formation des galibots des mines de Lens.

            Voilà donc comment se passait la rentrée des classes à l’école primaire de la fosse 12, à Lens, en 1958.

cour ecole 12

3 commentaires

Les mines de Lens avant et après la première guerre

   Comme chacun sait, les puits de la société des mines de Lens furent totalement détruits lors de la première guerre mondiale. D’abord inondés par les Allemands dès leur arrivée en octobre 1914, ils durent subir les tirs d’obus et les premiers bombardements alliés par la suite. Avant leur retraite en 1917, les troupes allemandes entreprirent de n’en faire que des carcasses d’acier et de pierres.

   L’occasion aujourd’hui de revenir sur ce que furent les ‘fosses’ des mines de Lens avant et après la  Grande Guerre.

   L’exploitation de la fosse no 1 débuta en 1853, un an après la constitution de la société. Elle se trouvait alors à l’extérieur de la ville, dans le quartier Saint Laurent le long du Grand Chemin de Béthune à Lens. N’étant plus en service que pour les besoins du personnel et de l’aérage, elle a été fermée en 1971.

1 av

1 ap

   La fosse no 2 fut ouverte en 1858. Appelée aussi ‘le Grand Condé’, c’est le puits qui se trouvait le plus proche du centre ville. C’est pourquoi les habitants des corons qui l’entouraient furent surnommés par les autres mineurs ‘les fiers-culs’ ou ‘les bas de soie’. Le chevalet de la fosse 2 a été abattu en 1976.

2 av

2 ap 2    La fosse 2 bis est plus récente puisqu’elle n’a été mis en service qu’en 1904. Elle disparut également du paysage lensois en 1976. Il y eut également une fosse 2ter sur le territoire de Loison-sous-Lens qui cessa d’être exploité en 1967.

2 bis av

2bis ap   La fosse 3 des mines de Lens faillit se trouver à Eleu-dit-Lauwette. Son forage fut rapidement arrêté à la profondeur de 21 mètres suite à la découverte de vestiges archéologiques. Il ne fut jamais repris et à son emplacement a été construit après la première guerre le Centre de Secours des Mines.

   C’est donc au nord de Liévin en direction de Loos-en-Gohelle que l’on creusa la fosse 3 ‘Amé Tilloy‘ en 1860. Une vingtaine d’année plus tard lui fut adjointe la fosse 3bis dont le chevalet est toujours visible aujourd’hui. La fosse 3 restera à jamais le site de la dernière grande catastrophe minière de l’histoire du bassin du Nord-Pas-de-Calais le 27 décembre 1974.

3 av

3 ap    La fosse  4 des mines de Lens a été creusée à partir de 1864 au sud de Lens en direction d’Arras. Elle portait comme particularité par rapport aux constructions antérieures d’avoir son système de descente enfermé dans un bâtiment. C’est dans ce puits que le 31 janvier 1986 des mineurs remontèrent pour la dernière fois sur le territoire de la ville de Lens.

4 av

4 ap    La fosse 5 était sur la commune d’Avion. On pouvait voir dès 1876 son important bâtiment jugé à la pointe de la modernité à l’époque par Elie Reumaux. En 1898, la fosse 5 bis était ouverte à quelques mètres de là et servit toujours de fosse de service jusqu’en 1986. C’est en partie sur les friches ‘du 5’ que fut installé le parc de la Glissoire.

5 av

5 ap   La fosse 6, située à Haisnes possédait la particularité d’être la seule à ne pas avoir été percée par la société des mines de Lens. Lors du début de son exploitation, en 1869, elle était l’unique fosse de la compagnie des mines de Douvrin rachetée en 1873 par celle de Lens.

6 av

6 ap    Les fosses 7 et 7bis étaient jumelées comme des siamoises. Conçues en 1879 à Wingles, elles commencèrent à être exploitées 3 ans plus tard et ce jusqu’en 1960. Les deux beaux chevalets sont détruits en 1977.

7 av

7 ap   Les fosses 8 et 8bis virent le jour en 1879 à Vendin-le-Vieil. Munies d’un seul chevalet avant la première guerre, elles eurent droit à deux différents lors de la reconstruction. Comme pour la fosse 3 à Liévin, l’un des chevalets était en acier, l’autre en béton pour l’aérage.  Dès 1958, on ne remontait plus de charbon de la fosse 8 dont les installations disparurent en 1974.

8 av

8 ap     La fosse 9, bien que née en 1886 et détruite en 1983, est certainement aujourd’hui la plus célèbre sur le territoire de la ville de Lens. C’est en effet sur son carreau que l’on trouve aujourd’hui le Louvre-Lens.

9 av

9 ap   Retour à Vendin-le-Vieil pour trouver la fosse 10. Cependant, il fallait avoir le nez fin pour la remarquer. En effet, elle se trouvait parmi les installations de la centrale électrique des mines de Lens. Elle fut la première à cesser son activité dès 1946 mais continua à servir de puits d’aérage jusqu’en 1958. Elle disparut lors de la destruction totale des installations de la centrale vers 1980.

10 av10 10 bis ap

   La fosse 11 : son accès était sur Lens mais son carreau sur Loos-en-Gohelle. Exploitée dès 1894, elle eut l’honneur de recevoir la visite du président de la République Félix Faure en 1898 dont la descente dans les galeries fut largement rapportée par la presse de l’époque. Accompagnée du puits 19 depuis 1955, le carreau de la fosse 11, bien que fermé en 1986, est aujourd’hui l’une des vitrines du Bassin minier Nord-Pas de Calais inscrit depuis juin 2012 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

11 av

11 ap   Autre puits particulier : celui de la fosse 11bis. Creusé en 1907 à Liévin, il n’a jamais remonté une seule gaillette de charbon ! En effet, il a toujours servi pour l’aérage pour les fosses 11 (située à 875 mètres) et 3 (éloignée de plus de 1300 mètres).

11bis av

11 bis ap   La fosse 12 est aussi particulière : alors que le puits et les installations se trouvent sur le territoire de Loos-en-Gohelle, la cité minière qui en dépend avec ses corons, ses écoles, son église, son dispensaire sont dans le périmètre lensois. Exploitée à partir de 1er janvier 1894, son puits est remblayé en 1980 et le chevalet abattu un an plus tard.

12 av

12 ap    Le chevalet de la fosse 12bis était visible depuis le porche de l’église Saint Edouard. Situé route de Béthune, près du centre de formation des mines de Lens, il fut percé vers 1905 pour servir d’aérage à al fosse 12 jusqu’en 1976. Les installations furent détruites en 1984 pour laisser place à une zone industrielle.

12bis av

12bis ap   Le forage de la fosse 13 a débuté en 1906 à Hulluch. Elle porte le nom d’Elie Reumaux ancien agent général puis président du conseil d’administration de la compagnie minière lensoise. Devenue un puits de service pour la fosse 18, elle ferma en même temps que celle-ci en 1976 et le chevalet fut détruit en 1983.

13 av

13 ap   Les installations de la fosse 13bis sont toujours visibles à Bénifontaine au chemin du Pont d’Avison. Elles ont été inscrites aux monuments historiques le 23 octobre 2009. Comme le 11bis, le 13bis n’a toujours servi qu’à l’aérage ; d’abord pour la fosse 13 puis pour la fosse 18 jusqu’en 1958. (Aucune photo de la fosse 13 bis en activité).

13bis   La fosse 14 est située sur la route de La Bassée au nord-ouest de Lens. Creusée à partir de 1906, la fosse 14 remonta ses premières gaillettes un an plus tard. Dès 1938, elle cessait d’être exploitée pour n’être utilisée qu’au service du personnel et ce, jusqu’ en 1967. C’est avec tristesse que d’anciens mineurs de la cité regardèrent le dynamitage du puits en 1974.

14 av

14 ap   Le 14bis est aussi à Loos-en-Gohelle, visible de la route de La Bassée. Son forage débuta également en 1906 car elle servait à l’aérage de la fosse 14 jusqu’en 1962. A part son chevalet détruit comme la plupart, les installations sont toujours visibles aujourd’hui.

14bis av

14bis ap   Les fosses 15 et 15bis de Loos-en-Gohelle sont entrées dans l’histoire de la première guerre mondiale en mai 1915. Une invasion anglaise avait permis de reprendre le secteur dit ‘côte 70’ aux allemands mais l’avance fut repoussée quelques jours plus tard. Les anglais surnommaient la structure «Tower Bridge» en raison de sa ressemblance avec le célèbre pont de Londres. Ses deux chevalements jumeaux, hauts de 75 mètres, sont uniques dans le bassin minier. Le puits 15 est remblayé en 1962 mais le 15bis continua d’assurer l’entrée d’air pour le 12 puis pour le 19 jusqu’en 1972. Les installations furent détruites en 1976.

15 av

15 ap   La fosse 16, aussi sur Loos-en-Gohelle, n’était exploitée que depuis  2 ans lorsque la première guerre mondiale éclata. On lui donna le nom d’Albert Motte, l’un des présidents du conseil d’administration de la compagnie. Mise en servie en 1912, la fosse 16 cessa son activité en 1958. Le puits fut remblayé en 1961.

16 av

16 ap    Les deux autres fosses lensoises ont été construites par les HBNPC après la nationalisation de 1946.

   La fosse 18 – 18bis fut un grand siège de concentration dès son ouverture en 1954 à Hulluch. Elle était composée de deux puits dont, cas particulier dans la région, les molettes se trouvaient sur le même chevalet. La fosse no 18 – 18bis cessa d’extraire en 1976 et ses puits furent remblayés en 1978. Quelques bâtiments, le château d’eau et une reproduction du chevalet sont encore visibles aujourd’hui.

18 ap   Enfin, la fosse 19, siège de concentration, fut construite en 1954 et commenca à extraire en 1960. Elle ne possédait pas de chevalet mais une tour en béton haute de 66 mètres. Elle fut la dernière des mines de Lens à fermer le 31 janvier 1986. Le lavoir et le triage ont été détruits mais la majorité des installations furent conservée et rénovée pour en faire aujourd’hui l’un des sites majeurs du bassin minier.

19 ap   Il semble que la fosse 17 des mines de Lens n’ait jamais existé. Est-ce que, parmi les abonnées à ce blog, quelqu’un pourrait nous en donner l’explication ?

1 Commentaire

La grande histoire du Monument Canadien de Vimy

   Aujourd’hui, nous quittons Lens. Oh ! Rassurez vous, nous n’allons pas loin : quelques kilomètres en direction d’Arras et nous ne pouvons rater sur notre droite cette construction originale composée de deux grandes colonnes.

MC000

   Alors, profitons de ce magnifique site pour revenir sur la grande histoire du Monument Canadien de Vimy.

MC001

   Lors de la première guerre mondiale, les troupes canadiennes arrivent en Europe dès décembre 1914 et servent dans le nord de la France et en Belgique. Elles participent notamment à la seconde bataille d’Ypres d’avril 1915 et à la bataille de la Somme d’avril-mai 1916. Du 9 au 12 avril 1917, après deux tentatives infructueuses des Alliés, les quatre divisions canadiennes, réunies pour la première fois au combat, réussirent à s’emparer de la crête de Vimy, une position densément fortifiée par les Allemands à 145 m d’altitude.

MC002     Avant même la fin de la guerre, les militaires canadiens ont érigé sur les sites de bataille des monuments à la mémoire des disparus. Le Monument commémoratif de l’Artillerie canadienne en est un exemple. Construit pendant l’hiver 1917-1918 et inauguré par le général Byng au printemps 1918, il se trouve au carrefour Les Tilleuls à Thélus.

MC003

   L’idée du gouvernement canadien était que les monuments commémoratifs érigés sur des champs de bataille ne servent pas glorifier la guerre, mais plutôt exprimer le deuil et rendre hommage aux disparus qui avaient donné leur vie pour les vivants. Le nombre de morts canadiens durant la première guerre mondiale est de 60 000 parmi les 625 000 soldats. Environ 7 000 d’entre eux sont enterrés dans une trentaine de cimetières militaires situés dans le Pas-de-Calais.

MC004

   Dès le mois de mai 1917, la commission impériale des sépultures de guerre (CISG) est créée et a pour but d’enterrer dignement les soldats morts au combat dans des cimetières permanents. Elle est aussi chargée de prévoir la façon dont on pourrait commémorer les morts et les disparus. Réunie à Londres en 1918, elle approuve la construction de cinq mémoriaux ouverts au public.

   En 1920, la “Canada Batlefields Memorial Commission” (Comité des monuments commémoratifs canadiens érigés sur des champs de bataille) organise un concours pour désigner les monuments canadiens qui seront érigés sur les différents sites des combats.

MC005

   En octobre 1921, la CBMC adopte pour l’un de ces sites le projet de Walter Allward qui inclue vingt personnages symboliques associés à la guerre. Ceux-ci sont intégrés à un socle massif en pierre surmonté de deux immenses piliers représentant le Canada et la France. Son projet est présenté sous forme d’une maquette de plâtre.

MC006

   En 1922, le gouvernement français octroie au Canada le libre usage à perpétuité d’une parcelle d’un hectare 71 située sur le terrain massacré des champs de bataille entre les communes de Vimy et de Givenchy-en-Gohelle. La CBMC décide que la crête de Vimy appelée aussi  ‘cote 145’ recevrait le monument d’Allward.

   La somme de 1,5 million de dollars investie dans cette construction est obtenue en grande partie par une souscription ouverte au Canada. La “Canada Batlefields Memorial Commission” a utilisé l’excédent de la souscription à la construction du temple protestant de la rue Victor Hugo à Lens.

   Le site de Vimy est le point culminant des collines de l’Artois et offre des vues imprenables sur le bassin minier dans un rayon de 35 kilomètres. Le monument est entouré aujourd’hui d’un parc de 110 hectares constitué d’une multitude d’arbres et d’arbustes importés du Canada et plantés chacun par un de ses ressortissants.

MC007

   Selon bon nombre de gens, le monument commémoratif du Canada à Vimy est l’œuvre la plus remarquable de Walter Allward. Il y a consacré 14 ans de sa vie.

MC008

   Au moment où il remporte le concours, Allward est un sculpteur déjà bien connu pour ses mémoriaux. Né à Toronto en 1875, il a suivi des cours de sculpture à la New Technical School de cette ville entre 1891 et 1893 et loué son premier atelier en 1894. En 1910, il sculpte le monument commémorant la participation du Canada à la guerre en Afrique du Sud. Il sculpte aussi des bustes et des statues de Canadiens célèbres comme celui de Brantford en l’honneur de Graham Bell, l’inventeur du téléphone.

MC009

   En 1925, les travaux commencent. Peu à peu, à la pioche et à la pelle, le terrain est creusé, nettoyé des débris de la guerre et aplani. Il a fallu trois ans pour uniquement creuser les fondations et construire la plate-forme.

MC012

   Allward  confectionne au Canada des statues de plâtre de taille réelle à l’aide de moules qu’il a lui-même créés. Il retouche ensuite les statues à la main.

MC010

   Les œuvres de plâtre sont ensuite expédiées à Vimy pour être reproduites en pierre par des artisans locaux. De vastes hangars sont construits pour abriter les tailleurs de pierre et les sculpteurs.

MC013

Sympathy of Canadians for the Helpless, Finishing touches, Octob

   II faudra onze mille tonnes de béton et de maçonnerie pour ériger la base du monument et cinq mille cinq cents tonnes de pierre, importée de l’île de Brač en Croatie, pour les pylônes et les sculptures.

MC014

   Les blocs de pierre sont apportés sur le site par une ligne de chemin de fer à voie étroite dont une partie servit à l’approvisionnement des troupes en munitions pendant la guerre. Les wagonnets sont tirés par des chevaux.

MC014 2

   Une fois taillés, les blocs sont hissés afin de confectionner les deux colonnes à l’aide de grues également conçues sur-place.

MC014 3

   Quand les deux pylônes sont en place, ils sont enfermés dans un abri provisoire afin de protéger les sculpteurs travaillant en hauteur.

MC015

   Ces deux pylônes représentent le Canada et la France et culminent 40 mètres au-dessus de la base du monument. Ils pèsent près de 6 000 tonnes et le socle plus de 10 000. La figure la plus élevée – l’allégorie de la paix – domine la plaine de Lens d’environ 140 mètres.

h6opmbz3.JPG

   Sur le devant du monument, la statue d’une femme voilée, tournée vers l’est, vers l’aube d’un nouveau jour représente la jeune nation canadienne pleurant ses enfants tombés au combat.

h6opmbz3.JPG

   Les sculptures au sommet des piliers représentent les vertus universelles que sont la foi, la justice, la paix, l’honneur, la charité, la vérité, la connaissance et l’espoir. Sur la face ouest du mémorial sont sculptées les figures d’un homme et d’une femme représentant les parents des soldats tombés.

MC018

   Sur chacune des faces du monument ont été gravés au burin les noms des victimes des combats, 11 285 jeunes canadiens qui ont laissé leur vie en France lors des combats du 9 au 12 avril 1917.

MC019

   Sur son socle, sont gravés dans la pierre, en français et en anglais, les mots suivants :
‘’À LA VAILLANCE DE SES FILS PENDANT LA GRANDE GUERRE, ET EN MÉMOIRE DE SES SOIXANTE  MILLE MORTS, LE PEUPLE CANADIEN A ÉLEVÉ CE MONUMENT’’.

   Le 26 juillet 1936 à 14 h 15, le monument est inauguré et la figure représentant le Canada dévoilée par le roi du Royaume Uni Édouard VIII en présence du président français Albert Lebrun et du ministre canadien de la Justice Ernest Lapointe. Une foule compacte de Canadiens, de Français et de Britanniques estimée à près de 100 000 personnes s’est rassemblée autour du mémorial.

MC020

   Une fanfare militaire française et des gardes de la cavalerie algérienne, les spahis, montés sur des chevaux blancs, prennent position en face de la Garde royale canadienne de part et d’autre de la large allée qui mène les dignitaires à la terrasse sur laquelle est érigé le monument.

MC022

   Parmi les milliers de gens rassemblés pour l’événement, plus de 3 000 anciens combattants venus en pèlerinage organisé par la Légion canadienne occupent fièrement la place d’honneur dans l’amphithéâtre, sous le regard des membres de leur famille installés sur les pentes.

MC021

   A l’arrivée d’Edouard VIII, la Garde Royale Canadienne exécute le salut royal, et la musique entonne le ‘God Save the King’ puis le ‘Ô Canada’ pendant que le roi passe en revue les militaires avant de descendre vers le tombeau.

MC023

   Le roi accueille ensuite le président Lebrun alors que les fanfares entament La Marseillaise.

Chacun prononce alors un discours radiodiffusé dans le monde entier et dans lequel ils appellent à la paix dans le monde.

Après son discours, Edouard VIII procède au dévoilement du monument, tandis que les troupes se mettent au garde-à-vous. La sonnerie aux morts se fait alors entendre et est aussitôt suivie d’un moment de silence.

MC024

   Deux escadrons de l’Aviation royale du Canada survolent alors le monument à basse altitude dans un bruit assourdissant, les pilotes saluent les autorités par quelques figures acrobatiques.

MC025

   Après le départ des autorités, la cérémonie doit se terminer par des remises de gerbes au pied du monument devant les troupes au garde à vous. Mais la foule est si dense que les soldats peinent à rester immobiles tant ils sont écrasés par les spectateurs et la manifestation doit être écourtée.

MC026

    Lors de la deuxième guerre mondiale, le mémorial est conservé malgré les craintes que les allemands ne le détruisent. Il reçoit même la visite du feld-maréchal Erwin Rommel puis celle d’Adolf Hitler, Hermann Göring et des membres du siège social du parti nazi le 2 juin 1940.

MC027

   A proximité du monument, des tranchées reconstituées ainsi qu’une partie des souterrains ayant servi lors de la bataille peuvent être maintenant visités. Les vestiges de tranchées et les cratères laissés par les obus rappellent la violence exceptionnelle des combats.

MC028

   En face du mémorial, une stèle a été élevée à la mémoire des morts de la division marocaine qui avait pris une première fois la crête en mai 1915 mais avait dû ensuite se replier, faute de renforts.

MC029

   Ayant fait l’objet d’une importante restauration à partir de 2004, le mémorial est inauguré de nouveau en avril 2007, au cours d’une cérémonie marquant le 90e anniversaire de la bataille de Vimy. La reine Elisabeth II, le Premier ministre canadien Stephen Harper et son homologue français Dominique de Villepin participent à cette manifestation.

 MC030

            Un homme aurait pu participer à cette commémoration : le dernier survivant de la bataille d’avril 1917, John Babcock. Il est mort en février 2010 à l’âge de 109 ans.

MC031

   Le mémorial de Vimy est l’un des deux seuls sites historiques situés à l’extérieur du territoire canadien à être reconnus par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Il figure depuis 2012 sur les billets de banque de 20 dollars.

MC032

   Les œuvres originales en plâtre confectionnées par Walter Allward sont aujourd’hui exposées au musée canadien de la guerre, salle de la Régénération à Ottawa, la capitale du Canada.

  Aujourd’hui encore, des jeunes Canadiens viennent régulièrement passer l’été dans le Pas-de-Calais pour servir de guides sur le mémorial.

MC033

1 Commentaire

 »Ces lieux qui nous racontent » est paru

SAMSUNG CAMERA PICTURES

    Le guide émotionnel du territoire de Lens-Liévin vu et raconté par ses habitants est sorti mercredi dernier. Il a été présenté par M. Sylvain Robert, Président de la CALL et maire de Lens et M. Bertrand Petit, Président de Pas-de-Calais Tourisme.

   Géré de main de maître par Mélanie Martini, chargée de projets à la mission Louvre-Lens Tourisme, ce guide est issu d’une idée de la directrice artistique de Strange Cargo, Brigitte Orasinski qui en avait déjà publié un sur la ville de Folkestone.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

   Initié par la Mission Louvre-Lens, on trouve dans ce recueil près de quatre cents histoires très courtes qui sont autant de témoignages vécus par le passé et reliés à un site connu ou inconnu, important ou minime du territoire de la Communauté d’Agglomérations de Lens-Liévin. Chaque texte est illustré d’une photo d’aujourd’hui de ce même site.

    Le lensois normand et quelques amis comme Bernard Ghienne, Christian Vallez,  Gérard Tredez Maurice Devos, Muriel Labenda, Serge Barrois ont eu le plaisir de participer à la rédaction de certains textes en compagnie de célébrités locales comme Guy Delcourt ou Daniel Leclercq.

   Le guide est disponible à Lens, au musée du Louvre bien sur mais aussi au Furet du Nord, Boulevard Basly et à l’Office de Tourisme de Lens-Liévin, rue de Lille.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

 

3 commentaires
1...34567

Blog du niveau intermédiaire |
funk98 |
alpin38 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | tpeseconde
| continent
| lesasdelaluftwaffe