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Lens, le 4 octobre 1914

Aujourd’hui, nous sommes à Lens le dimanche 4 octobre … 1914.

Depuis début août la guerre est déclarée, la ville et les puits de la Société des Mines tournent au ralenti depuis le départ des nombreux mineurs mobilisés. Les allemands sont aux portes de Lens. Certes, nous en avons déjà vu depuis le début de la guerre : d’abord ce jeune officier arrogant venus avec quelques complices début septembre pour menacer et voler les lensois et les lensoises. Puis ces mouvements de troupes, ces officiers envahissant l’ambulance installée dans l’école Condorcet pour y faire prisonniers les soldats français blessés.

Nous avons vu passer aussi dans notre ville ces malheureux réfugiés fuyant Douai et ses environs. Ils prennent la direction de Saint Pol sur Ternoise où ils pensent être en sécurité. Ces jours derniers, ils sont de plus en plus nombreux. Ils font une halte devant la mairie où Emile Basly, notre maire, leur donne un peu de nourriture avant qu’ils ne reprennent la route.

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Depuis hier, d’autres groupes qui veulent fuir l’ennemi viennent de communes voisines : Sallaumines, Méricourt, Harnes ou Loison. Les évènements qu’ils nous relatent incitent aussi beaucoup de lensois  à prendre le chemin de l’exode. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 16 000 en ville contre 35 000 il y a encore un mois.

Les troupes allemandes qui ont traversé Lens nous ont laissé une mauvaise impression et nous font craindre le pire en cas d’invasion. Il y a quelques jours, nous avons repris espoir en voyant arriver un régiment de goumiers nord-africains. Mais ils sont repartis avant-hier en nous promettant toutefois de revenir bientôt.

Nous avons peur. La ville est isolée : aucun train ne circule, la navigation est interdite sur le canal, la poste ne fonctionne plus. Comme il n’y a plus de journaux il nous est impossible d’obtenir des nouvelles des combats dans la région.

Aurons-nous encore du pain pour longtemps ? Nous avons appris que les frères Deligne, les derniers meuniers de Lens, se sont enfuis hier emportant des pièces de leur moulin à gaz afin de l’empêcher de fonctionner.

Hier dans la journée, un escadron de dragons est arrivé et s’est dirigé vers Loison en prenant position à la sortie de Lens sur la route de Lille et dans le quartier du Marais. Cette nuit, une compagnie de chasseurs à pied cyclistes est entrée en ville. Les soldats ont se sont postés entre le pont de Douai et la gare, le long du canal. Ils veulent, nous a-t-on dit, reprendre le cimetière où se trouve des troupes allemandes.

Ce matin peu avant la messe de 6 heures, nous avons entendu les premiers tirs d’artillerie du côté du pont de Douai et vers Loison. Les allemands avançaient vers le canal. Quelques groupes tentaient de le traverser en barque mais étaient encore repoussés par nos soldats qui utilisaient les wagons des mines comme abri. La fosse 5 vers Avion était déjà occupée par l’ennemi.

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A 6 heures, les cloches de l’église Saint-Leger ont sonné pour annoncer la messe. Peu de lensois s’y sont rendus. Le chanoine Occre a d’ailleurs aussitôt renvoyé ses fidèles et leurs a conseillé de rester chez eux. Les seuls qui osèrent sortir ne le firent que pour fuir vers Saint Pol sur Ternoise. Pourtant, on raconte que quelques lensois intrépides seraient montés au sommet du clocher de l’église St Léger pour assister aux combats.

Cette bataille faisait rage le long du canal. Nous avons appris que Madame Julia Olivier, qui habite le chemin du Halage a été la première lensoise à périr sous les tirs allemands.

Dans la matinée, les soldats de l’escadron de dragons se replièrent dans la cité du Vieux Condé, près de la fosse 2. L’ordre leur a été donné de se regrouper avec les chasseurs sur la place de la République. Les premiers soldats allemands ont alors réussi à traverser le canal.

Vers 11h00, les troupes françaises reçurent l’ordre de se replier vers Liévin et les collines de Lorette. L’un des dragons, Henri Fernand, originaire de Blois n’en eut pas le temps, il a été abattu sur la place de la Gare. Il est le premier soldat français mort à Lens. A midi, toutes les troupes françaises avaient abandonné la ville nous laissant à la merci des envahisseurs.

Pourtant les allemands continuèrent à pilonner la place de la République faisant une deuxième victime civile, Monsieur Brutsaert.  A la fin de la journée, on comptera 6 victimes civiles lensoises. Les habitants se sont terré dans les caves. On a vu des maisons en flamme dans le quartier de l’Abattoir.

Dans l’après midi, on constata une légère accalmie. Il n’y avait plus aucun soldat français en ville. Des troupes allemandes se sont positionnées au pont de Douai, dans le quartier du Marais et sur la route d’Avion. Elles attendaient l’ordre d’entrer en ville. De nombreux lensois profitèrent de ce répits pour entasser ce qu’ils pouvaient sur des chariots de fortune qu’ils attelèrent rapidement pour fuir la ville.

Monsieur Thellier de Poncheville est allé à Sallaumines où il tient une brasserie. Il a aussitôt été intercepté par un colonel ennemi qui l’a promptement renvoyé à Lens afin de remettre à Emile Basly l’ordre de se présenter rapidement au quartier militaire allemand.

Le maire est arrivé à Sallaumines à 4 heures. Il a immédiatement été fait prisonnier; l’officier allemand le rendant responsable du fait que des civils lensois auraient tiré sur des soldats de l’armée germanique et seraient montés dans le clocher de l’église.

Il a ordonné à Basly de parapher deux messages pour la population que Thellier de Poncheville a apportés à Lens et fait afficher à la mairie. Le premier concerne l’interdiction faite à la population de pénétrer dans l’église, le second menace les lensois des pires répressions en cas de manifestations.

C’est après avoir obtenu l’assurance qu’aucun soldat français ne restait dans la ville que, vers cinq heures du soir, le commandant des forces allemandes donna l’ordre à ses troupes d’entrer dans Lens.

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Toute la soirée, les lensois assistèrent au défilé de militaires ennemis. Par groupe, les soldats du Reich se rendirent dans les écoles et autres bâtiments publics ou privés afin d’y installer leur bivouac. Les officiers choisirent les plus belles maisons de Lens comme logement,  exigeant de l’habitant gite et repas bien arrosé. D’autres se sont rendus à l’hôtel des Voyageurs et ont exigé de se faire servir un copieux repas.

Pendant ce temps, du côté de la cité de la fosse 11, le médecin-chef de l’hôpital des mines évacuait vers Arras dans un train de marchandises quarante-huit militaires français gravement blessés afin de les soutirer à l’ennemi.

Vers neuf heures, dans la nuit, on a pu distinguer un convoi de civils encadrés de militaires venant de Sallaumines, longer le canal et prendre la route d’Arras. Parmi ces civils se trouvait Emile Basly.

On ne sait aujourd’hui combien de temps durera cette occupation : des jours, des semaines, des mois ? Mais on imagine qu’elle sera pénible et difficile à vivre pour les lensois. Ce que nous ont rapporté les réfugiés des communes voisines nous font craindre le pire. Ils définissaient les soldats allemands d’ivrognes rustres, arrogants, tyranniques, voleurs et même violeurs …

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Michel Dransart, 50 ans au fond de la mine

             Nous sommes en décembre 1902. Un article de presse est consacré à Michel Dransart. Cet homme aurait pu n’être qu’un illustre inconnu s’il n’avait à cette époque réalisé une sorte de record.

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            Cinquante ans plus tôt, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, Michel est embauché à la mine. Il n’a certainement pas débuté sa carrière de galibot à la Société des Mines de Lens, puisque celle-ci n’a commencé à exploiter sa première fosse qu’en 1853. L’histoire ne dit pas où le jeune Michel est descendu pour la première fois.

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            Le 3 octobre 1902, Michel fête le cinquantième anniversaire de sa carrière dans les galeries de la fosse 11 des Mines de Lens. Un demi-siècle sous terre, voilà qui n’est pas courant à l’époque. Il fallait être résistant, non seulement pour continuer à travailler au fond mais aussi pour pouvoir simplement survivre à ce métier dans lequel peu vivaient assez longtemps pour accéder à la retraite.

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            D’ailleurs, la retraite, le vieux Michel n’y pense pas. S’il quitte la mine, il doit quitter aussi sa petite maison du coron dominé par le chevalet de la fosse et le double clocher de l’église Saint Pierre. A cette époque, quand on arrête de travailler à la mine, on quitte le monde du charbon et son coron.

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            Michel a donc aux environs de la soixantaine lorsque la Société des Mines de Lens le fête. Le dimanche 5 décembre, une messe est dite dans l’église Saint Pierre de la cité à l’occasion de la Sainte Barbe, patronne des Mineurs.

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         Après la célébration, Michel reçoit des mains d’Elie Reumaux, la médaille du travail catégorie ‘Grand Or’. Pour cette grande fête, l’Harmonie des Mines de Lens s’est déplacée.

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            Michel se dirige ensuite vers la salle du patronage où les dirigeants de la compagnie offrent un repas à la famille du récipiendaire.

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            Michel est fier de son métier et de l’honneur qui lui est fait. Il est accompagné de son épouse et de ses trois enfants. Emile, l’ainé à commencé sa carrière à ‘gratter la veine’ avec son père avant d’être promu porion aux Mines de Lens. Louis, le cadet, qui est descendu aussi dès son plus jeune âge, est devenu ‘Agent de charbonnage’ à Montdidier dans la Somme. Enfin, la benjamine, Mathilde est caissière dans un grand magasin parisien. La  »réussite sociale » de ses enfants est aussi une fierté pour Michel : bien qu’il aime son métier et la vie dans les corons, il est heureux que ses trois enfants aient pu en sortir.

            Au soir de sa carrière de mineur, on lui confie  des tâches moins rudes, moins physiques. Il ne manie plus le pic ou le marteau, il ne gratte plus les parois poussiéreuses, il est devenu ‘Boutefeu’. Son rôle est de préparer les galeries en les dynamitant afin que ses collègues travaillent en toute sécurité.

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          Ce rôle, on ne le confie qu’à des gens qui ont du métier et en qui on a une entière confiance. La vie de centaines de mineurs ne dépend que de lui.

         Pour cela, il faut que chaque jour encore, il prenne place dans les berlines qui le descendent ‘au fond’, là où il a passé la moitié de sa vie.

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          Pour combien de temps ? On ne connait pas encore le jour où, après son ultime remontée, il restituera pour la dernière fois sa lampe à la jeune lampiste.

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            Mais aujourd’hui, c’est jour de fête. Michel est entouré de ses amis, de ces collègues de travail qui ont appris à apprécier et à aimer celui qu’ils appellent ‘le Père Michel’.

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Pourquoi la rue de Lille est devenue rue René Lanoy ?

    Aujourd’hui, si on demandait à un jeune lensois à quoi correspond le nom de René Lanoy. la réponse serait certainement : ‘’C’est une rue qui va de la place Jean Jaurès à celle du Cantin’’. Cependant, pour les plus anciens, elle est et sera toujours appelée ‘rue de Lille’.

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   Pourtant, elle est dénommée officiellement ‘Rue René Lanoy’ depuis le 14 septembre 1947 suite à une délibération du Conseil Municipal dirigé par le maire communiste de Lens Auguste Lecœur assisté de son adjoint Roger Pennequin tous deux eux-mêmes anciens Résistants.

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    A l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la libération de Lens le 2 septembre 1944, il est important de rappeler quel grand Résistant fut René Lannoy.

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    Né le 11 septembre 1910 à Bruille-lez-Marchiennes, petit village au nord d’Aniche, René Lanoy est professeur de sciences-naturelles à l’école normale de Douai à la déclaration de la guerre. Communiste de toujours, il entre dans la Résistance dès 1940.

    En mai 1941, il créée le comité clandestin de libération du Pas-de-Calais et devient responsable du réseau Front national dans le Douaisis et le Cambresis. Ce Front National, qui n’a rien à voir avec le parti politique qui aujourd’hui porte le même nom, est créé par le parti communiste et regroupe au sein de la Résistance les patriotes français quelques soient leurs opinions.

   En août 1943, René Lanoy devient responsable de la direction départementale du Pas-de-Calais, fonction qu’il exercera jusqu’à la libération sous le pseudonyme de «Gilbert». Il assure la diffusion du journal clandestin Le patriote du Pas-de-Calais. Il est décédé accidentellement alors qu’il se rendait à un congrès du Front National du Pas-de-Calais qui se tenait à Arras.

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   Son épouse Suzanne née Blin que René avait épousée en novembre 1940 était professeur d’histoire au collège des filles à Douai. Egalement engagée dans la Résistance en 1940, elle était chargée de la rédaction des publications clandestines. En octobre 1942, elle est arrêtée par la police française, mais est relâchée.

   Le 2 mars 1944, elle est de nouveau arrêtée par la gestapo qui perquisitionne à son domicile et retrouve des documents en lien avec la résistance.

   Torturée pendant plusieurs jours au siège de la Gestapo à Douai, elle meurt le soir du 6 mars 1944, sans avoir livré de noms de résistant du Front National. Elle avait 31 ans et un enfant de 16 mois.

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