LENS au 13ème siècle

    Je dédie cet article à Bernard Ghienne, passionné par cette période de l’histoire de Lens et qui, avec la Cercle Archéologique de la Région Lensoise, avait confectionné une maquette de la ville à cette époque.

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   Nota : les chiffres entre parenthèses dans le texte correspondent aux lieux portant le même numéro sur la carte figurant à la fin de l’article.

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Un siècle d’histoire :

   En ce début de 13ème siècle, Lens, qui faisait partie du comté de Flandre depuis 877, appartient au roi de France. C’est en 1191 que Renaud de Dammartin, quatrième époux de Ida (ou Ide), comtesse de Boulogne et de Lens cède la terre de Lens au roi Philippe-Auguste. Lens appartient alors au comté d’Artois comme Arras, Bapaume, Béthune, Lillers, St Omer et Auxi.

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   En 1212, un traité est signé à Pont-à-Vendin entre le roi de France et Ferrand de Portugal, le comte de Flandre par lequel la Flandre cède St Omer et Aire-sur-la-Lys au futur Louis VIII, fils de Philippe-Auguste. Le châtelain Jean 1er de Lens, jusqu’alors vassal du comte d’Artois, se soumet au roi.

   Ferrand de Portugal et Renaud de Dammartin renient ce traité et une guerre éclate en 1213. Ferrand détruit une grande partie de l’Artois et s’attaque au château de Lens défendu par les troupes de Jean 1er mais ne peut s’en emparer. Le conflit prend fin en 1214 par la bataille de Bouvines et la victoire des armées françaises.

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   Quelques mois plutôt, Ferrand avait nommé Bauduin, le fils de Jean 1er qui avait combattu à ses côtés (donc contre son père), châtelain de Lens alors que le roi Philippe-Auguste avait confirmé Jean de Lens dans ses fonctions. Lens eut donc deux châtelains pendant cette courte période.

   En 1215, à la mort de Jean 1er, Bauduin se rapproche de Philippe-Auguste et confirme l’attachement de la châtellenie de Lens au roi. Il s’engage à payer au roi 200 livres si Ferrand lui déclare la guerre.

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   En 1224, Louis VIII, roi de France depuis un an et la mort de Philippe-Auguste, assure son épouse Blanche de Castille l’héritage en douaire des villes de Lens, Hesdin et Bapaume. A sa mort trois ans plus tard, il lègue l’Artois à son fils Robert qui deviendra donc Robert 1er, comte d’Artois.

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  En 1237, Louis IX, dit Saint Louis, confirme la possession de l’Artois à Robert 1er et remplaça le douaire de Blanche de Castille par d’autres biens.

  En 1250, Robert 1er est tué en croisade, son fils Robert II hérite du comté qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1302 lors de la bataille de Courtrai alors qu’il se trouve à la tête de l’armée du roi Philippe le Bel.

La châtellenie :

   L’anarchie qui règne en France de puis les invasions normandes au 11ème siècle engendre la perte d’autorité des rois de France et la création de châtellenies, des territoires sur gérés depuis un château sur lesquels règnent les princes locaux. Ils ont sous leur dépendance des châtelains nommés et rémunérés. Lens est le centre d’une châtellenie qui s’étale de Marles à Brebières d’ouest en est et de Neuve Chapelle à Thélus du nord au sud.

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   Les châtelains de Lens sont les vassaux du comte de Flandre, Ferrand de Portugal. Ils appartiennent à la famille de la « Maison de Lens » et logent dans la tour, dernier vestige du château de la Motte construit au 11ème siècle (1), près de la porte de Pesquebœuf.

   A l’aube du 13ème siècle, le châtelain se nomme Eustache de Lens ; puis vinrent Bauduin III en 1206, Jean 1er en 1211, Bauduin IV en 1215, Jean II en 1238, Bauduin V en 1240, et Jean III à partir de 1264 jusqu’à la fin du siècle.

  Gardiens du château comtal, ils gèrent les comptes de la châtellenie, assument par délégation du comte les autorités militaires (Lens abrite une garnison de 27 hommes) et judiciaires, sont chargés de l’arrestation des délinquants, du gardiennage de la prison communale et de l’exécution des sentences. Ils sont aussi protecteurs et bienfaiteurs de la collégiale Notre-Dame de Lens et protègent les biens temporels des moines mineurs.

   Le châtelain a autorité sur 12 vassaux qui sont les seigneurs de Souchies (Souchez), Hullucq (Hulluch), Chygyn (Sainghain), Roeult, Avions (Avion), Wendin (Vendin), Billy en Gohelle (Billy-Montigny), Aix (Aix-Noulette), la Cauchiette (Hameau de Amette près d’Auchel), Vielaine (Violaines) et Ledinghem. Formant la cour du châtelain, ils lui versent un impôt et s’engagent à prendre les armes pour le défendre.

   Le châtelain perçoit le tiers des amendes échevinales, possède un droit d’octroi sur les marchés et exerce la surveillance de la navigation sur la Souchez, la Glissoire et ‘’le fossé’’ (futur canal de Lens).

Le baillage de Lens :

   Dès son couronnement en 1180, Philippe-Auguste veut considérablement renforcer le pouvoir royal. Pour reprendre l’autorité sur les châtellenies, il crée les baillis. Le bailli est nommé par le roi ou son représentant, pas toujours issu de la noblesse, et va prendre peu à peu les attributions jusqu’alors dédiées au châtelain.

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   La féodalité est respectée par le roi, mais elle lui est alors parfaitement soumise et la justice royale fait de grands progrès. Les comtés renoncent en masse à leur indépendance et laissent au roi le contrôle de leur gestion financière.

   En 1224, la châtellenie de Lens disparaît et fait place au bailliage de Lens. Le bailli de Lens s’installe au château du Souverain où il dispose d’appartements et de jardins (2).

   Le territoire du baillage de Lens est plus large que ne l’était la châtellenie. C’est un des plus importants de l’Artois, le bailli de Lens règne sur ‘119 villages, hameaux et sences’.

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   Le châtelain de Lens n’est plus le représentant du comte, il n’a plus rien à voir avec le ressort administratif et ne gère plus que son patrimoine. Il conserve cependant le rôle d’officier militaire contrôlé par le bailli qui a la charge du ravitaillement et de la paye des troupes jusqu’aux environs de 1290 lorsque le roi crée les gardes du château (« garde dou castel de par le roy ») qui reprennent également les attributions militaires et de police du châtelain. Le garde du château de Lens nommé en 1297 par Philippe le Bel est Eustache de Neuville-Matringhem.

  On ne trouve la trace du premier bailli de Lens qu’en 1223. Il se nomme Hellin. L’histoire nous rapporte que son successeur Geoffroy de Nully doit réprimer une révolte de bourgeois pour avoir emprisonné l’un des leurs. Puis il y eut Adam de Milly en 1236, Pierre en 1237. On trouve ensuite les noms de Gautier de Mareuil, Huon de Saint-Omer, Jean Creton, Ernoul Caffet ou Achard de Villiers dont la signature figure sur un document délimitant les marais de Wingles !

   Les baillis sont donc aussi des officiers publics, chargés des fonctions administratives comme établir, modifier ou valider le cadastre. Ils président le tribunal comtal assistés de 14 feudataires mais ne sont pas juges. Leur rôle est de faire arrêter les coupables et de les traduire devant leurs juges. Ils doivent aussi des charger de faire exécuter la sentence, qu’elle soit pécuniaire ou corporelle. Ils sont également chargés de la perception des impôts royaux et des droits comtaux.

   En 1228, le bailli de Lens fait frapper un sceau représentant le château royal.

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  A noter également la présence à la fin du siècle d’une sorte de « police privée » créée par le comte d’Artois et indépendante du bailli. Elle est dirigée par le «capitaine de la ville de Lens» qui se nomme Thibaut de Willerval.

L’échevinage :

   En 1206, Louis VIII, roi de France émet une charte autorisant les maïeurs (maires) et échevins de Lens de nommer leurs successeurs tous les 14 mois. On peut donc penser que c’est à cette époque que Lens a été désignée « commune ».

   L’organisation et la gestion de la ville est alors confiée à un échevinage, sorte de conseil municipal officiellement indépendant des comtes d’Artois et des baillis.

   Les échevins, choisis dans le corps des bourgeois de la ville, désignent le maïeur parmi eux. Ils sont assistés d’un greffier et d’un argentier.

   Les échevins n’ont de pouvoir que sur le territoire de la commune où ils sont juges et administrateurs ; ils reçoivent les actes et contrats (vente de domaine, legs …) qui ne peuvent être considérés valides que s’ils sont signés par l’un des leurs. Ils peuvent négocier avec le roi le montant des impôts dus par la ville au royaume et ont aussi le droit de modifier les lois et coutumes de la commune dans le cadre d’une charte royale.

   Réunis 3 fois par semaine d’abord au château royal puis dans la Maison de ville (3), ils exercent la haute, moyenne et basse justice pour les crimes et délits émis dans le bourg selon des règles d’une charte royale. En 1209, cette charte précisait par exemple que « quiconque arrachera un membre à autrui se verra amputé du même membre ou condamné à une amende de 60 livres » encore que « celui qui blessera quelqu’un avec un poignard ou une matraque pourra se faire couper le poing si cela est la volonté des échevins ».

   Les échevins et le maïeur n’ont aucun pouvoir militaire. Cependant, en 1228, l’échevinage de Lens s’engage à défendre le roi Louis IX et sa mère Blanche de Castille, régente du royaume contre tous leurs ennemis.

La religion :

   A Lens, comme partout à cette époque, l’autorité religieuse a une grande influence sur la vie de la société. On ne sait si la ville a vécu des procès pour hérésie très nombreux à cette époque. Tué lors de la septième croisade en 1250, Robert 1er, comte d’Artois, avait vraisemblablement emmené avec lui quelques hommes de la garnison de Lens.

  En 1268, Louis XI écrit aux échevins d’Artois, donc à ceux de Lens, que ses troupes qui participent à la huitième croisade ont besoin de renforts. Il leur demande d’aider Robert II à constituer une garnison. Lens lui offre d’importants moyens financiers et humains.

  L’édifice chrétien le plus imposant de Lens est la Collégiale Notre-Dame (4) dont l’église fut construite au 11ème siècle. Elle est habitée par 12 chanoines réunis en un ‘chapitre’ et qui suivent les règles de Saint Augustin. Elle abrite 18 chapelains. Son église à tour carrée, dédiée à la vierge Marie, est impressionnante par ses dimensions, elle est surnommé la ‘basilique de Lens’. Elle se trouve à l’emplacement actuel du rond-point Van Pelt.

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  Le chapitre de la Collégiale est chargé d’éduquer les enfants de la commune dans une école située près de l’église ; elle gère les trois paroisses de Lens : Notre-Dame, Saint Léger et Saint Laurent. Il soutient financièrement les ‘femmes pauvres en mal d’enfant’, les ‘pauvres alités‘ ou les lépreux.

   Le doyen du chapitre est le prévôt de Lens. Pendant la semaine qui suit la Pentecôte, il est le maître de la ville et peut tenir des audiences à l’hôtel de ville. Pendant cette semaine, tout brigand peut entrer en ville sans être inquiété à condition qu’il n’ai pas commis de crime de sang.

   Au 12ème siècle, Philippe-Auguste confirme la donation à la collégiale de Lens de 15 sols pour l’achat de vin et de pain de messe et le châtelain Jean 1er ajoute une rente annuelle de 10 livres afin qu’un cierge soit allumé jour et nuit devant la statue de la Vierge.

   La Collégiale possède de nombreuses reliques religieuses dont les cendres de Saint Vulgan. Elles sont exposées aux fidèles une fois par an.

   L’église de la paroisse Saint Léger (5) se situe au même endroit que celle d’aujourd’hui. Elle a été construite au 11ème siècle par les comtes de Boulogne et de Lens.

   L’église de la paroisse Saint Laurent (6) se trouve sur le chemin de La Bassée (au niveau de l’actuelle université Jean Perrin) et est entourée d’un grand cimetière. C’est au 11ème siècle qu’elle fut rattachée au chapitre de la Collégiale.

   En 1219, près de l’hôpital de la Cauchie, est construit un monastère (7) à l’initiative de la comtesse de Flandre Jeanne de Constantinople. Il abrite des ‘frères mineurs’ (ou ‘frères menus’), une confrérie créée par Saint Pacifique selon les règles de Saint François d’Assise. Ces franciscains ne possèdent pas de biens, ils vivent de leur travail souvent agricole ou d’aumônes et prêchent dans les villes en errant de cité en cité. C’est en ces lieux que serait décédé Saint Pacifique vers 1250. Pendant les guerres du 17ème siècle, ce couvent se réfugiera à l’intérieur des remparts et prendra le nom de ‘Couvent des Recollets’.

  Lens possède aussi un béguinage (8) qui abrite une communauté de femmes âgées ou isolées, à la fois religieuses et laïques. Marguerite d’Alsace, comtesse de Flandre, soutient financièrement le béguinage de Lens.

Les hôpitaux :

  L’hôpital de la Cauchie (9), terme utilisé pour désigner une chaussée, qui semble être le plus ancien hôpital de Lens se trouve sur le chemin d’Arras à Lille, à l’emplacement de l’actuel carrefour Bollaert. Il lui est adjoint une chapelle dédiée à Sainte Elisabeth. C’est donc de cette chapelle que provient certainement le nom de la fosse 1 et de la cité créée bien plus tard par la Société des Mines de Lens.

   La maladrerie (10), établie pour les lépreux, les pestiférés et les incurables est construite au tout début du 12ème siècle à l’emplacement de l’actuel parc d’activités des Moulins (cité 4) appelé alors le ‘Val Gheri’. Son éloignement des remparts de la ville est justifié par les risques de contagion. Lui est jointe la chapelle Saint Jacques et un cimetière.

  L’administrateur de la maladrerie est l’échevinage et le chapitre de la Collégiale exerce sa tutelle en matière religieuse. Le mobilier, les vêtements, les soins, les frais d’obsèques sont à la charge de l’échevinage qui lui alloue pour les vivres une somme mensuelle de 16 sous pour les hommes et de 9 sous et 4 deniers pour les femmes.

   Enfin, l’hôpital du Bourg (11), auprès duquel est implanté un cimetière, se situe à l’intérieur des remparts (aux environs de la rue de l’Hospice). Il est construit au début du 13ème siècle et financé par des dons des princes, comtes, châtelains ou autres nobles de la région. En 1698, la maladrerie et l’hôpital de la Cauchie seront fermés et les soins regroupés dans l’hôpital du bourg qui deviendra plus tard l’hospice de Lens.

La vie à Lens :

   Au 13ème siècle, Lens est une ville fortifiée d’à peine 2000 habitants. Les fortifications de Lens ont été élevées au 11ème siècle. Elles comportent 22 tours et deux portes munies de vantaux et de herses : la porte d’Arras ou porte du Bourg (12) et la porte de Douai ou porte Peskebeuf, mot qui peut être traduit par ‘cabane de pierre’(13).

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   Il est interdit de construire sur les remparts. Seul, le moulin à vent de Bekeriel existe au nord du château (14). Un autre moulin, à eau celui-ci, se trouve à l’extérieur de la ville sur la Souchez (15).

   C’est au nord de Lens que s’effectuent les exécutions des jugements, là où se trouve le gibet (16).

  Le château du souverain (2) se trouve à l’emplacement de l’actuelle place de la République. Il possède des murs en grès, six tours à créneaux et un grand donjon. Il est équipé de deux portes avec ponts levis, l’une sur la ville, l’autre sur la campagne, vers le chemin d’Arras.

   Lens possède des cressonnières (kersonière) au nord des remparts (17) dont les bassins étaient alimentés en eau par quatre fontaines (18), des pêcheries (peskeries) dans le fossé à l’est de Lens (19) et des élevages d’anguilles dans des viviers créés entre la Souchez et la Glissoire (20).

   Quatre écluses situées sur ces rivières et sur le fossé à l’est de la ville permettent de réguler le débit de l’eau (21). Un quai de chargement de bateaux existe à la jonction du fossé et des douves.

  Au sud de la ville, un emplacement, ‘les jardinas’’, est réservés aux archers (22). Le nom de l’actuelle rue des Jardins provient de cette époque.

  A l’intérieur des remparts, entre les habitations, on trouve quelques fermes où on élève volailles et bestiaux. Les marchands et artisans lensois se regroupent en associations appelées corporations qui dispose d’un statut organisant la profession et distingue trois catégories de membres : les maîtres, les compagnons et les apprentis. Parmi les artisans lensois, on trouve des cordeliers, des tanneurs, des brasseurs, des menuisiers etc.

   Il existe un ‘markiet as vakes’ (marché aux vaches) situé au nord du château et deux autres : le marché aux victuailles appelé ‘markiet au compenage’ sur la petite place entre l’église Saint Léger et l’hôtel de ville, et le ‘markiet a bos’ (bois) dans les environs de la Collégiale. Lens possède également un marché couvert, la halle échevinale. On y trouve en vente plusieurs jours par semaine draps, toiles, chaussures, grains, viande, poisson ou épicerie. Sur décision royale de Louis XI, aucun marchand ne peut, sous peine d’amende, vendre ou négocier sa marchandise à moins de deux lieues de la ville s’il ne l’a pas exposée auparavant pendant au moins trois jours sous la halle.

  Lens possède plusieurs ‘hostelleries’ : Celle de la Cauchie (près de l’hôpital du même nom) et deux autres à l’intérieur des remparts.

   Entre les remparts et l’église Saint Laurent s’est formé un petit hameau appelé ‘la Vizerie’ comprenant quelques habitations et quelques fermes.

  En 1226, est fondé une association ‘La confrérie des jeunes hommes à marier de Lens’ dirigée par un prévôt. Les jeunes lensois peuvent s’y inscrire moyennant une cotisation annuelle et s’engagent à verser une taxe dans la quinzaine suivant leur mariage.

   Déjà au 13ème siècle, l’impôt des lensois est payable en 3 fois : à la Saint Rémy (1er octobre), à Noël et à Pâques. Ils sont taxés sur leur habitation, sur ce qu’ils consomment et sur ce qu’ils vendent. A l’époque de la châtellenie, les alliés du comte d’Artois sont moins imposés que les partisans du roi. Les étals des marchés sont aussi imposés : une maille (un demi-denier, la maille était la plus petite valeur représentée matériellement) par emplacement.

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   L’histoire de Lens est loin d’être terminée ! En 1303, Lens fut de nouveau théâtre de sanglantes batailles ; l’armée flamande s’empare de la ville, la pille et l’incendie. Mais là, nous sommes déjà au 14ème siècle, ce sera donc pour un autre chapitre ……….

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Une saison en images

   Le RC Lens devient en 1934 le club de la Société des Mines de Lens qui le lance dans l’aventure du football professionnel. En cette saison 1935-1936, Le Racing dispute pour la seconde année le championnat de France de deuxième division dans le tout nouveau stade des Mines qui ne s’appelle pas encore stade Bollaert.

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   Le RCL termine cette saison à la quatrième place.

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   Le meilleur buteur de l’équipe a pour nom Viktor Specht avec 26 réalisations. Dans l’effectif, on trouve d’autres noms qui resteront dans l’histoire du club tels Marek, Dembicki, Nowicki, Albert Hus ou encore un certain Ladislas Schmidt plus connu sous le nom de Siklo.

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   L’année suivante, le club accèdera pour la première fois de son histoire au championnat de France de première division.

   Le président du club est alors Louis Brossard, un ingénieur de la compagnie minière et Raymond François, au club depuis 1926, devient cette saison là entraîneur-joueur.

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   Lors de cet exercice 1935-1936, un dessinateur humoristique illustre chaque rencontre en y ajoutant quelques légendes.

   Cette personne signe ses dessins ‘Dan Ros 35’. Je n’ai pas pu identifier cet inconnu ni quelle était l’utilisation de ces croquis.

   Il y a quelques années, un ami m’a offert des copies de ces dessins. Il est temps aujourd’hui de vous les faire découvrir.

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Bernard Ghienne n’est plus

   La date du vendredi 30 septembre 2016 restera dans toutes les mémoires des amoureux de l’histoire de Lens et de la Gohelle. Ce jour là, celui qui est le plus passionné de tous, Bernard Ghienne, victime d’un accident cérébrale, nous quitte pour toujours à l’âge de 69 ans.

   L’un des créateurs de l’association Gauheria et de sa revue trimestrielle, Bernard Ghienne était féru d’archéologie. En 1984, il était également à l’origine de la création du CARL (Cercle archéologique de la région de Lens).

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En 1984, le fondateur de Gauheria offre à la municipalité une maquette de Lens au 13ème siècle

   Bernard a aussi laissé d’excellents souvenirs à ses anciens élèves du lycée Saint Paul de Lens et à ses amis adhérents de la CFDT dont il était l’un de représentants. Il a aussi été fait citoyen d’honneur de la ville de Lens.

   J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois Bernard Ghienne. Dès notre première rencontre, nous sommes devenus amis, l’amour de l’histoire locale nous réunissait. Lui pour Gauheria, moi pour le blog, nous échangions régulièrement des informations, des documents ou le résultat de nos recherches sur le passé de Lens et de sa région.

  Concluons par le titre de la Voix du Nord du samedi 1er octobre : « Bernard Ghienne s’est éteint, laissant les passionnés d’histoire locale orphelins ».

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Hommage au Docteur Ernest Schaffner

   Le vendredi 23 septembre 1966, il y juste 50 ans décédait le Docteur Ernest Schaffner, député-maire de Lens mais surtout LE médecin des mineurs.

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   La vie du Docteur Schaffner est relatée sur une autre page du bloc que vous pouvez retrouver en suivent ce lien.

   Dimanche dernier, dans la cour du Centre Hospitalier de Lens avait lieu une cérémonie en hommage à cet homme qui marqua à jamais l’histoire de Lens et de la corporation minière.

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Les enfants du Docteur Schaffner et leurs conjoints.

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Le retour de Rosalie Tata et de Taraderuze

   La journée du samedi 10 septembre restera en mémoire dans les têtes des lensois. Ce jour là, ils étaient nombreux à assister à la résurrection et au baptême des géants lensois Taraderuze et Rosalie Tata.

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   Nés une première fois en 1956, disparus des fêtes de Lens à la fin des années 60 puis détruits dans l’incendie du garage communal dans lequel ils étaient remisés, nos deux géants, accompagnés d’un troisième, Ch’Guss Trefil ont longtemps manqués aux animations de la ville.

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  Il y a quelque temps, une association se créer avec pour but de recréer ces personnages et de relancer la tradition des fêtes de Lens dans le style des années 50/60. Claude Gillot et son fidèle lieutenant Arnaud Desmaretz se lancent dans l’aventure. Tout ne fut pas facile mais avec abnégation, ils trouvent les moyens financiers nécessaires à la réalisation de leur projet.

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  Aidés par quelques amis, ils font reconstruire Taraderuze et Rosalie Tata par Dorian Demarcq, l’artisan créateur de géants. Les finances ne permettent pas la reconstruction de Ch’Guss Tréfil dans un premier temps mais ce n’est que partie remise.

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   Bien sur, le retour des géants de Lens ne peut s’accompagner que d’une grande fête qui était prévue dimanche 11 septembre. Plus de 100 géants venus de toute la région, une trentaine d’harmonies, de nombreux groupes et associations devaient y participer. Malheureusement l’actualité tragique du moment et les exigences parfois surprenantes mais surtout très onéreuses de la sous-préfecture de Lens ont obligé l’association à reporter la fête.

  Cependant, Taraderuze et Rosalie de nouveau vivants, il fallait les baptiser. C’est ce qui est fait le samedi 10 septembre 2016 à l’occasion de la journée des associations.

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  M. Sylvain Robert, maire de Lens, a dirigé la cérémonie. C’est Bernard Schaffner, l’un des fils de l’ancien député-maire de Lens, qui a accepté d’être le parrain de Taraderuze ; madame Lysiane Gillot sa marraine.

   Pour Rosalie Tata, son parrain était Alain Oudre qui a fait le déplacement de Toulouse pour participer à la fête. Il est l’arrière-arrière petit-fils de Rosalie Abrassart, la dame qui servit de modèle à la géante lensoise. La marraine de Rosalie était Jessy Desmaretz, une passionnée des Géants du Nord.

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  Après la ‘cérémonie officielle’ mais non moins décontractée, Monsieur Robert a remis aux parrains et marraines le certificat de baptême de nos géants.

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   Et comme d’habitude à Lens, tous finit toujours en musique ! Le talentueux troubadour s’appelle Benoît Bourgeois, il interprète une de ses compositions réalisée spécialement « Elle est belle, Rosalie » et est accompagné d’un groupe d’enfants habillés en galibot pour les garçons et en cafut pour les filles.

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  Taraderuze et Rosalie Tata en profite pour effectuer leurs tous premiers pas de danse depuis leur retour.

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  La fête se termine par un show du groupe des Alizés de Lens, de jeunes demoiselles aux couleurs Sang et Or habituées à accompagner Ch’Meneu dans ses déplacements.

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  On ne sait où Rosalie Tata et ses deux hommes Ch’Meneu et Taraderuze ont passé la nuit, mais dès le lendemain matin, ils étaient frais et dispos pour se présenter aux lensois sur la place Jean Jaurès.

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   Avant de reprendre la place qui était la leur dans les années 60 : devant les portes de l’Hôtel de Ville.

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  Pas de carnaval des géants donc pour cette fois ci mais comme un vrai lensois ne renonce jamais, celle-ci aura lieu plus tard …. Et n’en sera que plus belle !

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Sur les traces de Raphaël Lardeur

   Le 23 mars dernier, le lensois normand reçoit un message de Madame Suzanne Grano commençant ainsi : « Je vous écris de Brisbane en Australie. Notre aïeul parisien Raphaël Lardeur (1890-1967) a réalisé le vitrage escalier Art Déco de l’actuel Centre Jouhaux en 1930 ou 1945 ».

   Raphaël Lardeur est né le 19 décembre 1890 à Neuville-sur-Escaut et décédé à Paris le 17 avril 1967. Brancardier en Serbie lors de la première guerre mondiale, il s’installe à Paris en 1921 et fonde son atelier de peintre-verrier. Créateur de vitraux, de mosaïques, de mobilier liturgique, on trouve ses œuvres aujourd’hui sur plus de 200 sites en France et particulièrement en Picardie.

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   La question de ma correspondante consistait surtout à savoir pourquoi Raphaël Lardeur aurait créé deux œuvres, l’une en 1930, l’autre en 1945 pour le même bâtiment.

   En 1930, Alfred Maës, maire de Lens mais aussi président de la Caisse de Secours des ouvriers et employés des mines de Lens décide de regrouper en un seul établissement tous les composants pour offrir aux mineurs et à leur famille une médecine gratuite de qualité.

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   Le site comprenant plusieurs bâtiments  construits entre la rue Eugène Bar et le Boulevard Basly, est inauguré le 16 février 1931.

  En montant le grand escalier face à l’entrée située rue Eugène Bar, on aperçoit un magnifique vitrail incurvé donnant sur la cour représentant un mineur et sa famille.

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   Le 11 août 1944, Lens est bombardé, beaucoup de bâtiments et d’habitations sont détruits. Le vitrail de Raphaël Lardeur vole en éclats.

   En 1945, le gouvernement nationalise les mines de charbon. On peut penser que ce sont les toutes nouvelles HBNPC (Houillères du Bassin du Nord et du Pas de Calais) qui ont demandé à Raphaël Lardeur de composer un nouveau vitrail.Réalisé sur le même thème que le premier, il est mis en place en 1946.

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  Voilà donc pour la réponse que l’on peut raisonnablement apporter à la question de notre correspondante devenue depuis une amie.

  Le 23 octobre 1970, la ville de Lens fait l’acquisition des ces locaux auprès de Charbonnage de France, nomme l’ensemble ‘le Centre Léon Jouhaux’, y transfère certains services municipaux et y logent des associations.

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  En 2010, la ville de Lens cède les locaux à Pas-de-Calais Habitat. Lors de la rénovation du site, les vitraux sont enlevés et remplacés par une protection provisoire.

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   Ils sont emmenés afin d’être restaurés par « Vitraux d’Art Atelier Claude Barre » de Cottenchy (80) dirigé depuis 2013 par Monsieur Stéphane BRISSY, maître-verrier, qui y travaille avec trois collaborateurs dont son épouse.

  Et c’est là que, le 12 septembre, nous avons retrouvé Madame Suzanne Grano et sa sœur Julie. Ces dames effectuent chaque année depuis 2012 un voyage de plusieurs semaines en France sur les traces de leur ‘cousin français’ comme elles l’appellent, afin de compléter un travail de mémoire sur ses œuvres et celles de son fils Gérard, également artiste maître-verrier et sculpteur.

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  Monsieur et Madame Brissy nous ont obligeamment fait visiter leur atelier et nous ont expliqué les techniques de la fabrication et de la restauration des vitraux. Nous avons vu Kevin occupé occupé au masticage d’une partie du vitrail de Lens pour lequel, du fait de sa forme incurvée, il a fallu créer un support spécial.

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   Puis, c’est Cécile que nous avons rencontré. Passionnée par le métier qu’elle effectue depuis plus de 30 ans, elle était occupée à la restauration d’un vitrail ancien, dessertissant les pièces de verre de l’ancien plomb abîmé pour les réinsérer dans un profilé de plomb neuf.

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  Nous avons ainsi pu admirer des fragments de l’œuvre de Raphaël Lardeur restaurés et découvrir la partie comprenant la signature de l’artiste.

KODAK Digital Still CameraKODAK Digital Still Camera   Dans quelques temps, à la fin de la rénovation, le vitrail sera reposé à son emplacement d’origine, dans la cour du centre Jouhaux. Ce sera ainsi une partie du patrimoine lensois qui retrouvera sa place.

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Une visite aux mines de Lens en 1887

 

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   Nous sommes le 21 avril 1887. Cinquante-deux membres de notre Société de Géographie de Lille sont invités par M. Léonard Danel, le président du conseil d’administration de la Société des Mines de Lens, à visiter les différents sites de la compagnie minière qui fête cette année ses 35 ans.

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   Dès notre arrivée à la gare des Chemins de Fer du Nord de Lens, nous sommes accueillis par M. Edouard Bollaert, l’agent général de la société.

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   Après avoir traversé les voies de garage de la société minière et apprécié les nouveaux wagons de charbon de la compagnie…

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… nous empruntons alors un train spécial des mines pour nous diriger vers l’un des puits principaux, la fosse 3 dite fosse Saint Amé (appelée ainsi en l’honneur d’Amé Tilloy, l’un des membres fondateurs de la Société des Mines de Lens). La fosse no 3  a été mise en service en 1860. Le puits no 3 bis fut ajouté en 1881.

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   Cette fosse se situe sur la commune de Liévin. Ce petit village agricole de 1500 habitants en 1850 a connu un essor important avec le développement de l’industrie minière et compte aujourd’hui près de 9000 âmes.

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   La compagnie lensoise y a fait construire 700 maisons pour héberger ses ouvriers et leur famille, une belle église au milieu de deux écoles de filles et de garçons où l’instruction primaire est donnée à 600 enfants et une école d’adultes. Sur la place du village, est installé un jeu de paume.

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   Deux rangées de corons aux toits rouges bordent la rue principale. Toutes les maisons sont pareilles et, par les portes ouvertes, on aperçoit des intérieurs propres et coquets. Chaque maison comprend au rez-de-chaussée une cuisine et une salle assez vaste, à l’étage deux chambres et sous la toiture un grenier.

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   Derrière chaque maison, le mineur dispose d’un carré de terre de 200 mètres qui, très bien entretenu, fournit des légumes pour toute la famille.

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   La compagnie loue ces habitations pour 5 francs par mois. La plus grande propreté règne partout ; une surveillance est exercée par des gendarmes retraités, gardes vigilants et surs.

   Notre groupe pénètre ensuite dans le grand bâtiment de briques à l’architecture simple et élégante comprenant un rez-de-chaussée de 6 mètres où se trouve la recette pour le chargement de la houille et un étage d’environ 15 mètres.

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   Au rez-de-chaussée se trouve une vaste salle pour les mineurs avec de nombreuses armoires individuelles, deux bureaux pour les porions, un autre pour les surveillants, une lampisterie, un magasin comprenant tout les outils nécessaires aux petites réparations.

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   A l’étage se trouvent le chevalet de bois portant les molettes à 11 mètres du sol et la machine à cylindres commandant les descentes et remontées des cages.

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   Enfin, nous sommes invités à descendre dans l’antre de la terre après avoir revêtu l’habit du mineur : la chemise de cretonne, la culotte et la veste de toile, le béguin serré autour de la tête et la lourde barrette de cuir bouilli. Chacun, doté d’une lampe de sécurité, rejoint alors la bouche du puits.

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   La salle de descente est dallée de grands carreaux sur lesquels glissent avec fracas les berlines chargées de houille. Après deux coups de cloche, les câbles de la machine se mettent en marche, l’un monte, l’autre descend dans le gouffre noir. Bientôt, tout se stabilise et on voit apparaître une cage portant quatre berlines de charbon que des ouvriers sortent rapidement de la cage pour les déverser dans les bâtiments de criblage.

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   D’autres berlines sont placées dans la cage, nous nous y installons tant bien que mal.

   Le moment est solennel et une certaine émotion gagne le groupe. Deux nouveaux coups de cloche et, après un léger sursaut, la cage s’enfonce dans les profondeurs du puits. En un instant, tout a disparu. On ne voit que du noir ! On ne peut juger de la vitesse de la descente, mais elle doit être importante puisque rapidement, après quelques oscillations, la cage s’immobilise a plus de 250 mètres sous terre.

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   Aussitôt, des mineurs tirent les berlines de la cage et notre « promenade » peut commencer.

  Après être passés devant l’écurie faiblement éclairée, nous suivons une galerie qui nous dirige vers une veine en exploitation. La galerie est bien entretenue, voûtée en maçonnerie, entièrement blanchie à la chaux pour donner plus de lumière. Au cours de notre marche, nous croisons un train de berline tiré par un cheval qu’un mineur tient par la bride.

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   De part et d’autre, des galeries secondaires ouvrent de grands trous noirs à peine éclairées d’une lueur blafarde. Bientôt, la galerie change d’aspect : la voûte taillée fait place à galerie étayée de troncs de bouleaux. La température monte rapidement et la chaleur devient suffocante.

   A travers le bois de soutènement, on aperçoit une couche de houille de 70 centimètres d’épaisseur que la galerie suit sur toute sa longueur. La veine fait des zigzags singuliers. A un endroit, elle descend brusquement et un mineur, couché sur le côté, abat le charbon à l’aide d’une pique.

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   La houille tombe fragments luisants qu’un jeune galibot ramasse pour les jeter dans une berline qu’il roulera ensuite vers les autres afin de former un petit train.

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   Plus loin, un plan incliné monte à travers les couches. A grands renforts de genoux et de coudes, les visiteurs le gravissent et assistent au travail d’autres mineurs qui, au péril de leur vie, arrachant le charbon de la paroi dans cette veine reconnue grisouteuse.

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   Afin de détecter le gaz mortel, les porions utilisent les lampes Davy à toile métallique (du nom de leur inventeur Humphry Davy) dans lesquelles l’huile a été remplacée par de l’alcool dont la flamme, plus sensible, est entourée d’une toile métallique. Ces nouvelles lampes permettent de déterminer la quantité de gaz contenue dans la galerie.

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   Le trajet de notre groupe n’est pas terminé : par les galeries, nous rejoignons la future fosse 9 dont les installations au sol ne sont pas terminées. Là, la galerie est creusée dans un grès très dur qui nécessite l’emploi de puissantes machines à air comprimé.

   Notre marche souterraine continue jusqu’à rejoindre l’accrochage de la fosse 4. Les voyageurs du fond que nous sommes montent dans les berlines et quittent les entrailles de la terre. La cage monte à travers l’obscurité du puits puis c’est tout à coup un éblouissement général ! Les taqueurs tirent les berlines et nous mettons pied à terre non sans quelques vertiges dus aux retrouvailles avec l’air libre. La cage vide redescend chercher les autres membres du groupe.

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  Le groupe reconstitué, nous échangeons nos vêtements de mineurs souillés par le charbon contre nos habits de voyage, M. Danel nous invite à nous regrouper devant le photographe de la compagnie afin d’immortaliser cette visite.

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   Nous nous rendons ensuite dans la grande salle des bureaux centraux de la compagnie où M. Danel nous offre un dîner plantureux précédé de coupes de champagne et de toasts en l’honneur des sociétés des mines de Lens et de géographie de Lille.

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   Le ventre plein, nous reprenons le train spécial qui nous conduit à Wingles où nous observons les installations au sol de criblage et de nettoyage du charbon. De nouveau quelques minutes dans le train pour se rendre au rivage de Pont-à-Vendin sur le canal de la Haute-Deûle. Un bassin creusé parallèlement au canal permet le chargement de 5000 tonnes par jour de houille.

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   Sur une voie ferrée située à 7 mètres au dessus du niveau des péniches, une locomotive munie d’un élévateur bascule les trémies et le charbon glisse dans des gouttières sous lesquelles se trouvent les bateaux. Ainsi, un chargement de 270 tonnes peut s’effectuer en moins de trois-quarts d’heure avec seulement 3 hommes !

vendin01   C’est avec regrets que nous quittons ce spectacle pour prendre la direction de Haisnes qui est le terminus de notre journée aux mines de Lens. MM. Elie Reumaux, ingénieur en chef et Rénié, responsable du site nous font visiter les installations de la fosse qui a été percée par la compagnie des mines de Douvrin que la société lensoise a rachetée il y a quelques années.

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   La fatigue commence à se ressentir, les jambes sont lourdes. Pour la dernière fois, nous remontons dans le train de la compagnie qui nous ramène à la gare du Nord de Lens.

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     Là, nous empruntons le train de 6h37 à destination de Lille en tentant de nous remémorer chaque détail de cette journée et en nous disant que pareil émerveillement n’avait jamais été offert aux géographes lillois.

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Filip Konowal, vous connaissez ?

   Je suis certain que de nombreux lensois passent devant cet emplacement sans le voir tant il est discret. Moi-même, il a fallu que je tombe sur un article de presse des années 80 pour me rendre compte qu’il y avait en ce lieu des souvenirs des combats de la Première Guerre Mondiale.

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   Cet endroit se trouve sur la route de Béthune, tout près du monument aux morts des Mines de Lens. Il s’agit à l’origine de la reconstitution de l’entrée d’une tranchée. Vu son emplacement et les cartes de l’époque, on peut imaginer que cette tranchée a d’abord été allemande avant d’être reprise par les troupes canadiennes.

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   Ce site fait partie de la ligne de front dite « de la côte 70 », une ligne le long de laquelle les troupes allemandes et alliées livrèrent des 1914 à 1917 de nombreux combats sans réussir à percer les défenses ennemies.

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   Au début des années 80, nous dit cet article de presse, le renfoncement dans ce muret de soutènement sert surtout à entreposer ordures et objets divers. Deux solutions se proposent alors : le supprimer simplement ou le mettre en valeur en souvenirs des combattants de la première guerre mondiale.

   L’emplacement appartient aux HBNPC. C’est donc les agents de la direction ‘Infrastructure et Bâtiments’ des Houillères qui se charge des travaux. Le site évoque l’entrée d’une tranchée entourée de sacs de sable.

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   Le 22 août 2005, la section 360 de la Légion canadienne Royale, en collaboration avec la Ville de Lens, l’Association du Régiment de Westminster Royale et l’Association de Libertés civiques canadienne ukrainienne, installe en cet endroit une plaque trilingue (français, anglais, ukrainien) à la mémoire de Filip Konowal.

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   Devant figure un bloc de pierre sculpté sans inscription.  C’est une borme Vauthier. Œuvres réalisées dans les années 1920 par Paul Moreau, sculpteur et combattant de la Grande Guerre, les bornes Vauthier (du patronyme de son épouse qu’il a accolé à son nom lorsqu’il commença à sculpter), réalisées avec le concours des Touring Club de France et de Belgique, signalent l’emplacement de la ligne de front telle qu’elle était en juillet 1918 de la mer du Nord à la frontière suisse. C’est au général Philippe Pétain que revient la mission de définir les emplacements devant accueillir ces bornes commémoratives. Sur les 700 kilomètres, il en reste aujourd’hui un peu plus de 90 dont une douzaine dans le Pas-de-Calais.

            Le bloc de granit d’Alsace d’environ un mètre de haut est surmonté d’un casque de soldat français posé sur couronne de lauriers. Au pied, un bidon, un masque à gaz et deux grenades offensives. Des travaux réalisés dans les années 80 ont servi à protéger la sculpture en l’entourant de sculpture représentant des sacs figurant l’entrée d’une tranchée militaire. Malgré cela, l’usure du temps a rongé la pierre et rendu quasiment illisible l’inscription gravée dans le granit : « Ici fut repoussé l’envahisseur ».

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   Filip Konowal est né le 15 septembre 1888 à Kudkiv  en Ukraine.  Arrivé au Canada comme employé saisonnier, il s’engage dans le 47ème bataillon d’infanterie du corps expéditionnaire pour ne pas retourner en Ukraine. En 1916, il participe à la bataille de la Somme, puis l’année suivante, il sert  lors de la bataille de la crête de Vimy. En août 1917, son comportement dans la bataille de la côte 70 lui vaudra la croix de Victoria, la plus haute décoration de l’Empire britannique.

   Son rôle est de liquider les caves, les cratères et les emplacements de mitrailleuse. Dans une cave, il passe personnellement trois ennemis à la baïonnette et, seul, il en attaque sept autres dans un cratère, les tuant tous. Constatant qu’une mitrailleuse cause de nombreuses pertes parmi ses camarades, il s’élance jusqu’à cet emplacement, tue les soldats et ramène la mitrailleuse. Le lendemain, il attaque, seul, un autre place allemande, tue trois soldats allemands et détruit une mitrailleuse. Il a éliminé à lui seul 16 ennemis et, au cours des deux jours de combats.

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   De son action, il dira : « J’en avais tellement marre de me tenir debout dans la tranchée avec l’eau qui m’arrivait à la ceinture que j’ai dit ca suffit comme ça et je suis parti à la poursuite de l’armée allemande. Mon capitaine a essayé de tirer sur moi parce qu’il supposait que je désertais».

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   Le 21 août 1917, il est grièvement blessé au visage, à la mâchoire et au cou et  est évacué en Grande-Bretagne. Il  retourne à Vancouver en 1919, ayant servi pendant trois ans et 357 jours dans les rangs de l’armée canadienne. Tombé dans la misère, il trouve un emploi de gardien au Parlement d’Ottawa. Au sujet de ce travail, il dira à un journaliste en riant : « Outremer j’ai nettoyé avec un fusil, ici je dois nettoyer avec une vadrouille (balai à laver en langage québécois). »

   Filip Konowal est mort le 3 juin 1959, à l’âge de 72 ans et repose au cimetière Notre Dame à Ottawa.

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La seconde mort de l’église du 11

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   Dans la cité de la fosse 11 qui ne s’appelait pas encore la cité des Provinces, il était impossible de ne pas la voir. Celle qui était surnommée la cathédrale des mines,  l’église Saint Pierre a de tout temps surplombé la cité.

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   La première église Saint Pierre, œuvre de l’architecte P. Schmit (qui était aussi chef du service des constructions de la Société des Mines de Lens), fut construite à la fin du 19ème siècle et bénie le 2 septembre 1891. Elle était imposante avec ses deux clochers identiques encadrant un porche avancé magnifique.

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   Située pratiquement sur la ligne de front lors de la Première Guerre Mondiale, l’église Saint Pierre reçut ses premiers obus dès le début du conflit car elle servait de tour d’observation pour les troupes allemandes. A la fin de la guerre, elle n’était plus que ruines.

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  Ceux sont les architectes Cordonnier et Croin qui sont désignés pour reconstruire l’édifice pratiquement à l’identique de la première. Elle fut inaugurée sous la neige le 4 décembre 1925, jour de la Sainte Barbe.

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   Dès les années 70, la récession de l’exploitation charbonnière était bien amorcée et les HBNPC qui cherchent à réduite leurs coûts en cédant à la collectivité leur patrimoine, n’avaient plus la possibilité d’entretenir leurs églises. Elles les cédèrent alors aux associations diocésaines.

  Toutes les cérémonies religieuses furent interdites dans l’église Saint Pierre à la fin des années 70. Les offices avaient lieu dans la salle d’œuvres paroissiales située à l’angle de la rue du Saint-Esprit et de la rue du Béarn (inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2009).

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   Très abimée, l’église fut alors murée et servit alors de …. garde-meubles, les Houillères y entreposant le mobilier provenant des différents services qu’elles supprimait et dont elle n’avait donc plus l’utilité.

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  Lors d’une réunion entre les HBNPC, l’association diocésaine et la ville de Lens en 1987, la décision fut prise de détruire l’église, la rénovation étant impossible en raison de son état de délabrement avancé et des affaissements miniers.

   Le lundi 2 novembre 1987, la structure de l’église Saint Pierre fut prise d’assaut pas les engins de démolition commandés par les HBNPC sous l’œil nostalgique des habitants de la cité.

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   Ces derniers ont profité d’une pose des ouvriers pour tenter de récupérer un objet dans les décombres et le conserver en souvenir.

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  Ce fut d’abord le porche et la façade qui fut abattus puis vint le tour de la toiture, de la nef et des bas-côtés. Enfin, dans l’après-midi du vendredi 6 décembre 1987, les derniers vestiges de l’église, les deux tours s’effondrèrent.

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  L’église Saint Pierre, détruite deux fois, disparait alors du paysage lensois.

  A la place de la cathédrale des mines fut un temps envisagé l’implantation d’un supermarché mais ce fut finalement le square Henri Nogueres qui prit la place de l’édifice religieux et comme il n’y avait plus d’église, la rue de l’Eglise changea de nom pour devenir la rue du Poitou.

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  A la même époque, l’église Sainte Barbe de la cité de la fosse 4 et le chevalet de la fosse 1 furent également abattus.

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Le waide de Lens

   Lens, capitale du charbon ? Oui mais ce ne fut pas la première richesse de la commune.

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  Au début du 14ème siècle, Lens est sous l’influence d’une Châtellenie (un territoire tenu, exploité et protégé autour d’un château à motte gouverné par l’aristocratie locale refusant l’autorité du roi de France). Elle appartint alors à la maison de Lens jusqu’en 1312 quand elle passa par mariage à celle des Récourt.

   En 1392, en pleine guerre de 100 ans, des moulins sont construits à Lens, des moulins à ‘waide’.

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   ‘Waide’ est un mot du vieux patois picard tiré du nom allemand ‘Waid’ qui signifie pastel. Le waide (appelé aussi guède ou pastel des teinturiers) désigne à la fois une plante herbacée bisannuelle originaire d’Asie qui poussait en abondance dans la plaine d’Artois et en Picardie et le colorant que l’on en tirait. Dans la plaine de la Gohelle autour de Lens, on trouvait le waide dans les nombreux marais entourant la ville. Obtenu après broyage et fermentation des feuilles, le waide fut pendant des siècles la seule teinture naturelle bleue à pouvoir être produite. Les trois couleurs de base étaient alors le rouge, le blanc et le noir. Le bleu était utilisé mais il ne devint une couleur à la mode qu’à partir du 12ème siècle.

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  Si la Picardie (principalement l’Amiénois et le Santerre) était un espace important de production de waide, les fabricants de Lens avaient une grande réputation et le commerce du waide fut pendant plusieurs siècles une source de revenu intéressante. Les artisans lensois allaient même jusqu’à fournir des riches flamands comme ceux de Bruges. Les ventes s’effectuaient sur le ‘franc marché’ sous une halle d’où étaient expédiées les marchandises vers les villes voisines par le canal de la Souchez (creusé au 13ème siècle) ou en charrette. Outre le waide, on y vendait draps, toiles, cuirs, mercerie, grains, viande et épicerie.

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  Le commerce du waide était règlementé : un teinturier ne pouvait en vendre plus de quatre barils par semaine. Vers 1550, les règles sont : ‘’chacune balle pesant 200 livres ou environ, estimé le 100 pesant, 7 livres 10 sous’’.

  Au 16ème siècle, Lens était désignée ville étape. Ce privilège imposait à tous les marchands et négociants étrangers à y séjourner avec en compensation la possibilité de vendre leurs marchandises sur le marché une heure avant l’ouverture officielle. C’est ainsi que l’indigo fut importé en provenance des colonies d’Amérique puis d’Inde où sa culture à grande échelle le rendait très compétitif. Il supplanta le waide et sonna le glas des teinturiers lensois. Vers 1612, les autorités lensoises demandèrent en vain l’interdiction de l’indigo. Celui-ci prit de l’extension et les moulins  à waide de Lens furent petit à petit abandonnés.

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