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Le Vieux Syndicat

   En 1841, au cours d’un forage réalisé chez madame de Clerc à Oignies est découvert le gisement de houille du Pas-de-Calais. En 1852, sont constituées la Société des Mines de Dourges, la Compagnie des Mines de Courrières et la Société des Mines de Lens. Dans la même période d’autres compagnies apparaissent à Béthune, Liévin, Carvin, Marles ou Bruay. Ces compagnies ont des besoins urgents de main-d’œuvre. De nombreux ouvriers, surtout d’origine rurale, arrivent de partout en France afin de trouver dans le bassin minier un emploi garantissant le gîte et le couvert pour toute la famille : les premières cités sont construites dans ce qu’on appellera bientôt les corons.

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   Au départ, la population minière est formée surtout d’individus déracinés, souvent illettrés, sans tradition de luttes, habitués à subir les évènements avec résignation. Aucune loi, aucune règlementation ne viennent gérer les conditions de travail. Le mineur est entièrement à la disposition de la compagnie tant au travail que dans son logement. Les femmes et les enfants sous-payés sont également exploités, travaillant comme les hommes au fond des galeries. La durée du travail qui est de 11 heures par jour, six jours par semaine depuis la loi de 1848 est rarement appliquée. Les accidents, souvent mortels, sont nombreux.

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   Pourtant, c’est cette concentration d’hommes qui jouera un rôle essentiel dans la naissance du syndicalisme. Il n’est pas encore question de changer la société mais tout simplement de vivre mieux.

   En 1864, une loi proclame la suppression du délit de coalition et le droit de grève est accordé en France mais par manque d’organisation, d’unité chaque mouvement est très fortement réprimandé. L’utilisation de l’armée, à la demande des tout-puissants directeurs des compagnies, est monnaie courante. Les grévistes sont arrêtés et emprisonnés. Les sanctions vont souvent jusqu’au licenciement et l’expulsion de toute la famille des cités minières.

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   Des idées nouvelles, rapportées par Emile Zola ou Victor Hugo entre autres, apparaissent alors comme le socialisme ou l’anarchisme. Des groupes commencent à se révolter contre l’injustice de la société capitaliste. Pour Karl Marx, les travailleurs doivent se grouper en parti de classe. Ces courants de pensée donnent à la classe ouvrière une base et un idéal de vie qui contribueront à l’essor du syndicalisme dans les années 1880. Les ouvriers qui n’acceptent pas les conditions de travail tentent de s’organiser et de s’opposer à leurs dirigeants.

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   En septembre 1882, à l’initiative d’Arthur Lamendin, mineur compagnie de Liévin, est créée la première chambre syndicale des mineurs à Lens. Puis le 24 octobre 1883, Émile Basly, le meneur de mineurs d’Anzin fait partie des militants réunis à Saint-Étienne pour fonder une Fédération nationale des Chambres syndicales des Mineurs de France.

   En 1884 éclate la grande grève des mineurs d’Anzin qui inspira Emile Zola pour son roman ‘Germinal’. C’est pour la corporation minière un cuisant échec malgré 56 jours de grève. Aucun autre mouvement de grande ampleur ne sera mené pendant les quatre années qui suivent cet échec.

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   Cependant, cette grève entraîne la promulgation de la loi du 21 mars 1884, dite loi Waldeck-Rousseau, qui accorde aux syndicats un statut légal reconnu. Le 14 septembre, le Syndicat des Mineurs du Pas-de-Calais est fondé, avec Arthur Lamendin comme secrétaire général. Ce dernier en subira les conséquences puisqu’il sera licencié par la compagnie de Liévin.

    Il faut attendre 1889 pour revoir les mineurs se mobiliser. Cette année là, la forte croissance industrielle amène une augmentation de la demande et donc du prix du charbon ce qui entraîne pour les compagnies une progression de la production et un besoin de main d’œuvre. Les mineurs se sentant indispensables veulent leur part du gâteau.

   Le 10 octobre 1889, une grève se déclenche aux mines de Lens et s’étend rapidement aux autres compagnies du Pas-de-Calais. Dirigé par Lamendin, Basly et les autres leaders du syndicat, ce mouvement, contrairement aux précédents n’est pas marqué par la violence et n’entraîne aucune dérive. Cette attitude est cruciale pour l’évolution du syndicalisme minier. Le 23 novembre, les mineurs redescendent au fond en ayant obtenu une augmentation de salaire de 10% pour tous et la suppression des ‘longues coupes’ (journée de travail prolongée pour bénéficier de primes supplémentaires) et le maintient dans leur logement des veuves de mineurs décédés au travail.

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   Ce mouvement a attiré l’attention du gouvernement de Sadi Carnot et le 8 juillet 1890 une loi  institue les délégués mineur, élus, avec mission de surveiller les conditions de sécurité, ce qui remet en cause la toute puissance patronale.

   En 1891, Emile Basly est élu Président du syndicat et Arthur Lamendin est confirmé comme secrétaire général. L’organisation peut alors compter sur 30000 adhérents.

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   Le 27 novembre 1892, les syndicats des deux départements du bassin s’unissent et forment le ‘Syndicat des Mineurs du Nord et du Pas-de-Calais’ dont le siège est fixé à Lens, dans l’estaminet tenu par l’épouse de Casimir Beugnet, rue Decrombecque.

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   Cependant l’année 1893 va ramener tout le monde à la raison. Une nouvelle grève est déclenchée le 14 septembre contre l’avis des responsables du syndicat et emmenés par des anarchistes. Elle concerne une nouvelle fois surtout les salaires car les compagnies sont parvenues à raboter l’augmentation de 1889 par l’instauration d’amendes décidées au coup par coup par le chef-porion.

   Les directeurs de compagnies ne veulent discuter qu’avec les représentants du syndicat officiel. Ce mouvement sera un désastre : non seulement aucune avancée ne sera obtenue mais les compagnies vont imposer dès la reprise du travail des conditions pénibles. Près de 500 mineurs sont licenciés et doivent quitter leur coron du jour au lendemain avec femmes et enfants.

   Le syndicat est tenu pour responsable de l’échec. Lamendin et Basly doivent s’expliquer publiquement, on les accuse d’avoir empêché le mouvement de se développer et d’aller vers la grève générale et surtout de penser plus à leurs places de députés qu’à leurs devoirs envers les mineurs. Le nombre d’adhérents est diminué des deux tiers pour tomber à 10000.

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   D’autre part, une action est menée par le préfet du Pas-de-Calais Bernard Courtois et le procureur général de la cour d’appel de Douai, E. Chenest en vue de dissoudre le syndicat et d’arrêter ses leaders. Mais, par peur de réactiver le conflit, le Garde des Sceaux Casimir-Perier qui brigue le poste de Président de la République décide de ne pas poursuivre la procédure.

   Durant les dernières années du siècle, le syndicat tente de retrouver son influence. Quelques conflits éclatent dans le bassin mais aucun grand mouvement, aucune grève générale n’est constatée. Les responsables du syndicat sont maintenant reconnus tant par les mineurs que par les dirigeants des compagnies. Ils parviennent à éviter certains conflits en privilégiant la négociation à l’affrontement. Les responsables tiennent des conférences à la maison du peuple, rue de Paris à Lens.

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   Outre Arthur Lamendin et Emile Basly, les responsables de l’organisation sont alors Florent Evrard, Henri Cadot, Casimir Beugnet, Séraphin Cordier, Alfred Maës, Léon Degraux, Charles Goniaux, Uriane Soriaux, Henri Mailly, Jacques Louart ou encore Edgard Sellier.

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   C’est en 1902 que l’on voit apparaître le nom de ‘vieux syndicat’. Certes, Lamendin a 58 ans et Basly 56 mais ce n’est pas leur âge qui importe. La responsable est la Fédération Syndicale des Mineurs du Pas-de-Calais qui vient d’être créée après le congrès de la CGT de Montpellier qui a placé des militants anarchistes à sa tête. Rassemblés derrière Benoît Broutchoux, l’organisation révolutionnaire prend rapidement le nom de ‘jeune syndicat’.

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  L’opposition entre les deux fédérations est farouche et virulente. Le jeune syndicat n’hésite pas, par l’intermédiaire de son journal, l’Action Syndicale à critiquer ouvertement les responsables du syndicat des mineurs, les traitants de ‘baslycots’ à la solde du patronat et les accusant de requêter les mineurs pour remplir les caisses du syndicat.

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   Le 27 septembre 1902, à Commentry en marge du congrès qui donne naissance au Parti Socialiste de France, se tient dans une salle voisine le congrès national des mineurs. En réponse à une nouvelle baisse des salaires, le principe d’un mouvement national est adopté. Le lendemain même, les délégués des mineurs syndiqués du Pas-de-Calais et du Nord se réunissent à Lens au nombre de 140. Une nouvelle fois, c’est contre l’avis de Lamendin, Basly et leurs amis que la grève générale est décidée pour le mois suivant.

   Plus de 70 000 mineurs refusent de descendre. Cette puissante grève va marquer l’année 1902 : présence de la troupe, incidents entre grévistes et non grévistes, injures entre militants des deux syndicats font partie du quotidien.

   La grève est un nouvel échec. Quelques semaines plus tard, les mineurs retournent dans les galeries sans rien n’avoir obtenu du patronat.

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   Basly et Lamendin sont de nouveau désignés comme responsables de ce nouvel échec. Beaucoup de mineurs quittent le vieux syndicat pour rejoindre les amis de Broutchoux.

  La grande grève de 1906 engendrée par la catastrophe des mines de Courrières marque de nouveau l’opposition entre ‘Baslycots’ et ‘Broutchoutistes’. Si les premiers dialoguent avec Elie Reumaux, le représentant des directeurs des compagnies minières, les seconds prônent la révolte et n’hésitent pas à avoir recours à la violence : attaques contre les possessions des compagnies, saccage des propriétés des dirigeants comme celle d’Elie Reumaux à Lens, bagarres avec les forces de l’ordre qui conduit au décès d’u lieutenant Lautour, insultes et sévices contre les non-grévistes, leurs familles et leurs habitations et agression des élus du vieux syndicat.

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   Georges Clemenceau envoie 30 000 militaires dans le bassin Minier pour ramener l’ordre. Broutchoux et certains de ses amis sont emprisonnés à Béthune. Les directeurs des compagnies exigent de ne négocier qu’avec les représentants  du vieux syndicat.

   Après 55 jours de grève, le travail reprend. Les syndicats ont obtenus quelques avancées sur les salaires et sur les conditions de travail et de sécurité dans les mines.

  Tout au long de cette grève, le jeune syndicat n’a cessé de demander l’union des deux organisations, ce qu’ont toujours refusé les partisans de Basly. Lors du congrès d’Amiens de la CGT en octobre 1906, une motion « condamne l’attitude du Réveil du Nord (aux mains du député-mineur Emile Basly, ennemi déclaré de la CGT) ».

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   Finalement, c’est en 1908 que la fédération des mineurs rallie la CGT, pour devenir la ‘Fédération Nationale des Travailleurs du Sous-sol’. Cependant, bien que de nombreux dirigeants et militants quittent le vieux syndicat pour rejoindre la CGT, Basly refuse la réunification décidée au niveau national ; le syndicat du Pas de Calais vit alors isolé pendant plus de deux ans. Il faut attendre 1911 la réunification. Le nouveau siège se trouve alors à la Maison Syndicale de Lens dont la construction vient juste de se terminer.

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   Le vieux syndicat à vécu mais d’autres luttes attendent Emile Basly, Arthur Lamendin et leurs amis.

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La mine-image de Lens

Le 17 mai 1945, les Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais sont créées suite à la nationalisation des compagnies minières.

Aussitôt, le groupe de Lens décide d’ouvrir un centre professionnel pour former les galibots de 14 à 18 ans. Cette formation, appelée ‘de premier degré’ est un passage obligé à l’aube d’une carrière de mineurs de fond.

D’autres cours sont donnés : le second degré pour les élèves-mineurs de 18 à 21 ans et le troisième degré pour les élèves-porions et les ouvriers de 21 à 25 ans.

C’est sur un terrain longeant la route de Béthune qu’est installé ce centre, près de la fosse 12 bis.

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Un centre de formation doit obligatoirement être équipé d’une ‘mine-image’  qui est la reconstitution grandeur nature d’une véritable galerie de mine dans laquelle le stagiaire trouve les conditions et le matériel qu’il rencontrera au fond lorsqu’il sera en poste.

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Où faire cette mine-image ? Un abri aménagé pour protéger la population lors des bombardements de Lens lors de la seconde guerre est proche du centre. Il est utilisé et aménagé pour servir de galerie de formation.

entree 1945

L’entrée de l’abri en 1945

Les galibots peuvent donc exécuter les gestes du métier de mineur dans les conditions réelles ; seul l’abattage n’est pas enseigné car cette partie du travail du mineur est interdite aux ouvriers de moins de 18 ans.

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Les appareils électriques leur sont décrits mais ils n’auront pas non-plus l’autorisation de les manipuler au fond.

commandes electriques

A l’origine, la mine-image est un long ‘tuyau’ étroit de 250 mètres taillé dans la craie. On y accède par trois plans inclinés qui avaient servis d’accès à l’abri.

sortie du plan 2

La sortie qui donnait sur la route de Béthune sert à l’aération, une autre donnant sur le Chemin Perdu était réservé à la descente du matériel.

Le centre ouvre ses portes le 14 mai 1946 mais ce n’est qu’en 1947 que la mine-image est utilisée. On y trouve deux tailles de 60 mètres, plusieurs centaines de mètres de voie ferrée, 12 salles d’apprentissage bétonnées réservées à la formation au boisage, au cadrage, etc …

Quelques exemples de formation dans la mine-image :

conduite treuil

La conduite de treuil

convoyeur blindé

Un convoyeur blindé

berline déraillée

Le relevage d’une berline déraillée

La mine-image ne cesse de s’améliorer grâce au travail des mineurs eux-mêmes : un beurtiat (puits intérieur dans la mine) est creusé. Les installations électriques sont complétées, on installe un poste de transformation.

On descend aussi dans la mine-image des appareils modernes tels que des chargeuses, des bandes transporteuses, des compresseurs de quartier, des haveuses …

On y trouve même une lampisterie où le galibot doit se munir de sa lampe avant d’utiliser la cage pour descendre dans la galerie.

lampisterie et lampe

La formation aux premiers secours est également dispensée avec l’utilisation des extincteurs.

extincteur

C’est Madame Auriol, épouse du Président de la République d’alors, qui vient inaugurer le centre d’apprentissage et la mine-image en 1952.

auriol 1952

Une tradition voulait que pendant longtemps les élèves des écoles primaires de Lens effectuent une visite du centre et une descente dans la mine-image, sans doute pour tenter de susciter parmi eux des vocations de mineur.

Le centre et la mine-image fonctionneront plus de 35 ans avant d’être fermés définitivement le 31 août 1985. Le site a alors servi à construire l’IUT.

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Michel Dransart, 50 ans au fond de la mine

             Nous sommes en décembre 1902. Un article de presse est consacré à Michel Dransart. Cet homme aurait pu n’être qu’un illustre inconnu s’il n’avait à cette époque réalisé une sorte de record.

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            Cinquante ans plus tôt, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, Michel est embauché à la mine. Il n’a certainement pas débuté sa carrière de galibot à la Société des Mines de Lens, puisque celle-ci n’a commencé à exploiter sa première fosse qu’en 1853. L’histoire ne dit pas où le jeune Michel est descendu pour la première fois.

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            Le 3 octobre 1902, Michel fête le cinquantième anniversaire de sa carrière dans les galeries de la fosse 11 des Mines de Lens. Un demi-siècle sous terre, voilà qui n’est pas courant à l’époque. Il fallait être résistant, non seulement pour continuer à travailler au fond mais aussi pour pouvoir simplement survivre à ce métier dans lequel peu vivaient assez longtemps pour accéder à la retraite.

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            D’ailleurs, la retraite, le vieux Michel n’y pense pas. S’il quitte la mine, il doit quitter aussi sa petite maison du coron dominé par le chevalet de la fosse et le double clocher de l’église Saint Pierre. A cette époque, quand on arrête de travailler à la mine, on quitte le monde du charbon et son coron.

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            Michel a donc aux environs de la soixantaine lorsque la Société des Mines de Lens le fête. Le dimanche 5 décembre, une messe est dite dans l’église Saint Pierre de la cité à l’occasion de la Sainte Barbe, patronne des Mineurs.

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         Après la célébration, Michel reçoit des mains d’Elie Reumaux, la médaille du travail catégorie ‘Grand Or’. Pour cette grande fête, l’Harmonie des Mines de Lens s’est déplacée.

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            Michel se dirige ensuite vers la salle du patronage où les dirigeants de la compagnie offrent un repas à la famille du récipiendaire.

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            Michel est fier de son métier et de l’honneur qui lui est fait. Il est accompagné de son épouse et de ses trois enfants. Emile, l’ainé à commencé sa carrière à ‘gratter la veine’ avec son père avant d’être promu porion aux Mines de Lens. Louis, le cadet, qui est descendu aussi dès son plus jeune âge, est devenu ‘Agent de charbonnage’ à Montdidier dans la Somme. Enfin, la benjamine, Mathilde est caissière dans un grand magasin parisien. La  »réussite sociale » de ses enfants est aussi une fierté pour Michel : bien qu’il aime son métier et la vie dans les corons, il est heureux que ses trois enfants aient pu en sortir.

            Au soir de sa carrière de mineur, on lui confie  des tâches moins rudes, moins physiques. Il ne manie plus le pic ou le marteau, il ne gratte plus les parois poussiéreuses, il est devenu ‘Boutefeu’. Son rôle est de préparer les galeries en les dynamitant afin que ses collègues travaillent en toute sécurité.

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          Ce rôle, on ne le confie qu’à des gens qui ont du métier et en qui on a une entière confiance. La vie de centaines de mineurs ne dépend que de lui.

         Pour cela, il faut que chaque jour encore, il prenne place dans les berlines qui le descendent ‘au fond’, là où il a passé la moitié de sa vie.

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          Pour combien de temps ? On ne connait pas encore le jour où, après son ultime remontée, il restituera pour la dernière fois sa lampe à la jeune lampiste.

lampisterie

            Mais aujourd’hui, c’est jour de fête. Michel est entouré de ses amis, de ces collègues de travail qui ont appris à apprécier et à aimer celui qu’ils appellent ‘le Père Michel’.

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