Archives des tags : mineurs

La cité des Fleurs de Lens

CF001

   Cette cité est construite à la fin des années 30 par la Société des Mines de Lens pour ses pensionnés.

   A cette époque, un mineur partant à la retraite devait obligatoirement quitter son logement. Il n’y avait cependant que très peu d’habitations de disponibles, les familles de retraités devaient alors soit quitter la ville soit habiter chez leurs enfants dans des maisons déjà surchargées par des familles nombreuses.

   Alors que la reconstruction des cités minières est terminée après le cataclysme de la première guerre mondiale, Félix Bollaert, président du conseil d’administration de la Société des Miens de Lens décide de construire sur un espace libre entre les fosses 1, 9 et 12bis et tout près du stade des Mines, une cité de petites maisons pour ses « chers pensionnés de la société ». La cité est appelée « cité Saint Albert » du prénom du Docteur Barrois donné au chevalet de la fosse 12bis toute proche. C’est après la nationalisation qu’elle devient la cité des Fleurs.

CF002

   Il ne fut jamais remonté la moindre gaillette du puits 12bis puisqu’il n’a toujours servi qu’à l’aérage. Il a été percé en 1904 et servait donc à ventiler les galeries de la fosse 12. Reconstruit en béton armé après la première guerre, il servit jusqu’en 1976 lorsqu’il fut remblayé puis détruit en 1984.

CF003

   A l’emplacement du carreau de la fosse 12bis existe aujourd’hui un parc d’activités de l’artisanat.

   Sur un plan de Lens en 1937, on peut voir tracé le projet de construction des premières maisons. A l’origine, il n’y a aucun commerce, aucun service dans cette cité ; juste quelques espaces verts avec bancs et terrains de boule.

CF004

   Chaque maison d’un seul niveau est entourée d’un petit jardinet (à imaginer là où se trouvent maintenant des allées menant aux garages). C’est vraiment une cité de retraités.

CF005

   Félix Bollaert ne verra pas son inauguration puisqu’il décède en 1936 laissant son nom au stade des Mines.

   La cité n’est accessible que de la route de Béthune par la rue des Cytises au niveau de la gendarmerie et par la rue des Œillets. La rue des Rosiers rejoint rejoint le Chemin Manot (aujourd’hui rue Léon Blum) aux abords de la cité du 11.

CF006

   De l’autre côté, la ligne de chemin de fer de Lens à Hazebrouck empêche tout accès … jusqu’en 1951 lorsqu’un pont est construit à l’extrémité de la rue des Lilas juste en face de l’église Saint Théodore qui permet de rejoindre la cité du 9.

   Ce pont a sa propre histoire. Quelques temps après sa construction, il prit le nom non-officiel de « Pont Verdière », après le décès du doyen de la cité, Louis Verdière, dont le convoi funèbre fut le premier à emprunter ce pont pour rejoindre l’église Saint Théodore.

CF007

  C’est entre la cité des Fleurs et la route de Béthune que les HBNPC ouvrent le 14 mai 1946 leur centre de formation dont la mine-image, une galerie reconstituée, est aménagée dans un long souterrain étroit de 250 mètres taillé dans la craie qui avait été percé pour servir d’abri lors de la seconde guerre mondiale.

CF008

  A cette occasion, une artère est créée face au monument aux morts des mines de Lens, elle porte le nom de « Chemin Perdu ».

CF009

   Le centre a définitivement fermé ses portes le 31 août 1985 et le 25 janvier 1986, Laurent Fabius, premier ministre, posait en ces lieux la première pierre de ce qui allait devenir l’IUT.

CF010

   L’Institut Universitaire de Technologie, installé jusque là dans des locaux provisoires, ouvre ses portes en septembre 1987 et accueille 300 jeunes. A cette occasion, le Chemin Perdu devient la rue de l’Université.

CF011

  Dans les années qui ont suivi la Libération, des nombreux mineurs ses cités se rendaient au stade Bollaert par la cité des Fleurs et une étroite passerelle à l’extrémité de la rue des Tulipes. C’était une bonne occasion pour les retraités de cette rue pour se faire un peu d’argent de poche. Contre une petite pièce de monnaie, le supporter pouvait déposer son vélo ou sa mobylette dans le jardin, à l’abri des vols.

  Aujourd’hui encore, dans une cité des Fleurs rénovée et agrandie, quelques ornements devant ces basses maisons rappellent que la cité avait été construite à l’origine pour ceux qui avaient contribué à la fabuleuse aventure de l’épopée charbonnière.

CF012

5 commentaires

La véritable origine du nom de Taradéruze

KODAK Digital Still Camera

   J’avais lu dans un article de presse des années 70 que le nom de Taradéruze donné au géant de Lens provenait d’une histoire selon laquelle, sa tante Sophie Bouboute l’aurait ainsi prévenu lorsqu’il lui a fait part de son intention de prendre épouse : « Si té fais cha, tchiot, t’aras des ruzes » (Si tu fais ça, mon petit, tu auras des malheurs).

  Un autre article parlait d’un roman introuvable de nos jours faisant état d’un mineur qui voulait appeler son fils Taradéruze car il avait lui-même eu des malheurs dans sa vie et qu’il voulait ainsi prévenir son fils des risques à venir.

  Hé bien, ce roman introuvable, je l’ai entre les mains grâce à mon ami Richard Pisula, un lensois ‘pur souche’ lui aussi exilé. Ce livre s’intitule ‘Pays Noir’, a été écrit par Jean Pierre Barrou aux éditions de la Lys de Vendin-le-Vieil en 1942. Il raconte la vie des mineurs et de leurs familles dans la première moitié du 20ème siècle dans la région lensoise.

taraderuzenom3

   L’un des personnages se nomme Isidore Pochet. Trente ans, fils et petit fils de mineur, Isidore, surnommé par tous « Zidore » est l’époux de Sophie Floquet, également fille de mineur. D’un surnom issu de ses grands parents, cette dame est appelée par tous dans le coron « Sophie Bouboute ». La voici donc notre Sophie Bouboute de la légende !!!

  Zidore aimait les bistouilles, les pintes et le canons de rouge. Sophie allait souvent le rechercher à l’estaminet pour le ramener en le tirant par l’oreille ! Cela n’empêcha pas Sophie de se retrouver enceinte.

taraderuzenom5

  Zidore, en annonçant la nouvelle aux copains du café ajouta « Je l’appellerai Taradéruze ». Devant l’étonnement de ses partenaires de boisson, il répondit : « Je n’d’ai eu, mi, des ruzes d’pis que j’sus au monte. I n’d’ara aussi. Autant que je l’prévienne tout d’suite ! » (J’en ai eu, moi, des problèmes depuis que je suis venu au monde. Il en aura aussi. Autant que je le prévienne tout de suite).

taraderuzenom2

  Sauf que Sophie Bouboute et sa mère Julie, la femme la plus haïe au monde par Zidore, en avaient décidé autrement et que pour elles le gamin ne pourrait porter que le prénom de son grand père maternel : Fernand.

   Quelques pages plus tard, l’enfant est né. Zidore se rend à la mairie en compagnie de son copain de chopine Marius non sans faire de nombreuses escales alcoolisées. A l’employé de mairie qui lui demande le prénom choisi, il répond sans hésiter « Taradéruze ». Le fonctionnaire, affirmant que ce prénom n’étant pas dans la liste des patronymes autorisés, demande à Zidore si son épouse n’en a pas choisi un autre. Zidore rétorque « Si, mais j’m’in rappelle pus ! ».

  C’est alors qu’intervient Marius qui propose d’appeler l’enfant comme lui. Ce fut donc « Marius Pochet » qui figura sur le registre des naissances.

taraderuzenom

  Apprenant cela lors du retour de son époux bien éméché, Sophie Bouboute se mit dans une colère monstre. Ce fut finalement la belle-mère qui trouva la solution : puisqu’aucun des deux parents ne voulaient prénommer leur fils Marius, Sophie Bouboute l’appellera toujours Fernand et Zidore «Taradéruze».

   Voici donc la véritable origine du nom de notre géant lensois. Certainement que l’un des membres du Comité du Centre-ville connaissait ce roman pour en 1956 proposer pour lui le nom devenu aujourd’hui célèbre de TARADERUZE.

taraderuzenom11

1 Commentaire

La construction de l’église du Millenium

  Article réalisé avec l’aide de Jean Claude Kasprowicz d’après le livre ‘Eglise du Millenium’ du père Jan Domanski.

 MILL000

   Lors de la première guerre mondiale, l’église St Léger est totalement détruite. Sitôt la libération, Félix Bollaert, alors administrateur de la Société des Mines de Lens fait construire derrière les ruines de l’église un baraquement de bois qui devient le premier lieu de culte d’après guerre.

mill001

   Dès 1919, c’est sur un terrain appartenant à la Société des Mines de Lens, face à la fosse 1 sur la route de Béthune, qu’est construite une chapelle. Elle est destinée à accueillir les offices de la paroisse Saint Léger. Cette chapelle porte alors le nom de ‘Chapelle St Edouard’ (du nom d’Edouard Bollaert, le père de Félix).

mill0022

  La chapelle Saint Edouard est inaugurée en 1921 par le Chanoine Henneguet, archiprêtre de Lens accompagné de Félix Bollaert et d’Elie Reumaux, le directeur des Mines de Lens.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

   Dès 1920, de nombreux mineurs arrivent de Pologne avec leur famille pour travailler dans les mines. Après la reconstruction de l’église Saint Leger inaugurée le 24 mai 1926, la chapelle devient le lieu de culte de la paroisse Sainte Elisabeth et est principalement dédiée à la communauté polonaise.

MILL004

   Abimée lors de la seconde guerre mondiale, la chapelle est remise en état par la communauté polonaise lensoise.

MILL005

   Dès le début des années 50, le père Przybysz estime que la chapelle devient de plus en plus vétuste et même dangereuse pour les paroissiens.

MILL006

  Le père Przybysz fait construite une salle afin d’y organiser des activités culturelles et le catéchisme. La salle, bâtie en 1952 selon les plans de l’architecte lensois M. Révillon, pourrait aussi servir de lieu de culte en attendant une éventuelle nouvelle église.

MILL007

   C’est au cours d’une session du Comité National du Millénaire de la naissance du catholicisme en Pologne qu’est décidée la construction d’une église à Lens. Un accord intervient avec les HBNPC qui acceptent de vendre le site à la condition « de chauffer exclusivement au charbon ou au coke tous les bâtiments qui seraient érigés sur ce terrain ».

   En 1963, un comité de soutien pour la construction de l’église est créé et présidé par Michal Kwiatkowski père, le fondateur du journal Narodowiec, le journal de la communauté polonaise imprimé à Lens, rue Emile Zola depuis 1920. A sa mort le 21 mai 1966, c’est son fils qui prend la présidence de ce comité. Une collecte organisée parmi la communauté polonaise de Lens rapporte 3 millions de francs.

MILL008

   La mission catholique polonaise intervient auprès de l’évêque d’Arras afin d’obtenir l’autorisation de construire cette église mais rencontre certaines réticences à l’évêché. Pour certains, il est préférable de construire des églises françaises et non réservées à des communautés minoritaires ! Le projet de création d’une ZUP à Lens, (la future Grande Résidence) permet d’envisager l’implantation d’une église dans ce secteur ! C’est finalement l’évêque d’Arras Mr Huygues qui autorise la communauté polonaise à construire ‘son’ église. Il délègue son architecte Jacques Durand.

MILL009

   En juin 1965, la vétuste chapelle est rasée et les travaux commencent.

MILL010

MILL011

MILL012

   L’église est terminée en 1966, année du millénaire du baptême de Mieszko 1er, premier duc historique de Pologne qu’il a placé sous la protection de l’Église catholique afin d’écarter la suzeraineté allemande.

MILL0132

   De plan rectangulaire, l’église qui peut accueillir 400 personnes, s’ouvre sur un vaste parvis qui l’isole de la route de Béthune. Sa structure est constituée de deux volumes triangulaires aux pointes opposées, superposés. L’un est élevé en brique pleine, l’autre en brique pleine et en verre. La charpente et l’ossature du bâtiment sont en métal. La couverture est en tôle d’acier galvanisé. Le revêtement intérieur des murs et de la couverture est en lame de bois.

MILL014

   C’est l’architecte artiste-verrier Andrej Kulesza qui conçu les vitraux « tout en triangles, tout en lumière » qui représentent d’un côté un chemin de croix et de l’autre l’histoire de la Pologne catholique.

MILL015

   La statue en marbre blanc du Christ située sur le mur derrière l’autel a été réalisée par  Waldemar Wesolowski et Wictor Pawlikowski à Neuville-Saint-Vaast dans la propriété du boulanger lensois Stefan Fogler.

MILL016

   Dans les fondations de l’église du Millenium a été déposée le 24 avril 1966 une pierre provenant des catacombes de Rome et bénie par le pape Paul VI.

   Selon Michal Kwiatkowski fils, « l’église du Millenium évoque une double relation : d’un côté, celle de la Polonia (l’ensemble des émigrés polonais) vivant en France avec sa patrie d’origine et, d’un autre, celle de la Pologne avec le monde chrétien ». Elle a également une valeur politique. La Pologne des années 60 est sous l’influence de l’URSS. L’église apparait comme un symbole de résistance au régime communiste. Dans un des vitraux, se trouve l’aigle royal portant une couronne alors que le gouvernement polonais a peu de temps auparavant retiré celle de son emblème.

timbres

  L’église du Millenium, que beaucoup de lensois appellent encore « l’église polonaise », est consacrée par la cardinal Rubin le 16 avril 1967 et dédiée à Notre-Dame de Czestochowa, la Vierge Noire de Jasna Gora, en Silésie.

MILL017

  Suite au dossier présenté par Henri Dudzinski, consul de Pologne et Paul Pawlak, président de Millenium 2000, le ministère de la culture inscrit  le 27 janvier 2014 l’église du Millenium de Lens à la liste des Monuments Historiques.

 

0 Commentaires

Les Grands Bureaux des Mines de Lens

GB 1001

           Le 11 février 1852, la Société des Mines de Lens est créée. Bien que son premier puits ne produise pas encore (les premières remontées de houille auront lieu en décembre 1853 à la fosse Sainte Elisabeth), les résultats des sondages sont encourageants et laissent envisager une rapide prospérité.

fosse 1

            Pour héberger sa direction et ses services administratifs, la compagnie minière achète un relais de poste situé à l’emplacement actuel du square Chochoy au carrefour Bollaert.

            A la fin du siècle, la Société est l’une des plus riches entreprises de France. Elle possède maintenant de nombreux terrains autour de la fosse 1 dans ce qu’on appelait auparavant le bois de Lens. Edouard Bollaert est alors désigné agent général de la compagnie.

            L’ancien relais de poste devient rapidement trop exigu. Un nouvel édifice est construit dans le faubourg Saint Laurent entre la Route de La Bassée et le Grand Chemin d’Arras à Lille pour installer les bureaux centraux. L’édifice, couvert de briques rouges, est d’un seul niveau au toit mansardé, d’une architecture symétrique par rapport au grand porche d’entrée. Derrière le bâtiment se trouve une petite cour.

GB 1002

            Afin d’y loger son agent général, la compagnie fait l’acquisition d’une maison voisine de ses locaux près de  laquelle passent chaque jour les ouvriers qui travaillent dans les ateliers situés derrière ces immeubles (où se trouve aujourd’hui la Chambre de Commerce).

GB 1003

            En 1906, alors que près de là onze cents mineurs meurent dans des conditions affreuses dans les mines de la compagnie de Courrières, la Société des Mines de Lens qui a acheté celle de Douvrin, continue de se développer et d’enrichir ses actionnaires. Elle a maintenant créé son réseau de chemin de fer, possède son propre quai de chargement sur le canal de la Deule à Vendin-le-Vieil, quelques usines, exploite alors quinze puits et gère plus de huit mille employés et ouvriers.

GB 1004

            Elle a besoin de plus d’espace pour ses locaux de direction et ses services administratifs. Les Grands Bureaux sont donc agrandis dès 1907. Le corps du bâtiment initial, dont le porche d’entrée est élargi, est conservé. L’ardoise a remplacé la tuile sur la toiture.  Il est ajouté deux étages au bâtiment initial afin que l’architecture soit identique aux deux nouvelles structures construites sur sa droite, à l’emplacement du logement de l’Agent Général qui est à ce moment Elie Reumaux. Les nouvelles constructions, devant lesquelles a été posée une grille, sont légèrement en retrait des anciennes. Les motifs et les tours de fenêtres sont peints en blanc afin de donner plus de relief à l’immeuble.

GB 1005

            La construction est imposante. La compagnie minière veut démontrer sa présence et sa puissance au moment où elle doit lutter sur le plan social avec des élus socialistes lensois comme Emile Basly, le maire, également syndicaliste et ancien mineur de fond.

GB 1006

            Lors de la première guerre mondiale, la ville de Lens, occupée par les troupes allemandes dès octobre 1914, est l’objet de nombreux bombardements de la part des alliés. En janvier 1916, un obus tombe dans la salle des archives met le feu à l’édifice qui est totalement détruit.

            Léon Tacquet dans son journal ‘Dans la fournaise de Lens’ (édité dans le dossier de Gauheria n°7)  écrit à la date du 6 janvier 1916 : « Ce sont les Grands Bureaux qui ont brûlé totalement. Il n’en existe plus que quelques murs branlants ! C’est encore une épouvantable catastrophe pour la compagnie ».

            Des majestueux Grands Bureaux, il ne reste que des ruines lorsque la ville est libérée le 4 octobre 1918.

GB 1007

            A la fin de la guerre, Ernest Cuvelette qui a remplacé Elie Reumaux, s’attache à reconstruire les mines de Lens. Dans un premier temps, les services administratifs, la direction et les ateliers sont installés dans des baraquements en bois qui avaient servi de quartier général aux troupes alliées après la libération de la ville.

GB 1008

            Mais ils deviennent vite trop exigus face à la rapidité de la reconstruction : les dirigeants et les services administratifs sont délocalisés à Meurchin dans les locaux qui furent ceux de la compagnie rachetée par celle de Lens.

GB 1009

            Pour Ernest Cuvelette et ses administrateurs, il faut rebâtir des bureaux de direction à Lens : l’ouverture de cet édifice marquera la fin de la reconstruction des Mines de Lens. Le quartier Sainte Elisabeth est redessiné. Une rue est percée pour rejoindre l’angle des routes de Béthune et de La Bassée à l’avenue du Quatre-Septembre, elle portera le nom d’avenue Elie Reumaux.

GB 1010

            Les voies ferrées sont rétablies et des ponts remplacent les passages à niveau. Les ateliers et un dépôt de locomotives sont reconstruits de l’autre côté de la rue Bollaert, derrière la nouvelle gare Sainte Elisabeth. A l’emplacement des anciens bureaux centraux sont édifiées des habitations pour les directeurs et ingénieurs dans un secteur que les mineurs nommeront « la vallée des rois ».

GB 1011

            Pour les nouveaux Grands Bureaux, Cuvelette choisit un emplacement particulier : la butte de la côte Saint Laurent.  De tous les endroits de Lens, on voit les Grands Bureaux; c’est toujours l’idée de démontrer la puissance de la compagnie minière et son influence sur la ville qui motive cet emplacement.

GB 1012

            Le chantier commence en juillet 1928. C’est l’Entreprise de Génie Civil et Travaux Publics de Lens qui en est chargée. L’architecte Lillois Louis-Marie Cordonnier (à qui on doit aussi, entre autre, la reconstruction des églises  Saint Edouard (cité 12) et Sainte Barbe (cité 4) a établi les plans. Il est secondé par son fils Louis-Stanislas qui est certainement plutôt chargé de l’aménagement intérieur du bâtiment.

GB 1013

            Les travaux nécessitent jusqu’à deux cents ouvriers qui se relayent d’août à décembre 1928. Le bâtiment est édifié bloc par bloc à la main par des hommes montés sur d’énormes échafaudages car aucune grue n’est utilisée.

GB 1014

            Dès le mois de septembre 1929, les premiers services intègrent les Grands Bureaux mais les travaux ne sont totalement terminés qu’en 1930. La crise de 1929 étant passé par là, les finances de la compagnie des mines de Lens ne permettent pas d’organiser une inauguration officielle.

            L’architecture de ce bâtiment de 8700 mètres carrés est très originale. La façade de près de 82 mètres est tout à fait représentative du style local de l’époque : ses trois pignons s’élèvent à 35 mètres. Les murs, qui ont nécessité 23 cubes de béton sont recouverts de briques de parement fabriqués à la briqueterie de la compagnie à Douvrin.  De style régionaliste, on peut voir des détails de type art-déco comme les petites lucarnes de la toiture, les campaniles, les fenêtres ‘windows’ ou les formes géométriques dans un bâtiment aux lignes très flamandes.

GB 1015

            Les constructions en forme de rectangle entourent deux cours fermées.

GB 1016

            L’administration centrale, des salles de réception, la comptabilité, les bureaux des ingénieurs du fond et du jour, les services de paye, les géomètres et une imprimerie sont installés dans ce véritable château.

            Face au carrefour des routes de La Bassée et de Béthune (qui deviendra bien sûr, le carrefour des Grands Bureaux), des gardes en uniforme impeccable installés dans leur guérite près des grilles filtrent les entrées. Hors de question de pénétrer dans le parc en voiture, ce privilège n’est accordé qu’aux dirigeants et ingénieurs de la compagnie.

GB 1018

            Deux autres entrées donnent accès à la propriété. A l’ouest, la maison du gardien, la route de La Bassée est utilisée par les visiteurs ou les salariés convoqués. Côté est, rue du Pôle Nord (rue Souvraz aujourd’hui), une autre entrée est réservée aux véhicules de direction. Une maison sert de logement de fonction pour le chauffeur du directeur.

GB 1019

            Lorsqu’un visiteur est autorisé par le garde à pénétrer dans cette immense propriété, il est d’abord frappé par le style de la bâtisse et l’impeccable jardin à la française parfaitement entretenu. Il se dirige vers l’entrée par une allée pavée qui contourne le jardin.

GB 1020

            Une fois franchie la grande porte en fer forgé, il a l’impression de pénétrer dans un hall de cathédrale. Là, un huissier cérémonieux et impassible le contrôle et le dirige. Il se sent tout petit en proportion de la hauteur des plafonds du hall. Un immense et large escalier permet d’accéder aux étages.

GB 1021

            Au rez-de-chaussée, de chaque côté de l’entrée principale il découvre deux salles totalement symétriques à demi enterrées. Dans l’une d’elles étaient prévus un musée et une bibliothèque qui ne virent jamais le jour. Ces salles servent à organiser des bals, des banquets ou d’autres festivités. Dans ces pièces sont célébrées les victoires du Racing Club de Lens, fêtés les mineurs médaillés le jour de la Saint Barbe, récompensés les retraités par la dotation d’une lampe de mineur, réunis les enfants des corons venus passer le concours des bourses des Mines.  Après la seconde guerre, la ville de Lens n’ayant plus de salle des fêtes municipales, loue à plusieurs reprises ces pièces pour ses propres manifestations.

GB 1022

            Des bureaux occupent tout le premier étage. Longs, larges et hauts couloirs au parquet lustré, portes et soubassements en chêne sculptés parfaitement cirés, pièces spacieuses éclairées par une suite de vastes fenêtres, plafond à caissons, luminaires originaux de style art-déco.

GB 1023

            Ce premier étage, où travaillent une centaine d’employés, héberge les ingénieurs du fond et de jour, les dessinateurs, les géomètres des bureaux d’études, soit une bonne centaine de cadres et d’agents de maîtrise.

            Au second se trouve l’immense bureau du directeur digne d’un hall de gare. C’est là que notre visiteur a rendez-vous. Un appariteur l’invite à patienter et lui propose de s’asseoir sur la banquette de velours rouge de la salle d’attente.

GB 10242

            Quelques minutes plus tard, c’est par une double porte matelassée de cuir cloutée de cuivre qu’il pénètre dans une immense pièce aux magnifiques boiseries de chêne.

GB 1025

            Notre visiteur aura t-il le loisir d’admirer les caches radiateurs en fer forgé, les armoires en chêne sculptées sur place, les motifs gravés dans les parements de bois comme cette lampe de mineur ?

GB 1026

            Ces armoires, banquettes, boiseries intégrées dans le décor sont conçues par les ateliers de Louis Majorelle dont la marque figure toujours sur le mobilier.

GB 1017

            Juste à côté du bureau du directeur se trouve la salle du conseil d’administration. C’est là que les décisions importantes pour le fonctionnement de la compagnie et pour la vie des mineurs se prennent. Un peu plus loin un lieu de détente avec fumoir et bar.

GB 1027

            Enfin la très grande salle à manger. La table installée dans la longueur permet au directeur d’admirer la peinture de Raymond Tellier qui représente une cokerie en pleine activité. Au plafond, on admire le grand lustre d’un mètre soixante entièrement fait de fils de verre.

GB 1028

            Tout est grand, tout est impressionnant pour qui pénètre pour la première fois.  »C’est une véritable cathédrale » entend-on. D’ailleurs, les vitraux qui se trouvent sur la façade arrière ne rappellent-ils pas ceux des grandes basiliques du moyen âge ?

GB 1029

            Peut-on imaginer l’état de stress dans lequel devait se trouver le simple mineur à qui quelques reproches devaient être faits lorsqu’il était convoqué par ‘son ingénieur’ aux Grands Bureaux ? Si la peur l’oblige à se rendre aux toilettes, il pourra néanmoins admirer les murs couverts de mosaïques dans le plus pur style art-déco.

GB 1030

            De la fenêtre de leurs bureaux, le directeur et ses adjoints peuvent admirer le magnifique parc. Ce jardin ‘à la française’ de plus de trois hectares a été conçu par le paysagiste parisien Achille Duchêne. Ardent défenseur du jardin régulier d’inspiration Renaissance ou Classique, il dessina plus de six mille jardins dans le monde entier.

GB 1031

             Ils devaient être nombreux les jardiniers pour tailler régulièrement les arbres et arbustes plantés dans ces parterres tracés en forme de carré ou de losange aux allées rectilignes. Pour Duchêne, paysagiste de la haute société, tout le parc ne doit être que nature et forme géométrique : aucune statue, aucune fontaine ne vient l’agrémenter.

GB 1032

            Cet espace appartient à la compagnie et à elle seule. Notre visiteur n’aura pas le loisir de s’y promener pour se détendre. Afin d’affirmer sa propriété, la Société des Mines de Lens entoure sa propriété de murs de briques de plus de deux mètres, d’une haie de troènes et de grands arbres afin qu’il ne soit pas visible de la route.

GB 1033

            Au fond du parc, on peut encore voir les marches qui menaient au quai du chemin de fer privé : les directeurs utilisaient le train des mines pour se rendre sur les sites industriels et miniers de la ligne Lens–Violaines. Ce quai fut nommé ‘Quai de l’Impératrice’ en hommage à l’Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III.

GB 1034

            Aujourd’hui, le parc est géré par la ville de Lens qui en a fait un jardin public séparé du bâtiment par une grille et accessible par une porte ouverte avenue Elie Reumaux. C’est un lieu de promenade et de détente également pour les étudiants de la faculté.

grilles jardin

            Près de la grille d’entrée du parc, la statue du Mineur nous accueille. Elle a été installée là afin que l’on n’oublie pas ceux qui descendaient à leur risque et péril dans les entrailles de la terre. Statue en bronze de Fernec Nagy, elle représente le mineur, torse nu, la lampe à la main, la barrette sur la tête et le pic sur l’épaule, prêt à descendre au fond.

GB 1035

            Durant la seconde guerre mondiale, les Grands Bureaux sont réquisitionnés par la Kommandantur qui construit des blockhaus près du bâtiment.

GB 1036

            Les sous-sols sont transformés en cachots et on peut imaginer les atrocités qui ont pu s’y produire lors d’interrogatoires de mineurs résistants, notamment après la grande grève de 1941.

GB 1037

            Peu avant la Libération, c’est aux Grands Bureaux que se réfugient des soldats allemands poursuivis par des FFI quelques jours avant l’entrée dans la ville des troupes alliées.

            Le 17 mai 1946, le Parlement vote la nationalisation des houillères et crée les ‘Houillères du Bassin du Nord et du Pas-de-Calais’ (HBNPC). Le directeur de la Société des Mines, Maxime Bucher est démis de ses fonctions et envoyé à l’école des Mines à Douai. Victorien Dauguet, communiste et ‘cégétiste’ est nommé Président du Conseil d’Administration des HBNPC. Jean Dumay puis Raymond Chaix seront les premiers directeurs-délégués du groupe de Lens qui deviendra vite groupe de Lens-Liévin et installent leur siège dans les Grands Bureaux.

            Quelle belle victoire pour les nouveaux dirigeants, dont beaucoup sont issus du syndicalisme minier, de se retrouver assis dans les fauteuils de ceux qui les ont opprimé pendant des dizaines d’années. Mais la victoire est éphémère car après les grèves de 1948 qui ont laissé de tristes souvenirs dans les corons, ils sont évincés pour une ‘reprise en main’ des HBNPC par le gouvernement.

            Les Grands Bureaux ne seront donc jamais la propriété des mineurs. Une défiance existe toujours envers ce lieu où il ne fait pas bon être convoqué. Les employés de ce siège sont toujours appelés dans les corons ‘les cols blancs’.

GB 1038

            Même Cafougnette, le héros du poète mineur Jules Mousseron ira de sa petite moquerie ainsi résumée : Invité par un ami à visiter Paris, celui-ci lui demande de se décoiffer devant la tombe du soldat inconnu car, dit-il, « C’est là que repose un homme mort pour la France ». Plus tard, passant avec cet ami devant les Grands Bureaux de Lens, Cafougnette lui demande de se décoiffer à son tour. Devant la surprise du parisien, il ajoute : « C’est ici que se reposent trois cents personnes mortes de fatigue à force de me pas travailler ! ».

mousseron

            Au début des années quatre-vingt dix, Charbonnages de France, propriétaire des lieux, vit ses dernières années. Ses finances ne lui permettent pas de conserver cet énorme édifice et les impôts qui vont avec (sa dette, estimée à deux milliards et demi d’euros sera reprise par l’État en 2007). A Lens, plus aucun mineur ne descend au fond depuis le 31 janvier 1986. Le 21 décembre 1990, à Oignies, une page de l’histoire de la région s’est tournée avec la fermeture définitive du dernier puits des HBNPC.

            La démolition des Grands Bureaux, devenus inutiles, est envisagée par Charbonnages de France mais la municipalité de Lens et son maire, André Delelis veulent conserver ce site pour ce qu’il représente pour la population  minière et pour préserver cette œuvre architecturale.

            Mais que faire de cet immense édifice ? Un des premiers projets est de le transformer en hôpital. Une étude est même réalisée par un médecin parisien mais, devant le montant des travaux, l’idée est vite abandonnée.

            François Mitterrand lors de sa visite à Lens en 1983, annonce la fin de l’exploitation charbonnière mais promet d’apporter l’aide de l’Etat à la reconversion du bassin minier et notamment à la formation des jeunes.

mitterrand

            André Delelis décide alors de transformer les bâtiments en Université et au début des années 90, l’Université d’Artois rachète l’édifice pour le franc symbolique : les Grands Bureaux deviendront la Faculté Jean Perrin qui abritera le siège du pôle scientifique de l’Université.

            L’Université ouvre ses portes à la rentrée d’octobre 1992.

GB 1039

            Les travaux n’ont surtout concerné que la partie arrière de l’édifice afin de conserver sur sa façade l’architecture d’origine.

            A l’intérieur, on ressent toujours l’atmosphère qui devait régner dans cet immense château. On admire le savoir-faire des artisans de l’époque.

            Gilles, qui a eu l’occasion de travailler sur le chantier de reconstruction nous dit : « Au rachat des bâtiments par l’Université d’Artois, je me suis occupé de la remise en chauffe de cette édifice : remplacement des chaudières, remise en état des radiateurs en fonte, etc. J’ai découvert un bâtiment rempli de souvenirs : les parquets, les luminaires, les meubles réalisés sur place, miroirs, ou les faux placards ou derrière se cachaient des bureaux secrets, les sous sols. L’architecte responsable de cette rénovation (Mr Kupcik de Lens) a su garder le cachet de cette bâtisse. Ce chantier fait partie de mes meilleurs souvenirs: chaque jour nous découvrions des trésors issus du travail de nos anciens (menuisiers, plâtriers, chauffagistes, plombiers, maçons) et on comprend que les Mines à cette époque avaient de l’argent et les hommes du temps pour réaliser de belles choses« .

GB 1040

            De nos jours, les anciens grands bureaux font l’objet d’un circuit touristique organisé par l’Office de Tourisme Lens-Liévin. On peut ainsi admirer ce qui reste de ce travail des artistes des années 1920 : les vitraux, le mobilier, les portes en chêne sculptées, les sols de parquets ou de carrelages, les luminaires de style art-déco et même les mosaïques des toilettes…

            Mais beaucoup de ces trésors ont disparu entre la fin des HBNPC et la reprise par la ville : tapisseries, tentures, peintures, mobilier …..

            Les jeunes qui ont la chance aujourd’hui d’étudier dans ce lieu mythique savent-ils qu’ici, au siècle dernier, se décidait le sort et même la vie de milliers de mineurs et de leur famille ?

            Ici, dans les …. Grands Bureaux.

GB 1041

            A voir aussi sur les Grands Bureaux de Lens la brochure conçue par le Pays d’art et d’histoire de la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin.

GB 1042

           Certaines photos de cet article m’ont été transmises par M. Bernard Bourdon, un ami rencontré lors d’une visite des Grands Bureaux de Lens il y a quelques années.

 

3 commentaires

La braderie de Lens de 1946

   1945, Lens est libéré. Il faudra des années pour effacer les stigmates de ce second cataclysme qui a touché les lensois 30 ans à peine après le premier.

   Mais pour l’heure, les esprits sont tournés vers la relance du pays et les mineurs sont au premier plan.

   Dès le 28 août 1944, le communiste Henri Martel les avait appelés depuis Londres à gagner la « bataille du charbon ». Le général De Gaule en visite à Lens a aussi insisté sur la nécessité de relancer la production.

4Fi210

   Le communiste Auguste Lecœur remporte les élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945. Il participe à un gouvernement d’union nationale dans lequel il est nommé secrétaire d’Etat à la production charbonnière.

lecoeur

   Le mineur est désigné « premier ouvrier de France » mais dans les fosses, il est contrôlé, surveillé, épié par des militants de la CGT qui interdisent toute protestation : « Travailler d’abord, revendiquer ensuite ».

ouvrierdefrance

   C’est dans ce contexte qu’a lieu la première grande braderie d’après guerre en juin 1946. Dans les rues de Lens, des chars décorés évoquant la grandeur de la France mais surtout la mine et les mineurs défilent tout en assurant la propagande de la politique du moment.

1946 05

1946 01

1946 06

1946 04

   Cette frénésie à la production ne durera pas. Lecoeur sera battu aux élections municipales de 1947 par le Docteur Ernest Schaffner ; les ministres communistes seront chassés du gouvernement et entreront dans une opposition qui mènera jusqu’aux grandes grèves de 1948.

 

0 Commentaires

Le Vieux Syndicat

   En 1841, au cours d’un forage réalisé chez madame de Clerc à Oignies est découvert le gisement de houille du Pas-de-Calais. En 1852, sont constituées la Société des Mines de Dourges, la Compagnie des Mines de Courrières et la Société des Mines de Lens. Dans la même période d’autres compagnies apparaissent à Béthune, Liévin, Carvin, Marles ou Bruay. Ces compagnies ont des besoins urgents de main-d’œuvre. De nombreux ouvriers, surtout d’origine rurale, arrivent de partout en France afin de trouver dans le bassin minier un emploi garantissant le gîte et le couvert pour toute la famille : les premières cités sont construites dans ce qu’on appellera bientôt les corons.

VS001

   Au départ, la population minière est formée surtout d’individus déracinés, souvent illettrés, sans tradition de luttes, habitués à subir les évènements avec résignation. Aucune loi, aucune règlementation ne viennent gérer les conditions de travail. Le mineur est entièrement à la disposition de la compagnie tant au travail que dans son logement. Les femmes et les enfants sous-payés sont également exploités, travaillant comme les hommes au fond des galeries. La durée du travail qui est de 11 heures par jour, six jours par semaine depuis la loi de 1848 est rarement appliquée. Les accidents, souvent mortels, sont nombreux.

VS002

   Pourtant, c’est cette concentration d’hommes qui jouera un rôle essentiel dans la naissance du syndicalisme. Il n’est pas encore question de changer la société mais tout simplement de vivre mieux.

   En 1864, une loi proclame la suppression du délit de coalition et le droit de grève est accordé en France mais par manque d’organisation, d’unité chaque mouvement est très fortement réprimandé. L’utilisation de l’armée, à la demande des tout-puissants directeurs des compagnies, est monnaie courante. Les grévistes sont arrêtés et emprisonnés. Les sanctions vont souvent jusqu’au licenciement et l’expulsion de toute la famille des cités minières.

VS003

   Des idées nouvelles, rapportées par Emile Zola ou Victor Hugo entre autres, apparaissent alors comme le socialisme ou l’anarchisme. Des groupes commencent à se révolter contre l’injustice de la société capitaliste. Pour Karl Marx, les travailleurs doivent se grouper en parti de classe. Ces courants de pensée donnent à la classe ouvrière une base et un idéal de vie qui contribueront à l’essor du syndicalisme dans les années 1880. Les ouvriers qui n’acceptent pas les conditions de travail tentent de s’organiser et de s’opposer à leurs dirigeants.

VS004

   En septembre 1882, à l’initiative d’Arthur Lamendin, mineur compagnie de Liévin, est créée la première chambre syndicale des mineurs à Lens. Puis le 24 octobre 1883, Émile Basly, le meneur de mineurs d’Anzin fait partie des militants réunis à Saint-Étienne pour fonder une Fédération nationale des Chambres syndicales des Mineurs de France.

   En 1884 éclate la grande grève des mineurs d’Anzin qui inspira Emile Zola pour son roman ‘Germinal’. C’est pour la corporation minière un cuisant échec malgré 56 jours de grève. Aucun autre mouvement de grande ampleur ne sera mené pendant les quatre années qui suivent cet échec.

VS005

   Cependant, cette grève entraîne la promulgation de la loi du 21 mars 1884, dite loi Waldeck-Rousseau, qui accorde aux syndicats un statut légal reconnu. Le 14 septembre, le Syndicat des Mineurs du Pas-de-Calais est fondé, avec Arthur Lamendin comme secrétaire général. Ce dernier en subira les conséquences puisqu’il sera licencié par la compagnie de Liévin.

    Il faut attendre 1889 pour revoir les mineurs se mobiliser. Cette année là, la forte croissance industrielle amène une augmentation de la demande et donc du prix du charbon ce qui entraîne pour les compagnies une progression de la production et un besoin de main d’œuvre. Les mineurs se sentant indispensables veulent leur part du gâteau.

   Le 10 octobre 1889, une grève se déclenche aux mines de Lens et s’étend rapidement aux autres compagnies du Pas-de-Calais. Dirigé par Lamendin, Basly et les autres leaders du syndicat, ce mouvement, contrairement aux précédents n’est pas marqué par la violence et n’entraîne aucune dérive. Cette attitude est cruciale pour l’évolution du syndicalisme minier. Le 23 novembre, les mineurs redescendent au fond en ayant obtenu une augmentation de salaire de 10% pour tous et la suppression des ‘longues coupes’ (journée de travail prolongée pour bénéficier de primes supplémentaires) et le maintient dans leur logement des veuves de mineurs décédés au travail.

VS006

   Ce mouvement a attiré l’attention du gouvernement de Sadi Carnot et le 8 juillet 1890 une loi  institue les délégués mineur, élus, avec mission de surveiller les conditions de sécurité, ce qui remet en cause la toute puissance patronale.

   En 1891, Emile Basly est élu Président du syndicat et Arthur Lamendin est confirmé comme secrétaire général. L’organisation peut alors compter sur 30000 adhérents.

VS007

   Le 27 novembre 1892, les syndicats des deux départements du bassin s’unissent et forment le ‘Syndicat des Mineurs du Nord et du Pas-de-Calais’ dont le siège est fixé à Lens, dans l’estaminet tenu par l’épouse de Casimir Beugnet, rue Decrombecque.

VS008

   Cependant l’année 1893 va ramener tout le monde à la raison. Une nouvelle grève est déclenchée le 14 septembre contre l’avis des responsables du syndicat et emmenés par des anarchistes. Elle concerne une nouvelle fois surtout les salaires car les compagnies sont parvenues à raboter l’augmentation de 1889 par l’instauration d’amendes décidées au coup par coup par le chef-porion.

   Les directeurs de compagnies ne veulent discuter qu’avec les représentants du syndicat officiel. Ce mouvement sera un désastre : non seulement aucune avancée ne sera obtenue mais les compagnies vont imposer dès la reprise du travail des conditions pénibles. Près de 500 mineurs sont licenciés et doivent quitter leur coron du jour au lendemain avec femmes et enfants.

   Le syndicat est tenu pour responsable de l’échec. Lamendin et Basly doivent s’expliquer publiquement, on les accuse d’avoir empêché le mouvement de se développer et d’aller vers la grève générale et surtout de penser plus à leurs places de députés qu’à leurs devoirs envers les mineurs. Le nombre d’adhérents est diminué des deux tiers pour tomber à 10000.

VS009

   D’autre part, une action est menée par le préfet du Pas-de-Calais Bernard Courtois et le procureur général de la cour d’appel de Douai, E. Chenest en vue de dissoudre le syndicat et d’arrêter ses leaders. Mais, par peur de réactiver le conflit, le Garde des Sceaux Casimir-Perier qui brigue le poste de Président de la République décide de ne pas poursuivre la procédure.

   Durant les dernières années du siècle, le syndicat tente de retrouver son influence. Quelques conflits éclatent dans le bassin mais aucun grand mouvement, aucune grève générale n’est constatée. Les responsables du syndicat sont maintenant reconnus tant par les mineurs que par les dirigeants des compagnies. Ils parviennent à éviter certains conflits en privilégiant la négociation à l’affrontement. Les responsables tiennent des conférences à la maison du peuple, rue de Paris à Lens.

VS010

   Outre Arthur Lamendin et Emile Basly, les responsables de l’organisation sont alors Florent Evrard, Henri Cadot, Casimir Beugnet, Séraphin Cordier, Alfred Maës, Léon Degraux, Charles Goniaux, Uriane Soriaux, Henri Mailly, Jacques Louart ou encore Edgard Sellier.

VS011

   C’est en 1902 que l’on voit apparaître le nom de ‘vieux syndicat’. Certes, Lamendin a 58 ans et Basly 56 mais ce n’est pas leur âge qui importe. La responsable est la Fédération Syndicale des Mineurs du Pas-de-Calais qui vient d’être créée après le congrès de la CGT de Montpellier qui a placé des militants anarchistes à sa tête. Rassemblés derrière Benoît Broutchoux, l’organisation révolutionnaire prend rapidement le nom de ‘jeune syndicat’.

VS012

  L’opposition entre les deux fédérations est farouche et virulente. Le jeune syndicat n’hésite pas, par l’intermédiaire de son journal, l’Action Syndicale à critiquer ouvertement les responsables du syndicat des mineurs, les traitants de ‘baslycots’ à la solde du patronat et les accusant de requêter les mineurs pour remplir les caisses du syndicat.

VS013

   Le 27 septembre 1902, à Commentry en marge du congrès qui donne naissance au Parti Socialiste de France, se tient dans une salle voisine le congrès national des mineurs. En réponse à une nouvelle baisse des salaires, le principe d’un mouvement national est adopté. Le lendemain même, les délégués des mineurs syndiqués du Pas-de-Calais et du Nord se réunissent à Lens au nombre de 140. Une nouvelle fois, c’est contre l’avis de Lamendin, Basly et leurs amis que la grève générale est décidée pour le mois suivant.

   Plus de 70 000 mineurs refusent de descendre. Cette puissante grève va marquer l’année 1902 : présence de la troupe, incidents entre grévistes et non grévistes, injures entre militants des deux syndicats font partie du quotidien.

   La grève est un nouvel échec. Quelques semaines plus tard, les mineurs retournent dans les galeries sans rien n’avoir obtenu du patronat.

VS014

   Basly et Lamendin sont de nouveau désignés comme responsables de ce nouvel échec. Beaucoup de mineurs quittent le vieux syndicat pour rejoindre les amis de Broutchoux.

  La grande grève de 1906 engendrée par la catastrophe des mines de Courrières marque de nouveau l’opposition entre ‘Baslycots’ et ‘Broutchoutistes’. Si les premiers dialoguent avec Elie Reumaux, le représentant des directeurs des compagnies minières, les seconds prônent la révolte et n’hésitent pas à avoir recours à la violence : attaques contre les possessions des compagnies, saccage des propriétés des dirigeants comme celle d’Elie Reumaux à Lens, bagarres avec les forces de l’ordre qui conduit au décès d’u lieutenant Lautour, insultes et sévices contre les non-grévistes, leurs familles et leurs habitations et agression des élus du vieux syndicat.

VS015

   Georges Clemenceau envoie 30 000 militaires dans le bassin Minier pour ramener l’ordre. Broutchoux et certains de ses amis sont emprisonnés à Béthune. Les directeurs des compagnies exigent de ne négocier qu’avec les représentants  du vieux syndicat.

   Après 55 jours de grève, le travail reprend. Les syndicats ont obtenus quelques avancées sur les salaires et sur les conditions de travail et de sécurité dans les mines.

  Tout au long de cette grève, le jeune syndicat n’a cessé de demander l’union des deux organisations, ce qu’ont toujours refusé les partisans de Basly. Lors du congrès d’Amiens de la CGT en octobre 1906, une motion « condamne l’attitude du Réveil du Nord (aux mains du député-mineur Emile Basly, ennemi déclaré de la CGT) ».

VS016

   Finalement, c’est en 1908 que la fédération des mineurs rallie la CGT, pour devenir la ‘Fédération Nationale des Travailleurs du Sous-sol’. Cependant, bien que de nombreux dirigeants et militants quittent le vieux syndicat pour rejoindre la CGT, Basly refuse la réunification décidée au niveau national ; le syndicat du Pas de Calais vit alors isolé pendant plus de deux ans. Il faut attendre 1911 la réunification. Le nouveau siège se trouve alors à la Maison Syndicale de Lens dont la construction vient juste de se terminer.

VS017

   Le vieux syndicat à vécu mais d’autres luttes attendent Emile Basly, Arthur Lamendin et leurs amis.

0 Commentaires

La mine-image de Lens

Le 17 mai 1945, les Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais sont créées suite à la nationalisation des compagnies minières.

Aussitôt, le groupe de Lens décide d’ouvrir un centre professionnel pour former les galibots de 14 à 18 ans. Cette formation, appelée ‘de premier degré’ est un passage obligé à l’aube d’une carrière de mineurs de fond.

D’autres cours sont donnés : le second degré pour les élèves-mineurs de 18 à 21 ans et le troisième degré pour les élèves-porions et les ouvriers de 21 à 25 ans.

C’est sur un terrain longeant la route de Béthune qu’est installé ce centre, près de la fosse 12 bis.

CF04

Un centre de formation doit obligatoirement être équipé d’une ‘mine-image’  qui est la reconstitution grandeur nature d’une véritable galerie de mine dans laquelle le stagiaire trouve les conditions et le matériel qu’il rencontrera au fond lorsqu’il sera en poste.

barriere d'attention

Où faire cette mine-image ? Un abri aménagé pour protéger la population lors des bombardements de Lens lors de la seconde guerre est proche du centre. Il est utilisé et aménagé pour servir de galerie de formation.

entree 1945

L’entrée de l’abri en 1945

Les galibots peuvent donc exécuter les gestes du métier de mineur dans les conditions réelles ; seul l’abattage n’est pas enseigné car cette partie du travail du mineur est interdite aux ouvriers de moins de 18 ans.

soutennement

Les appareils électriques leur sont décrits mais ils n’auront pas non-plus l’autorisation de les manipuler au fond.

commandes electriques

A l’origine, la mine-image est un long ‘tuyau’ étroit de 250 mètres taillé dans la craie. On y accède par trois plans inclinés qui avaient servis d’accès à l’abri.

sortie du plan 2

La sortie qui donnait sur la route de Béthune sert à l’aération, une autre donnant sur le Chemin Perdu était réservé à la descente du matériel.

Le centre ouvre ses portes le 14 mai 1946 mais ce n’est qu’en 1947 que la mine-image est utilisée. On y trouve deux tailles de 60 mètres, plusieurs centaines de mètres de voie ferrée, 12 salles d’apprentissage bétonnées réservées à la formation au boisage, au cadrage, etc …

Quelques exemples de formation dans la mine-image :

conduite treuil

La conduite de treuil

convoyeur blindé

Un convoyeur blindé

berline déraillée

Le relevage d’une berline déraillée

La mine-image ne cesse de s’améliorer grâce au travail des mineurs eux-mêmes : un beurtiat (puits intérieur dans la mine) est creusé. Les installations électriques sont complétées, on installe un poste de transformation.

On descend aussi dans la mine-image des appareils modernes tels que des chargeuses, des bandes transporteuses, des compresseurs de quartier, des haveuses …

On y trouve même une lampisterie où le galibot doit se munir de sa lampe avant d’utiliser la cage pour descendre dans la galerie.

lampisterie et lampe

La formation aux premiers secours est également dispensée avec l’utilisation des extincteurs.

extincteur

C’est Madame Auriol, épouse du Président de la République d’alors, qui vient inaugurer le centre d’apprentissage et la mine-image en 1952.

auriol 1952

Une tradition voulait que pendant longtemps les élèves des écoles primaires de Lens effectuent une visite du centre et une descente dans la mine-image, sans doute pour tenter de susciter parmi eux des vocations de mineur.

Le centre et la mine-image fonctionneront plus de 35 ans avant d’être fermés définitivement le 31 août 1985. Le site a alors servi à construire l’IUT.

premiere cage

3 commentaires

Michel Dransart, 50 ans au fond de la mine

             Nous sommes en décembre 1902. Un article de presse est consacré à Michel Dransart. Cet homme aurait pu n’être qu’un illustre inconnu s’il n’avait à cette époque réalisé une sorte de record.

drassart

            Cinquante ans plus tôt, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, Michel est embauché à la mine. Il n’a certainement pas débuté sa carrière de galibot à la Société des Mines de Lens, puisque celle-ci n’a commencé à exploiter sa première fosse qu’en 1853. L’histoire ne dit pas où le jeune Michel est descendu pour la première fois.

galibot

            Le 3 octobre 1902, Michel fête le cinquantième anniversaire de sa carrière dans les galeries de la fosse 11 des Mines de Lens. Un demi-siècle sous terre, voilà qui n’est pas courant à l’époque. Il fallait être résistant, non seulement pour continuer à travailler au fond mais aussi pour pouvoir simplement survivre à ce métier dans lequel peu vivaient assez longtemps pour accéder à la retraite.

fosse11

            D’ailleurs, la retraite, le vieux Michel n’y pense pas. S’il quitte la mine, il doit quitter aussi sa petite maison du coron dominé par le chevalet de la fosse et le double clocher de l’église Saint Pierre. A cette époque, quand on arrête de travailler à la mine, on quitte le monde du charbon et son coron.

005

            Michel a donc aux environs de la soixantaine lorsque la Société des Mines de Lens le fête. Le dimanche 5 décembre, une messe est dite dans l’église Saint Pierre de la cité à l’occasion de la Sainte Barbe, patronne des Mineurs.

eglise

         Après la célébration, Michel reçoit des mains d’Elie Reumaux, la médaille du travail catégorie ‘Grand Or’. Pour cette grande fête, l’Harmonie des Mines de Lens s’est déplacée.

remaux

            Michel se dirige ensuite vers la salle du patronage où les dirigeants de la compagnie offrent un repas à la famille du récipiendaire.

salle

            Michel est fier de son métier et de l’honneur qui lui est fait. Il est accompagné de son épouse et de ses trois enfants. Emile, l’ainé à commencé sa carrière à ‘gratter la veine’ avec son père avant d’être promu porion aux Mines de Lens. Louis, le cadet, qui est descendu aussi dès son plus jeune âge, est devenu ‘Agent de charbonnage’ à Montdidier dans la Somme. Enfin, la benjamine, Mathilde est caissière dans un grand magasin parisien. La  »réussite sociale » de ses enfants est aussi une fierté pour Michel : bien qu’il aime son métier et la vie dans les corons, il est heureux que ses trois enfants aient pu en sortir.

            Au soir de sa carrière de mineur, on lui confie  des tâches moins rudes, moins physiques. Il ne manie plus le pic ou le marteau, il ne gratte plus les parois poussiéreuses, il est devenu ‘Boutefeu’. Son rôle est de préparer les galeries en les dynamitant afin que ses collègues travaillent en toute sécurité.

boutefeu

          Ce rôle, on ne le confie qu’à des gens qui ont du métier et en qui on a une entière confiance. La vie de centaines de mineurs ne dépend que de lui.

         Pour cela, il faut que chaque jour encore, il prenne place dans les berlines qui le descendent ‘au fond’, là où il a passé la moitié de sa vie.

descente

          Pour combien de temps ? On ne connait pas encore le jour où, après son ultime remontée, il restituera pour la dernière fois sa lampe à la jeune lampiste.

lampisterie

            Mais aujourd’hui, c’est jour de fête. Michel est entouré de ses amis, de ces collègues de travail qui ont appris à apprécier et à aimer celui qu’ils appellent ‘le Père Michel’.

7 commentaires

Blog du niveau intermédiaire |
funk98 |
alpin38 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | tpeseconde
| continent
| lesasdelaluftwaffe