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la Cité hollandaise de Lens-Loison

   A la fin de la Première Guerre Mondiale, les lensois reviennent en nombre dans leur ville. Ils veulent la reconstruire, la faire renaître de ses cendres. Aucune maison n’est habitable en 1919, les premières familles revenues vivent dans les caves. La Société des mines de Lens et la municipalité d’Emile Basly font édifier des logements pour les ouvriers affectés à la reconstruction et pour les familles lensoises de retour. Importés par l’armée américaine, ces habitations sont en forme de demi-lune en taule sans aucun confort même pour des lensois peu exigeants.

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   Au début de 1919, le gouvernement néerlandais, pays qui est resté neutre durant tout le conflit, crée une association « Retour au Foyer » et offre à la France trois millions de florins afin de reloger les populations sinistrées. Après la visite effectuée par les délégués de la conférence pour la Paix en avril, il a été décidé que cette somme serait affectée à l’édification de deux cités, l’une à Lens, l’autre à Liévin. Une société de construction est créée, elle a pour nom « Société anonyme franco-hollandaise d’Entreprise générale du bâtiment ». C’est l’ingénieur français Paul Dislère qui en est le président.

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   L’état néerlandais a également participé à l’édification de baraquements pour accueillir les services médicaux en remplacement de l’hospice de Lens détruit.

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   Une enquête d’utilité publique conclue au bien fondé de l’édification de 300 maisons en bois sur un territoire de près de seize hectares situé sur les communes de Lens et de Loison-sous-Lens du côté de la fosse 2, de part et d’autre de la route de Lille. L’État se désigne locataire des terrains (il les achètera aux propriétaires en 1926).

   Les maisons sont importées de Hollande en en pièces détachées. Elles proviennent de bâtiments utilisés pendant la Grande guerre dans les camps hollandais de Waschkolk à Nunspeet et du Vluchtoorp d’Uden où étaient hébergés des familles de réfugiés belges.

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  Les bâtiments, trop grands pour les besoins de la cité, ont été retaillés pour concevoir des petites maisons familiales. La mise en place et la construction sont assurées par des ouvriers français salariés de l’Etat dirigés par l’ingénieur hollandais Hendrik Sangster et son architecte Van den Harend qui réalisent les plans de la cité.

   Sangster sera secondé par son épouse Willy Warnaars dont les premières tâches seront de préparer les repas pour les ouvriers et d’assister les familles à emménager. Le couple habitera dans l’une des toutes premières maisons construites dans la cité et madame Sangster donnera à Lens, naissance à leur premier enfant le 4 juin 1921.

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   Dès l’été 1919, la construction peut commencer mais est rapidement arrêtée. Le 12 novembre 1919 à l’Assemblée Nationale Emile Basly, le maire de Lens qui habite lui-même dans une maison provisoire en bois, interpelle violemment Clémenceau, le président du conseil des ministres : « Le gouvernement hollandais avait décidé de construire à Lens 346 maisons provisoires. Les dispositions avaient été prises pour qu’elles soient construites pour l’hiver. Elles ne seront pas réalisées du fait qu’il est impossible au gouvernement d’affecter au chantier le nombre d’ouvriers nécessaire et d’acheminer les matériaux jusque Lens. Les promesses que vous avez faites à Lens ne peuvent rester lettre morte mais il est temps d’agir » et ajoute : « Le devoir qui s’impose à la France est de donner un abri suffisant à la population ouvrière que l’industrie attend ».

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   En 1920, les travaux reprennent et s’accélèrent. Les petites maisons poussent comme des champignons.

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   Au mois de novembre 1920, John Loudon, ambassadeur des Pays Bas à Paris vient se rendre compte lui-même de l’avancée des travaux. Près d’un an et demi plus tard, le 12 juin 1921, il remet officiellement à Emile Basly une cité pratiquement terminée où pourront être logées près de 2000 personnes.

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   Les maisons sont des baraquements en bois à double paroi entre lesquelles ont été maçonnées des briques. Elles possèdent des toits pentus faits de carton bitumé recouvert d’une épaisse couche de goudron. Devant chacune, un petit jardinet où les locataires cultiveront quelques légumes ou planteront des fleurs . D’ailleurs, Emile Basly comparent ces maisonnettes à celles construites par la France notamment dans la cité Chouard : « Contrairement aux maisons de la Cité hollandaise, il pleut dans toutes les pièces, il n’y a pas de cabinet d’aisance. Les abords de la cité sont recouverts de dépôts et de résidus ». Pourtant, les habitations de la cité hollandaise sont loin d’avoir tout le confort, il n’y a pas de raccordement au gaz ou à l’électricité et pas d’eau courante. Les habitants se fournissent à l’une des sept pompes installées dans les rues.

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   La cité hollandaise, ce n’est pas seulement ces habitations toutes peintes de couleurs vives cernées d’un petit jardinet destinées aux familles. Dix dortoirs pouvant héberger chacun 12 personnes sont réservés aux célibataires. On trouve également dans la cité trois écoles (garçons, filles et maternelles), une hôtellerie avec une grande salle des fêtes, dix chalets pour recevoir des commerces et en son centre, un coquet square de la Reine.

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   De plus, l’association néerlandaise « Retour au foyer » fournit aux familles qui emménagent mobilier et ustensiles de première nécessité : tables, chaises, lits, buffet, draps, batterie de cuisine …

   Ce 12 juin 1921 donc, la ville de Lens est en effervescence. De nombreuses personnalités sont présentes le jour de l’inauguration : Emile Basly, le maire de Lens, le commandant Fontana représentant M. Millerand, le secrétaire de la préfecture du Pas-de-Calais, le sous-préfet de Béthune, monsieur Stirn ainsi que Jules Lugol, sous-secrétaire d’Etat aux Régions Libérées.

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   John Loudon dit à ce dernier : « Je n’ai pas de clef à vous remettre comme dans les anciens temps mais j’ai le cœur de la Hollande à vous offrir ». Sur le banc du suare de la Reine, une plaque est découverte. On peut y lire : « 1919-1921. La Cité hollandaise fut érigée, pour les sinistrés de la Grande Guerre, par le royaume des Pays-Bas, avec le concours du gouvernement français ».

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   Après les discours et les toasts au cours desquels une nouvelle passe d’armes a lieu entre Basly et Lugol au sujet des autres habitations provisoires de la commune, les fillettes de l’école entonnent quelques airs avant que l’ambassadeur des Pays Bas ne leur face une distribution de bonbons.

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   Dans le Gauheria n°36, en août 1996, René Meurisse, un ancien habitant de la cité raconte : « Février 1922. Différentes boutiques ouvrent les unes après les autres : épicerie, boucherie, boulangerie, lingerie. Des artisans s’installent : menuisier, peintre, maçon, vitriers. On trouve même un rempailleur de chaises. Un cinéma et un estaminet complètent cet ensemble. Dans la plupart des foyers, le chef de famille est soit mineur à la fosse 2, soit ouvrier aux Tréfileries. Une véritable communauté se forme, des liens familiaux, professionnels ou de simple voisinage entretiennent une agréable convivialité. »

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   Mais très vite, cette cité tant louée par les autorités se dégrade : le gel fait exploser les canalisations et la moitié des pompes à eau est inutilisable, le goudron des toitures se fissure et laisse pénétrer l’eau dans les habitations, les peintures extérieures s’écaillent, les clôtures sont volées ou démontées par les locataires pour en faire du bois de chauffage. Les bains-douches, qui devaient être alimentés par une éolienne qui n’a jamais fonctionné, sont vandalisés, les baignoires sont dérobées. Ils finiront par être rasés sans n’avoir jamais servi.

   Au cours d’une séance du Conseil général le 29 septembre 1926, Emile Basly demande à l’Administration des Régions libérées qui perçoit les loyers des habitants de « prendre rapidement les mesures nécessaires à l’entretien des maisons, notamment en les faisant repeindre et de mettre en état de viabilité les rues en établissant un filet d’eau permettant l’écoulement des eaux pluviales et ménagères et en assurant de façon permanente l’entretien et le nettoyage des rues. »

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   En 1928, c’est le conseil municipal qui vote à l’unanimité l’envoi au préfet d’une lettre de protestation contre une substantielle augmentation des loyers décidée par l’Etat qui « n’a pas cru se conformer lui-même à la loi sur les lotissements ».

  En 1930, la cité est enfin alimentée en électricité. C’est la Compagnie la Saint-Quentinoise qui effectue le raccordement des maisons au réseau de 110 volts.

  Au début des années 1930, la municipalité conduite par Alfred Maës fait construire tout près de la Cité hollandaise l’école Emile Basly. Selon le maire de Lens, c’est une nécessité engendrée par « l’accroissement de la population consécutif à la construction de l’imposante Cité hollandaise où dans des écoles provisoires, les enfants étaient logés étroitement dans des locaux exigus manquant d’hygiène et de confort ».

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  Au printemps 1936, Paul Sion, conseiller général, déplore le manque de moyens de la part de l’Etat pour l’entretien de la Cité hollandaise : « Aucun crédit n’a été alloué pour l’entretien des chemins, réparation de pompes, des baraquements et l’enlèvement des ordures ménagères. De ce fait, les habitants de la cité vont se trouver dans une situation pitoyable l’hiver prochain ». Il demande à ce que la cité devienne propriété des communes qui en assureraient l’entretien. La ville de Loison-sous-Lens devient propriétaire de 9 hectares et 188 maisons pour 260 000 Francs et le bureau de bienfaisance de la ville de Lens d’un peu plus de 4 hectares et 173 habitations pour 280 000 Francs.

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   En octobre 1939, à l’emplacement des écoles détruites sont installés des abris afin que les habitants puissent se réfugier en cas de bombardements. En 1943, jugeant ces abris pas très sécurisants, les jeunes de la cité en creusèrent d’autres à 20 mètres de profondeur.

   De nombreux lensois habiteront ces logements « provisoires » pendant plus de quarante ans. En mars 1969, le conseil municipal d’André Delelis approuve le tracé de la rocade minière. Celle-ci passe au milieu de la cité hollandaise, pratiquement à la limite de Lens et de Loison-sous-Lens. Le 19 mars 1970, la ville de Lens autorise la vente des terrains au syndicat intercommunal gestionnaire de la construction de la rocade.

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  La cité est éventrée, ne reste sur le territoire de Lens que quelques maisons devenue masures, la ville décide de reloger les habitants dans des petites habitations modernes à peu de distance de là et crée la Résidence Anne Frank.

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  La Résidence Anne Frank est inaugurée le 15 avril 1970 en présence de monsieur Hoop-Scheffer, ambassadeur des Pays-Bas en France. En souvenir de la cité rasée, deux artères de la résidence Anne-Franck sont appelées « rue Rembrandt » et « rue de Rotterdam ».

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   Depuis cette époque, c’est à Loison-sous-Lens qu’il faut chercher ce qu’il reste de la cité hollandaise.

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  Aujourd’hui, quelques petites maisons rappellent un peu l’architecture de l’époque. Les rue d’Amsterdam, de la Couronne, du prince d’Orange, du ministre Loudon ou encore de Zuyderzee restent parmi les rares signes qui rappellent qu’il a près de 100 ans, le pays des tulipes est venu en aide aux sinistrés lensois.

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1918-1928 : la reconstruction des mines de Lens

   L’occupation par les allemands du nord de la France a privé le pays de la moitié de sa production charbonnière. Les compagnies des régions occupées depuis le début du mois d’octobre 1918 voient aussitôt l’exploitation arrêtée.

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   Dès les premiers jours d’occupation, l’ennemi entreprend de détruire les moyens d’extraction sous des prétextes d’ordre militaire. L’armée s’empare des matériaux et des machines et incendie les installations au sol. Dès le début de 1915, les troupes françaises et anglaises tentent de déloger les allemands de Lens, leurs obus abiment sérieusement les puits.

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   En septembre 1915, les troupes alliées reprennent Loos et libère la fosse 15 des mines de Lens. Devant la menace de devoir se retirer plus, les allemands décident d’anéantir totalement les moyens de production. En octobre et novembre 1915, ils dynamitent tous les cuvelages des fosses de Lens et de Liévin. Les explosions se situant au niveau dans la partie calcaire au dessus des veines de houille, ont pour conséquence d’inonder totalement les galeries.

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   C’est vers la fin de l’occupation que les destructions sont les plus importantes.  Après avoir jeté dans le puits tout ce qu’ils ne pouvaient emporter, les soldats allemands déposent méthodiquement dans toutes les fosses des charges d’explosifs détruisant ainsi toutes les machines, les chaudières, les chevalets.

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   Dès l’été 1917, les compagnies du Nord et du Pas-de-Calais se regroupent pour étudier les mesures à prendre pour la reconstruction. La direction de ce groupement est confiée à Ernest Cuvelette, le directeur des mines de Lens. Avant même la fin du conflit, des pompes de dénoyage et des treuils électriques ont été commandés par Elie Reumaux, en exil en Belgique.

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   A la libération, on constate que tous les puits des mines de Lens et de Liévin sont totalement inondés et les installations de surface irrécupérables. Vient alors le temps de la reconstruction. Elle s’effectue avec une rapidité surprenante, au vu de l’ampleur des destructions.

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   Les compagnies de Lens et de Liévin entreprennent la construction de centrales de production électrique. Dans un premier temps, les deux compagnies se fournissent en électricité auprès de la centrale de Béthune où des groupes supplémentaires ont été mis en place et par la construction d’une centrale à Dourges avant de pouvoir réutiliser la centrale de Vendin-le-Viel.

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   L’année 1919 est consacrée au déblaiement des ruines, à la reconstruction du réseau ferroviaire, au dégagement des routes et à l’aménagement d’abris et de logements provisoires pour les ouvriers employés à la reconstruction.

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   Débute ensuite le dénoyage. Les compagnies ont créé la Société Civile de Dénoyage des Houillères du Pas-de-Calais. On estime à 100 millions de mètres cube le volume d’eau à enlever : des rivières sont élargies, des aqueducs provisoires sont montés.

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   Les cuvelages percés ne permettent pas de se contenter d’aspirer l’eau des galeries, elles se rempliraient aussitôt. Il est donc entrepris de forer autour du cuvelage des sondages verticaux et d’y faire couler du ciment très liquide. En durcissant, ce ciment entourera ainsi le cuvelage d’une gaine protectrice. Dans certains puits, ce ne sont pas moins de 1000 tonnes de ciment qui sont coulées.

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   Dans les galeries, des fissures permettent à l’eau de se déverser d’un puits à l’autre ne dépendant pas toujours de la même compagnie. Alors, les compagnies de Lens et de Liévin entreprennent de commencer le dénoyage simultanément. Pour cela 19 pompes sont utilisées, montées sur des chevalets en bois. Ces opérations débutent en novembre 1920.

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    Ces chevalets de bois permettront dès la fin du dénoyage de reprendre l’extraction avant la construction des chevalets définitifs.

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   Au printemps 1921, les travaux de dénoyage sont terminés et l’exploitation peut reprendre dans les galeries supérieures des puits.

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   Dès la libération, la société des mines de Lens entreprend la reconstruction des maisons dans les cités. Pour cela, elle ouvre sa propre briqueterie. Fin 1920, 1200 maisons sont sorties de terre et en 1925, 12 000 logements, les écoles, les églises, les dispensaires sont reconstruits.

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   Ernest Cuvelette a profité de ces circonstances pour moderniser l’appareil productif. Les  puits sont maintenant équipés d’un grand chevalement métallique particulier aux mines du Pas-de-Calais ou d’un autre type plus modeste construit dans un matériau d’avenir, le béton armé. La grande cheminée qui caractérisait les fosses du 19ème  siècle a disparu puisque  la machine d’extraction  ne fonctionne plus à la vapeur mais à l’électricité.

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   En 1925, bien que les dirigeants des compagnies prétendent que la loi adoptée le 23 avril 1919 concernant la journée de 8 heures et de la semaine de 48 heures ait considérablement fait baisser la production individuelle, le bassin minier a retrouvé son niveau de 1913. En 1928, la société des mines de Lens est la troisième capitalisation française derrière la Banque de France et Saint-Gobain. L’action qui valait 420 francs en 1913 et qui était tombée à 110 francs en 1915 en vaut 532 cette année là.

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